Les faits d’armes des soldats canadiens durant la Première Guerre mondiale

Anne-Laure Jeanson Collaboration spéciale
Adopté en août 1916, le petit appareil respiratoire est le meilleur respirateur que les Britanniques et les Canadiens ont utilisé jusqu’à la fin de la guerre. Photo prise en mars 1917.
Photo: Adopté en août 1916, le petit appareil respiratoire est le meilleur respirateur que les Britanniques et les Canadiens ont utilisé jusqu’à la fin de la guerre. Photo prise en mars 1917.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées - Novembre 2014

La Première Guerre mondiale est à l’honneur au Musée canadien de la guerre, 100 ans après le début du conflit.

Jusqu’en avril 2015, le musée présente les faits d’armes des 100 000 soldats canadiens partis se battre en Flandre, entre 1915 et 1918, aux côtés de l’armée britannique.

« La guerre a commencé en Belgique et a fini en Belgique, pour les Canadiens, lorsqu’ils ont libéré la ville de Mons, en 1918. C’est une partie très importante et peu connue de leur contribution dans la Première Guerre mondiale », affirme Mélanie Morin-Pelletier, commissaire de l’exposition et historienne de la Première Guerre mondiale.

Au printemps prochain, on célébrera le 100e anniversaire de la deuxième bataille d’Ypres, première grande participation de nos troupes sur le front de l’Ouest.

Les Canadiens y ont joué un rôle majeur, tout comme dans la très fameuse bataille de Passchendaele, où ils ont dû se sortir d’une boue épaisse pour prendre le village et la crête.

L’art de s’adapter

Intitulée Se battre en Flandre – Gaz. Boue. Mémoire, cette exposition multisensorielle raconte trois grandes batailles, à Ypres (1915), au mont Sorrel (1916) et à Passchendaele (1917), en plus d’un volet sur le travail de mémoire entourant cette guerre.

À travers ces manoeuvres militaires, on apprend comment les Canadiens et les Terre-Neuviens ont continué à combattre malgré les gaz utilisés par les Allemands et malgré des conditions climatiques terribles. On découvre aussi l’artillerie qui leur a permis, à l’époque, de venir à bout de l’ennemi.

« En 1914, le Canada était un tout petit pays, avec huit millions d’habitants. Il a eu à s’adapter rapidement aux réalités de la guerre », explique Mme Morin-Pelletier.

Dans la section sur la deuxième bataille d’Ypres, les visiteurs peuvent sentir l’odeur du gaz moutarde, du chlore et du phosgène et découvrir les premiers masques à gaz inventés par les Britanniques.

Avant la mise au point des masques, les soldats se protégeaient le visage avec un tissu imbibé d’urine.

« On présente le matériel et la formation développés pour protéger les soldats des gaz mortels ainsi que les armes qui permettaient de libérer ces produits chimiques, car les Alliés les ont aussi utilisés », affirme la commissaire de l’exposition.

En 1916, les Canadiens étaient encore dans la région d’Ypres. Ils ont été attaqués par surprise le 2 juin et ont perdu plus de 8000 hommes en quelques jours lors de la bataille du mont Sorrel. Pour reprendre le terrain perdu face aux Allemands, ils ont disposé plus de 200 grosses pièces d’artillerie sur un front de 1500 mètres.

L’évolution de l’armement et de l’artillerie, entre 1914 et 1916, est étudiée dans cette partie de l’exposition. La présence d’un obusier allemand de sept tonnes et des extraits de la série Apocalypse sur écran géant permettent de saisir la capacité de destruction de cette artillerie.

La bataille de Passchendaele, près d’Ypres, qui s’est déroulée entre juillet et novembre 1917, est aussi importante dans l’histoire canadienne.

Cette région, formée principalement de terres basses et plates, a été le théâtre de trois années de rudes combats. En 1917, les pluies automnales précoces transforment le champ de bataille en mer de boue, de telle sorte qu’encore aujourd’hui Passchendaele est synonyme d’horribles conditions de bataille.

Dans ce volet, les moyens entrepris pour se sortir de la boue et pour prendre la crête sont mis en lumière. On observe, grandeur nature, les faits d’armes du soldat Thomas William Holmes, qui a reçu la croix de Victoria pour avoir pris un abri allemand (casemate) ainsi qu’un caillebotis (passerelle) qui leur permettait d’avancer sur le sol boueux.

Une dernière section sur la mémoire canadienne et belge présente une copie du poème In Flanders Fields de John McCrae prêté par Bibliothèque et Archives Canada.

« Lorsqu’il a écrit ce poème, M. McCrae venait de voir mourir son ami Alexis Helmer sur le champ de bataille, en 1915 », indique Mme Morin-Pelletier.

Après avoir connu une rapide popularité, le coquelicot, évoqué dans le poème, est devenu la fleur du souvenir aux morts de guerre au Canada et dans de nombreux autres pays.

Tout au long de l’exposition, des citations de soldats jalonnent le parcours du visiteur afin de saisir les émotions qui les habitaient à l’époque.

Des troupes d’élite

Jusqu’en 2020, le Musée canadien de la guerre mettra en lumière des aspects peu connus de ce conflit militaire européen qui aura tué près de 65 000 Canadiens, et neuf millions de personnes au total.

Dès février 2015, une nouvelle exposition permanente intitulée Le front intérieur, 1917 approfondira les thèmes de la conscription, de l’économie en temps de guerre, de l’implication des femmes et du contexte dans lequel elles ont obtenu le droit de vote, en 1918, au Canada.

L’enrôlement obligatoire est imposé en 1917 malgré l’opposition des Québécois.

« On croit que la conscription n’est pas qu’un conflit opposant les francophones et les anglophones. Il y a des hommes qui ont été tués à Québec, au printemps 1918, mais il y a eu des pochettes de résistance partout au pays », raconte Mme Morin-Pelletier.

En 2017, le musée présentera la contribution canadienne dans la bataille de la crête de Vimy et en 2018, une exposition sur les 100 derniers jours de la guerre sera présentée.

« À la fin de la guerre, les troupes canadiennes sont devenues des troupes d’élite. Leur réputation est faite et on les utilise pour contrer les attaques allemandes, en première ligne. Leurs interventions dans les 100 derniers jours vont mener à la défaite allemande. Pour moi, c’est une des contributions les plus importantes des Canadiens. On a bien hâte de faire découvrir ce pan de notre histoire aux visiteurs », conclut l’historienne.