Duras et Beauvoir au jardin

Sophie Cadieux explique que la motivation du projet est partie d’un questionnement sur l’amitié féminine.
Photo: Maude Chauvin Sophie Cadieux explique que la motivation du projet est partie d’un questionnement sur l’amitié féminine.

Coup d’oeil sur un petit théâtre in situ, passé de la serre au champ, de la culture à la nature, de l’écrit au son.

Marguerite Duras et Simone de Beauvoir étaient réputées rivales et, pourtant, elles avaient en partage une foisonnante vie intellectuelle. Partant de cette filiation fantasmée et des écrits de ces deux auteures qu’elles admirent, les comédiennes Sophie Cadieux et Laurence Dauphinais ont composé Juste parce que c’est beau (entretiens botaniques), un petit théâtre audio de poche qui ponctue le festival Phénomena.

« C’est né de la volonté de se questionner d’abord sur l’amitié féminine : qu’est-ce qui lie les femmes les unes aux autres ? » résume au téléphone, Sophie Cadieux, qui ne connaissait pas vraiment Laurence Dauphinais avant d’entamer le projet. Leur relation a donc grandi au fil du processus de création tout en nourrissant celui-ci. Sous-jacente, la question des possibles féminins aujourd’hui s’est aussi posée, quoique les deux artistes ne se sentent pas « arrêtées par cette condition de prime abord », précise la comédienne.

Le résultat prend la forme d’un parcours sonore déambulatoire en six stations dans le Champ des possibles, friche urbaine devenue zone verte en 2013 dans le Mile-End. Le public pourra télécharger sur place le contenu audio en scannant des codes QR depuis un appareil mobile. S’y conjuguent des fragments d’entrevues et d’archives de Duras et de Beauvoir et leurs propres réflexions autour des écrits de celles-ci, le tout mis en musique par Alexander MacSween.

Les deux comédiennes s’attardent notamment au rapport intime que les auteures entretenaient avec la nature, l’une intéressée par la botanique, l’autre friande de longues marches solitaires. Une manière pour elles d’aborder librement le concept pas si simple de féminité fonctionnelle de Duras.

« Ce sont deux femmes de paroles et d’idées et, en même temps, dans leurs écrits, il y a ce lieu secret, ce havre de paix souvent lié à la nature. Ça tend un miroir à certains doutes qu’on a quand on essaie de définir ce que serait la féminité fonctionnelle aujourd’hui. On se dit parfois : “ah ! je n’ai pas le pouce vert, je ne cuisine pas bien”. Est-ce vraiment encore comme ça qu’on se définit comme femme ? Car l’idée de la maison, d’entretenir un lieu, fait partie de ce qu’elles revendiquaient pour les femmes. Y a-t-il dichotomie entre la prise de parole, de liberté et l’importance de faire une bonne soupe aux poireaux ou de nommer les arbres ? »

Même si l’essentiel se déploie en audio, Sophie Cadieux et Laurence Dauphinais donneront corps à l’oeuvre en déambulant elles aussi silencieusement dans le Champ des possibles, lieu naturel un peu figé par l’urbanité — à l’instar des idées arrêtées qu’on entretient encore parfois sur la femme, sur Duras et sur Beauvoir.

Son et performance

Le festival Phénomena, qui cultive les formes atypiques et indisciplinées de l’art vivant jusqu’au 24 octobre, élargit sa famille artistique. L’art sonore immersif et l’art de la performance y abondent cette année, aux côtés des cabarets. Entre les séries Québec Performative 1 (Sala Rossa) et 2 (Casa del popolo), qui mettent en vitrine les artistes de la capitale rompus à cette forme d’art ce lundi, le concert visuel de Ben Frost, Aurora (mercredi, à la Sala Rossa), et Joker: où est-il donc ce rêve ?, chorale bruitiste signée Joane Hétu (mercredi et jeudi au studio Jean-Valcourt du Conservatoire), le public a l’embarras du choix.