Les 7 doigts de la main à la casserole

Les 7 doigts présente un spectacle de cirque nouveau genre où tous les sens des spectateurs sont activés.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les 7 doigts présente un spectacle de cirque nouveau genre où tous les sens des spectateurs sont activés.

S’il est au Québec un lieu chargé sur le plan symbolique, c’est bien la cuisine. De génération en génération, on s’y réunit, on y échange ; transmission de savoir, transmission de mémoire, comme autant de recettes. Une matrice à souvenirs, la cuisine, avec ses odeurs et ses fumets déclencheurs de réminiscences. Parlez-en à Proust. Il y a de tout cela dans le spectacle Cuisine et confessions, la nouvelle production des 7doigts de la main à l’affiche à la Tohu dès le 28 octobre.

« Ça faisait très longtemps qu’on voulait aborder cette thématique », avoue tout de go Sébastien Soldevila, qui cosigne création et mise en scène avec sa conjointe et complice Shana Carroll.

« La cuisine est le point névralgique de la maison, poursuit-il. On mange dans la cuisine, on y passe un moment ensemble, on discute ; on remonte ainsi aux parents et aux grands-parents… Le cirque ne fonctionnait pas autrement, à l’origine : il fallait être né dedans pour apprendre cet art. »

« Personnellement, je trouve que la cuisine et le cirque ont beaucoup en commun, comme ce mélange de technicité nécessaire et d’improvisation inhérente. Et il y a aussi la dimension de partage : tant la cuisine que le cirque sont des arts qu’on pratique au bénéfice d’autrui. Et même si on cuisine uniquement pour soi, on a appris la recette de quelqu’un… »

Amuse-gueule

Dévoilés en primeur aux médias mardi, trois numéros ont eu l’heur, oui, de mettre ceux-ci en appétit. Proche de la danse contemporaine, le premier repose sur l’énergie du groupe, soit dix artistes qui s’ébattent tandis que s’enchaînent au micro les confidences des uns et des autres liés à la table, à la bouffe. « La cuisine contient une mémoire collective qui se déploie en mémoires individuelles ; on s’amuse avec ces deux notions. »

À cet égard, pour cette 13e production des 7 doigts de la main, Sébastien Soldevila et Shana Carroll ont sollicité une participation toute spéciale de leurs dix jeunes artistes, qui ont été intimement impliqués dans le processus créatif.

« Les témoignages qu’ils livrent, ce sont les leurs ; ils sont authentiques. On ne voulait pas inventer ces moments-là. On ne le pouvait pas, en toute conscience. On recherchait l’authenticité, comme un bon plat préparé à partir d’aliments frais. Par exemple, Matias [Plaul] qui relate l’enlèvement de son père en Argentine, en plein repasentre amis… Il ne l’a jamais revu. D’ailleurs, malgré la gravité de certaines histoires, il importait de maintenir un équilibre, de maintenir un humour, une légèreté. On a eu de la chance parce que les témoignages livrés ont d’emblée facilité ça. »

Le second numéro, une magnifique performance de ruban aérien exécutée par une Anna Kichtchenko en état d’apesanteur autant que de grâce, s’est avéré mémorable. Un exercice de diabolo en solo puis en tandem, avec choeur culinaire en périphérie, s’est révélé intéressant, mais à parfaire.

Cuisine fusion

À noter que l’on ne se contentera pas d’évoquer la popote, dans Cuisine et confessions : on en fera. Réalisés non pas en coulisse, mais sur scène grâce à un ingénieux panneau-décor plein d’armoires et de tablettes exhibant aliments et ingrédients, avec îlot amovible et, entre autres, four encastré, quelques plats seront de fait servis au public.

C’est dire que l’on va ici au-delà du concept, de la théorie, et que l’on fusionnera bel et bien arts du cirque et arts culinaires.

Cuisine et confessions

Les 7 doigts de la main À la Tohu du 28 octobre au 16 novembre