D’un Hôtel-Dieu à l’autre

L’Hôtel-Dieu de Montréal commencera à se vider l’an prochain pour garnir le nouveau CHUM.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’Hôtel-Dieu de Montréal commencera à se vider l’an prochain pour garnir le nouveau CHUM.
Les mégahôpitaux montréalais laisseront vacants de grands ensembles patrimoniaux. Le cas de l’Hôtel-Dieu et la conversion planifiée de son homologue lyonnais lançaient le colloque Métropoles et patrimoine institutionnel dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier, lundi soir.
 

« Le monument historique ne doit pas être une contrainte ; il doit être un stimulant », a tenu à rappeler l’architecte français Albert Constantin après avoir brossé le tableau de la conversion du Grand Hôtel-Dieu de Lyon en centre multifonctionnel financé par le privé.

L’architecte attend la fin du colloque pour mieux juger du site de l’Hôtel-Dieu de Montréal, mais il perçoit déjà un excès de compassion par rapport au passé du site. « Il faut se méfier d’un certain sentimentalisme dans les choix qui doivent être faits, a-t-il dit au Devoir, en amont de sa conférence. On dit qu’il faut garder des activités liées à la santé : parce qu’il y en avait ici avant ou parce qu’il y a une nécessité d’en garder ? »

Il insiste aussi sur l’importance de savoir d’abord quel genre de financement soutiendra l’opération de conversion. «À Lyon, on a tenu compte de l’histoire, du patrimoine, des objectifs de développement de la ville et du fait qu’on n’aurait pas d’argent public pour développer.»

Il souligne la grande cohérence architecturale de ce Grand Hôtel-Dieu, malgré les « greffes » et démolitions subies au fil du temps. La partie la plus ancienne (XVIIe siècle), dit le dôme des Quatre Rangs, abritera un centre de congrès à vocation médicale et des espaces d’exposition, qui assureront la mémoire hospitalière du lieu, ainsi qu’une Cité de la gastronomie.

Le dôme Pascalon, le plus récent (XIXe), sera converti en espaces de bureaux, prolongés dans trois nouveaux édifices en verre donnant sur les cours arrière. Seule contrainte venue de la Ville, un hôtel de luxe logera à l’enseigne du dôme de Soufflot, le grand et prestigieux, qui date du XVIIIe siècle.

Le projet prévoit surtout le désenclavement des 8000 m2 de cours intérieures, rendues accessibles aux Lyonnais en y aménageant terrasses, lieux de repos, jardins, restaurants, y compris l’accès au rez-de-chaussée de l’ensemble, qui retrouvera la vocation commerciale de l’époque du Soufflot.

Continuité

Sis dans le secteur patrimonial du mont Royal, l’Hôtel-Dieu de Montréal, qui commencera à se vider l’an prochain pour garnir le nouveau CHUM, ne partage toutefois pas le même contexte que son homologue lyonnais. L’atelier dont il a fait l’objet à l’École d’architecture de l’Université de Montréal en janvier dernier (avant la mise en branle des études en cours) témoigne d’« un défi de taille », a expliqué le professeur Jacques Lachapelle. L’immensité du site fait d’ailleurs partie des principaux défis de sa reconversion.

Les équipes d’étudiants ont d’abord recensé les valeurs tant historiques qu’architecturales et contextuelles de l’ensemble. Celui-ci date de 1861, mais l’institution a été fondée par Jeanne-Mance en 1642 dans le Vieux-Montréal.

« Elle est directement associée à la fondation même de Montréal, ce n’est pas rien », souligne M. Lachapelle, en signalant aussi l’esprit de continuité et de respect de la tradition qui marquera la transformation graduelle du site jusque dans les années 1960.

Les propositions d’étudiants — agrandissement de son musée, implantation d’un CPE pour maintenir la mission de soins liés à l’enfance — rejoignent les recommandations d’en faire un lieu à la fois communautaire, culturel et institutionnel du rapport d’experts rendu public en juillet et dont on attend maintenant la mise en oeuvre par Québec.



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1 commentaire
  • Francois Parent - Inscrit 7 octobre 2014 08 h 53

    Suggestions

    Pourquoi pas lui donner une vocation formation universitaire, location de bureau ville (fonction publique), centre de conservation maintient à la santé et pourquoi pas une école ? C'est tellement grand que l'on peut quasiment tout faire la liste que je viens suggérer.