Charlotte Rampling à fleur de voix

« Je tenais à explorer une voix de femme, une voix forte, une voix qui résonnait dans le monde dans lequel je vis », dit Charlotte Rampling.
Photo: Marthe Lemelle « Je tenais à explorer une voix de femme, une voix forte, une voix qui résonnait dans le monde dans lequel je vis », dit Charlotte Rampling.
Le Festival international de la littérature (FIL) propose avec Danses nocturnes une double rencontre fascinante : celle entre la comédienne Charlotte Rampling et la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, et celle provoquée par elles entre la poétesse Sylvia Plath et le compositeur Benjamin Britten. À la Cinquième Salle de la Place des Arts dès vendredi.​
 

Sur les planches, Charlotte Rampling et Sonia Wieder-Atherton. Deux femmes. L’une actrice, l’autre violoncelliste. La première récite des vers de Sylvia Plath, la seconde joue des airs de Benjamin Britten. Danses nocturnes, c’est deux univers distincts qui pourtant se parlent, se comprennent. C’est un rendez-vous incontournable.

Elles se connaissent de longue date, Charlotte Rampling et Sonia Wieder-Atherton. Il y a quelques années, elles se sont produites sur scène dans Chants d’Est, mélange de musique et de paroles tziganes.

« Le courant est passé entre Sonia et moi, se souvient Charlotte Rampling. Si bien que, tout de suite, on a voulu retravailler ensemble en se disant que ce serait bien de revisiter l’oeuvre d’un grand poète. J’avais déjà expérimenté cette formule [musique et poésie] dans Variations sur Constantin Cavafy. L’acteur grec Polydoros Vogiatzis lisait les textes originaux et moi, les traductions de Marguerite Yourcenar. Un guitariste nous accompagnait. »

Si la décision de collaborer de nouveau avec Sonia Wieder-Atherton partait pour l’actrice d’un désir, le choix de réciter l’oeuvre de Sylvia Plath relevait en revanche de l’évidence.

« Je tenais à explorer une voix de femme, une voix forte, une voix qui résonnait dans le monde dans lequel je vis, confie-t-elle. Une poète que je sentirais proche de moi, et dont je reconnaîtrais le langage intérieur parce qu’il correspondrait aussi au mien. Et cette poète ne pouvait être que Sylvia Plath. »

En réalité, les présentations n’étaient plus à faire entre l’interprète et la poète. « J’ai découvert sa poésie dans les années 1970. Sylvia Plath était à cette époque-là, malgré son suicide en 1963, une véritable icône de la libre parole de la femme. Et comme il s’agit d’une oeuvre extrêmement recherchée, presque sophistiquée, et en même temps très brutale, d’une violence émotionnelle très forte, on la revisite pour mieux en mesurer la richesse. »

« Mes impressions demeurent sensiblement les mêmes — je suis émue, fascinée, parfois révoltée —, mais le niveau de maîtrise dans cette forme de construction poétique est tel que, lorsqu’on y revient avec du recul, on fait encore des découvertes. Bref, je ne pouvais pas passer à côté d’une telle voix. »

Une vibration commune

Charlotte Rampling, qui mène une carrière française brillante depuis plusieurs décennies (La chair de l’orchidée, On ne meurt que deux fois, Sous le sable, Le bal des actrices), a choisi de réciter dans sa langue anglaise maternelle. Les poèmes traduits en français seront projetés à l’arrière-scène. « J’ai une diction et un timbre de voix qui rendent bien la poésie de Sylvia Plath », note-t-elle à cet égard. C’est en l’occurrence la réaction du public, de la création à ce jour, qui l’a menée à ce constat.


« J’ouvre le spectacle avec un poème très fort, Lady Lazarus et, d’entrée de jeu, je sens les spectateurs de plus en plus attentifs, jusqu’à devenir captifs », explique Charlotte Rampling.

Extrait : « Et très vite la chair/Que le gouffre du tombeau avait dévorée/Se remettra d’elle-même en place/Sur moi, femme souriante. Je n’ai que trente ans. Et comme les chats je dois mourir neuf fois. »


Communier avec le public

Sans que cela se compare au jeu que commande le cinéma ou le théâtre, la proposition commande une part d’interprétation. « J’ai essayé d’identifier la vibration intérieure de Sylvia Plath au moment d’écrire ces poèmes, et de la conjuguer avec la mienne. Je me suis rendu compte qu’elles sont similaires. »

Selon la comédienne, la musique a l’effet d’un agent facilitateur, en quelque sorte. « Le public plonge plus volontiers dans les textes de cette manière. Parce que c’est parfois difficile de découvrir tout seul certains auteurs. Ce type de spectacles favorise un esprit de communion, je trouve. Et j’aime la souplesse de ce genre de productions que l’on peut reprendre ponctuellement et jouer partout. »

Plus qu’un écrin sonore, les Suites pour violoncelle composées par Benjamin Britten en 1965, année de publication à titre posthume du recueil Ariel de Sylvia Plath, contribuent au rythme de l’ensemble, de préciser Charlotte Rampling. Musique et parole fusionnent.

« Le compositeur et la poète semblent se répondre, même dans leurs différences. La musique de Britten, ces pièces en particulier, confère une ampleur accrue aux mots. Il s’agit de morceaux étonnement peu connus et, lorsque je les entends dans le cadre du spectacle, je ne peux m’empêcher de croire qu’ils devaient rencontrer les poèmes de Sylvia Plath. L’adéquation est parfaite. »

Danses nocturnes

Avec Charlotte Rampling et Sonia Wieder-Atherton Mise en scène : Sonia Wieder-Atherton Du 19 au 21 septembre À la Cinquième Salle de la Place des Arts