Le bonheur (et l’intelligence) est dans l’emballage

Le beurre Perfectionist de Gordon Rak, Philipp Kuehn, Katrin Kleemann (HTW - Berlin) arrive directement dans son beurrier 100% recyclable.
Photo: Centre de design de l'UQAM Le beurre Perfectionist de Gordon Rak, Philipp Kuehn, Katrin Kleemann (HTW - Berlin) arrive directement dans son beurrier 100% recyclable.

On aura beau collectionner les sacs recyclables et se vouer à tous les saints de l’écoresponsabilité, on aura toujours besoin d’emballage. Alors, pourquoi ne pas en imaginer des modèles à la fois fonctionnels et séduisants, écologiques, pratiques et informatifs ? C’est le pari qu’a fait Sylvain Allard en organisant l’exposition Packplay, présentée au Centre de design de l’UQAM à partir de ce jeudi et jusqu’au 2 novembre.

« L’emballage, c’est vraiment l’artefact de la vie moderne marchande ; tout passe par là, chaque achat est accompagné d’un emballage », explique le professeur du Département de design de l’UQAM. Depuis plus de dix ans, il se passionne pour ce secteur un peu boudé de son milieu à cause de son côté mercantile. Un aspect qu’il assume totalement — « il y a toujours eu des échanges de biens et des manières de les présenter », souligne-t-il —, mais sa démarche, bien loin du marketing, se veut plus conceptuelle.

« La vente, c’est juste une des parties de l’expérience globale du design d’emballage », dit-il. Le professeur qui mène le blogue Packaging UQAM depuis dix ans veut remettre l’utilisateur au centre des préoccupations du design. Alors que ce sont généralement les coûts et la facilité de production qui dictent leurs règles…

Exit les emballages difficiles à ouvrir, non recyclables ou dont l’information est mal présentée. L’exposition réunit 140 réalisations d’étudiants et de professionnels issus de neuf universités européennes et nord-américaines, dont l’Université de Montréal et l’UQAM. Un réseau que le professeur a bâti ces dernières années avec des experts (en design graphique, industriel, etc.) qui partagent les mêmes intérêts que lui.

En 2013, il leur a lancé le défi de réaliser des emballages qui maximisaient l’expérience de l’utilisateur tout en minimisant les impacts environnementaux.

Les objets exposés jonglent à peu près tous avec (et sont répartis selon) six différentesfacettes de l’attente des usagers envers l’emballage : responsable, pratique, dynamique, fonctionnel, séduisant, informatif. Pour les écoresponsables à l’os, on a le pot de miel en cire d’abeille qui, une fois terminé, devient un chandelier. Besoin d’une demi-livre de beurre ? Celle-ci vient sous forme de beurrier 100 % recyclable.

Côté séduction, on trouve des délicats emballages de papier de soie pour ampoules individuelles qui font ensuite office d’abat-jour. Pour maximiser l’aspect informatif, pourquoi ne pas représenter graphiquement la teneur en protéines du lait directement sur son carton ?

Au rayon « dynamique », on retrouve l’emballage en soufflet d’une pile de biscuits soda, tout prêts à être écrasés sans dégât avant de les jeter dans la soupe ; une enveloppe de Viagra en carton extensible à l’effigie colorée d’une banane, ou d’un symbole de gamète ; la bière Polar Bear dans son carton recyclé qui peut se découper en sous-verre.

« Il y a dans l’emballage quelque chose qui se rattache à la magie de l’enfance ; ça doit faire partie de l’expérience, dit celui qui privilégie une approche du design axée sur le plaisir et le bonheur. Et on raconte une histoire avec ça, on parle d’un rituel qu’on se réapproprie ».