En Corée, la vie de forçat des aspirants à la célébrité K-pop

Comme tous les matins à 6 h, Ray et cinq autres jeunes filles s’extirpent de leur lit pour affronter 16 heures de chant, danses et concerts en banlieue de Séoul, à la poursuite d’un rêve : devenir des stars de la K-pop, la célèbre pop coréenne.

 

Les groupes de K-pop, filles ou garçons, ont conquis l’Asie et séduisent un public toujours plus large sur les autres continents. Mais avant de — peut-être — percer, les aspirants sont soumis à un régime intensif de journées de labeur, et toujours sous l’oeil quasi militaire des agents des maisons de production.

 

Le temps libre n’est plus qu’un souvenir, et le reste du monde, y compris la famille, tenu à distance.

 

Les jeunes gens vivent ensemble dans des appartements exigus, fournis par leurs agents, qui décident de leurs vêtements, leurs repas, l’heure du réveil et du coucher.

 

« Ca n’a rien à voir avec ce qu’on voit à la télévision. Il faut travailler vraiment très dur pour espérer un début de reconnaissance », explique Ray, 23 ans, membre du groupe « Billion », créé il y a deux ans et dont le premier album est sorti en mars.

 

Les six jeunes filles, âgées de 19 à 25 ans, partagent un appartement dans le nord de Séoul. Quand il n’y a pas de concert prévu, les journées se partagent entre des heures de gym et des répétitions sans fin de chorégraphies et de chants.

 

« Elles se couchent souvent après minuit, c’est pour ça qu’elles ont l’air un peu groggy le matin », explique Lee Hyo-Jin, qui passe de lit en lit réveiller les filles. Lee, 31 ans, est l’une des trois agents de la maison de production chargés de veiller — et surveiller — « Billion », au jour le jour.

 

Dans chacune des deux chambres de l’appartement, deux lits superposés, un matelas au sol, une table de maquillage. Punaisé au mur, un message écrit à la main : « On va y arriver ! Nous sommes les meilleures ! Nous ne serons jamais fatiguées ! »

 

Le dimanche, repos. En général, le groupe rattrape le sommeil perdu.

 

Pas de temps pour les histoires d’amour. Aucune n’a de petit ami, et depuis pas mal d’années pour plusieurs d’entre elles.

 

Certaines agences de groupes de K-pop interdisent à leur « poulain » la moindre relation et vont jusqu’à mettre sous surveillance leur smartphone pour s’assurer que les règles soient bien respectées.

 

Deux vacances dans l’année : le Nouvel An lunaire et la Fête des moissons. Les chanteuses peuvent alors rentrer dans leur famille.

 

« Le groupe est en fait ma deuxième famille », explique Song-Yi, 22 ans. « Ma vraie famille me manque mais je tâche de ne pas y penser, car j’ai besoin de me concentrer sur mon objectif pour le moment. »

 

Lee, l’agente, est multifonctions : elle veille sur « ses » filles, leur sert de confidente et apaise les tensions quand le besoin s’en fait sentir.

 

Elle surveille que les jeunes filles respectent le régime imposé de deux repas par jour, avec au menu légumes, fruits et blancs de poulet. L’apparence est capitale pour les groupes de K-pop, et l’appartement compte plusieurs balances.

 

Betty, la chanteuse, mesure 1,62 m, pèse 45 kilos et évoque parfois la nuit avec ses compagnes de chambrée ses plats préférés.