Parole de Kim Thúy, les Correspondances d’Eastman sont féeriques

Ce qui rend Les Correspondances charmantes, de l’avis de Kim Thúy, c’est le plein air.
Photo: François Pesant Le Devoir Ce qui rend Les Correspondances charmantes, de l’avis de Kim Thúy, c’est le plein air.

Les Correspondances d’Eastman… Kim Thúy n’attend pas la fin de la question pour laisser éclater son enthousiasme. Sa joie. « C’est féerique. Un lieu bucolique, un coup de coeur », donne l’écrivaine comme première description de l’événement littéraire.

 

L’auteure de Ru ne s’en cache pas : Les Correspondances d’Eastman, elle les fréquente de manière assidue. Chaque année, depuis qu’elle a été révélée en 2009, elle se fait un devoir d’y être. Le festival des Cantons de l’Est est un des premiers à l’avoir soutenue. Ça ne s’oublie pas, et chez une personne si sensible comme elle, ça se remercie. Elle a donc accepté avec bonheur de jouer les porte-parole pour la 12e édition du seul festival littéraire d’été en Amérique du Nord, qui s’ouvre jeudi.

 

Kim Thúy a d’autant accepté avec bonheur l’invitation que le rythme des quatre jours de l’événement, « la synergie », comme elle dit, ne laisse pas de temps mort. « [À Eastman], le temps n’existe pas. On a tout notre temps », corrige-t-elle, de sa voix douce et pleine d’énergie. Pas de fatigue en vue pour celle qui aimer parler, rencontrer les gens, discuter de littérature et de tout. Sans arrêt.

 

« Je suis habituée. J’ai l’impression de faire un party, un rave depuis que je suis arrivée au Québec ». Il y a de ça… trente-six ans.

 

Rassembleuses, Les Correspondances d’Eastman s’ouvrent à toutes les facettes de l’art littéraire : poésie, roman, récit, biographie, mais aussi correspondance, bien sûr, et mots en chanson. Spectacles piano-voix, avec Ariane Moffatt pour la soirée d’ouverture, cafés littéraires, tables rondes, classe de maître (par Dany Laferrière), les formules sont multiples.

 

La nouveauté, cet été, s’adresse aux lecteurs de 12 ans et moins. Ce premier espace jeunesse proposera sa foule d’activités. On y entendra Louise Portal et Francine Ruel lire l’une Roméo et Juliette, l’autre un conte. L’auteur des Gargouille, Tristan Demers, animera, lui, des ateliers de création de bandes dessinées.

 

Ce qui rend Les Correspondances charmantes, de l’avis de Kim Thúy, c’est le plein air. Même en jour de pluie.

 

« Au Salon du livre de Montréal, il n’y a pas de fenêtres, note-t-elle. Puis le village d’Eastman participe aux Correspondances. Les restos s’impliquent, tout le monde en parle. On se trouve au milieu des lecteurs, on ne reste pas derrière une table. Quand il pleut, on se retrouve sous le chapiteau, le moment est encore plus intime. C’est comme se trouver sous la couette à écouter un film. » Elle ne le criera pas, mais la porte-parole souhaite presque des jours de pluie.

 

Kim Thúy apprécie le festival, qui programme une activité à la fois : elle prévoit les faire toutes. Et elle se réserve un moment pour aller aux fourneaux, au bistro Les Trois Grâces. « J’arriverai plus tôt, pour aider à la cuisine, dit l’ancienne restauratrice. On m’a permis d’y aller. Je ferai le service aussi. »

 

Comme écrivaine, elle participera à deux tables rondes, ce qui la forcera à être « plus intelligente, pas juste parler de ce que je connais ». Le titre d’une de ces discussions devant public : « déracinement et recommencement ». Un sujet à la mesure de celle qui a quitté le Vietnam à 10 ans. « Oh que non ! rétorque-t-elle. Je contredirais [le titre]. J’ai une racine de plus qui a poussé, je suis hydroponique. Je ne crois pas au déracinement. On ne recommence pas à zéro. On continue. »

 

À Eastman, Kim Thúy semble, en tout cas, prendre racine sans trop de problèmes. Pour le plaisir de ses lecteurs, sans doute, qui voudront la revoir, et continuer à parler.