Le distributeur LMPI adoucit son offre

Présent sur le marché québécois depuis des décennies, LMPI distribue des magazines sur l’ensemble du territoire à travers quelque 6000 points de vente.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Présent sur le marché québécois depuis des décennies, LMPI distribue des magazines sur l’ensemble du territoire à travers quelque 6000 points de vente.

La saison est dure pour les magazines québécois qui doivent absorber les conséquences logistiques et financières de la fermeture du distributeur Messageries de presse Benjamin. Le distributeur spécialisé dans la presse internationale, LMPI, qui hérite des contrats et de certaines dettes de Benjamin, en prend acte et adoucit ses conditions afin d’aider le marché « à retrouver sa stabilité ».

 

Déjà, LMPI s’était engagé à remettre aux magazines 50 % de ce que Benjamin leur devait — et leur doit toujours — en échange de l’assurance qu’ils restent clients pour quelques années. Cette offre était toutefois conditionnelle à ce que les éditeurs totalisant 90 % de la valeur financière des contrats acceptent de s’y conformer. Or, Le Devoir a appris qu’un gros joueur, Rogers — éditeur de Châtelaine, L’actualité, Sélection du Reader’s Digest, notamment —, aurait refusé cette offre, la rendant du coup caduque.

 

Devant ce premier échec, LMPI supprime, dans un geste élégant, le quota d’abord imposé. « On n’a pas recueilli l’approbation des 90 % dans les délais proposés. On a réétudié le dossier, comme on l’avait dit en cas de rejet. On retire la clause. Ça montre notre détermination à retrouver la stabilité du marché. On est confiants », confirme François Leslé, président de LMPI, qui n’a pas voulu s’attarder sur les raisons ou même sur les éditeurs à la source du rejet.

 

Certains éditeurs auraient, selon nos informations, qualifié l’offre d’« intéressante, mais insuffisante ». Différentes sources du milieu ont cependant mentionné que c’est la décision des éditions Rogers de ne pas accepter la proposition de LMPI qui aurait rendu impossible cette première tentative de sortie de crise. À noter que les éditions Rogers n’ont pas rappelé Le Devoir.

 

Excepté le ratio des 90 %, la proposition initiale demeure. LMPI assumera 50 % des dettes de Benjamin, mais « au cas par cas ». Ses nouveaux clients devront accepter de s’engager avec elle pour une période de temps pouvant aller jusqu’à sept ans.

 

« C’est très long, mais on n’avait pas le choix », dit Nicolas Langelier, éditeur du magazine culture et société Nouveau Projet, qui admet faire confiance, malgré tout, à son nouveau distributeur. Il qualifie néanmoins la situation de « jungle ». LMPI ne lui a envoyé « aucun état de compte », pas plus qu’une liste des points de vente.

 

Jeudi après-midi, David Clerk, directeur de Protégez-vous, n’a pas voulu commenter, avouant n’avoir reçu aucune offre. « L’incertitude n’est pas agréable », dit-il, d’autant plus lorsqu’il prend en considération le montant à percevoir de Benjamin — 300 000 $. Changer de distributeur, une fois de plus, fragiliserait encore plus sa situation, comme celle de l’ensemble du réseau.

 

« Je ne dis pas que LMPI n’aurait pas fait une bonne job, mais on ne sait pas comment [la direction] envisageait la diffusion, parce qu’on n’a pas pu la rencontrer avant la réunion collective [le 11 juillet, avec tous les éditeurs]. Assortir une offre à un quota de 90 % d’approbation, c’était presque pas sérieux… », dit pour sa part un autre éditeur, sous le couvert de l’anonymat.

 

Selon François Leslé, « déjà certains éditeurs ont été contactés et l’offre a été acceptée par plusieurs ». Des éditeurs significatifs », a tenu à préciser la voix de LMPI. Jeudi, le bureau du distributeur doublait d’efforts pour contacter les éditeurs qui n’avaient pas été joints jusque-là.

 

Présent sur le marché québécois depuis des décennies, LMPI distribue des magazines sur l’ensemble du territoire à travers quelque 6000 points de vente, dont les grandes chaînes Walmart et Costco, mais aussi des pharmacies, des dépanneurs et des librairies indépendantes. François Leslé entend entamer des poursuites judiciaires pour récupérer les sommes dues par les Messageries de presse Benjamin. Le distributeur, qui s’est placé sous la protection de la loi sur la faillite en juin, a par ailleurs jusqu’au 27 août pour trouver une manière de rembourser leurs créanciers. Sa dette s’élève à 15,8 millions de dollars et concerne 250 éditeurs. Une soixantaine d’entre eux sont en pourparlers avec LMPI.