Plusieurs magazines québécois fragilisés

Après <em>Nouveau Projet</em>, les magazines <em>Protégez-vous</em>, <em>Nuit blanche</em>, ainsi que les publications de <em>Vélo Québec</em> (<em>Vélo mag</em>, <em>Géo Plein Air</em>, <em>Québec Science</em>, <em>Vélo urbain</em>) lancent à leur tour un cri d’alarme.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Après Nouveau Projet, les magazines Protégez-vous, Nuit blanche, ainsi que les publications de Vélo Québec (Vélo mag, Géo Plein Air, Québec Science, Vélo urbain) lancent à leur tour un cri d’alarme.

Après le magazine Nouveau Projet, qui a lancé lundi un SOS pour combler le manque à gagner de 60 000 $ que lui impose la faillite de son distributeur, Messageries de presse Benjamin, d’autres magazines québécois se voient entraînés dans des situations financières allant de « difficiles » à « catastrophiques ». Protégez-vous, Nuit blanche, ainsi que les publications de Vélo Québec (Vélo mag, Géo Plein Air, Québec Science, Vélo urbain) lancent à leur tour un cri d’alarme.


Le total des sommes dues aux 250 créanciers de Messageries de presse Benjamin — qui s’est mise sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité en juin — s’élève à 15,8 millions de dollars. Protégez-vous risque notamment de perdre quelque 400 000 $, aux côtés d’autres éditeurs de magazines et de livres, dont Vélo Québec, Ricardo, Infopresse et de nombreux autres.


Évaluer les dégâts


L’ampleur des dommages collatéraux de cette faillite est plus difficile à prédire quand on apprend de la bouche des éditeurs que certaines créances ont été surévaluées, et d’autres vues à la baisse.


Un exemple ? Le magazine littéraire Nuit blanche est inscrit comme créancier pour 920,63 $. Un montant qui fait éclater d’un rire triste la directrice, Suzanne Leclerc. « [Les Messageries Benjamin] nous doivent plus qu’un an de vente de magazines, explique-t-elle, quatre numéros et les ventes en librairies d’un ou deux autres numéros. Mais c’était tellement compliqué, désorganisé et pas clair, leur organisation… On estime que [Benjamin] nous doit plutôt entre 8000 $ et 10 000 $. » Pour le magazine qui ne roulait déjà pas sur l’or, ce déficit imprévu est « vraiment catastrophique ».




Décalage


Pierre Sormany, éditeur et directeur général de Vélo Québec Éditions, estime qu’il y a un décalage entre ses propres chiffres et ceux de Benjamin. « On extrapole, mais on est certain de rien. On voit quelques erreurs de chiffres, mais c’est normal, il était tellement désorganisé », conclut l’ex-patron de l’émission Enquête. Chez Protégez-vous, le directeur général David Clerk a des espoirs « pas très reluisants » de récupérer son dû. « Notre viabilité n’est pas à risque », précise-t-il, car Protégez-vous a la chance, comme Les Débrouillards, de faire la plus grande part de ses revenus en abonnements. « On a par le passé traversé d’autres crises. On avait réussi à se monter un petit coussin, mais là… Cette perte est énorme. » Pour les éditeurs touchés, il s’agit d’un deuxième coup dur en deux ans, après l’imposition de la « taxe sur le recyclage » en août 2012 par le gouvernement Charest.


Les Messageries de presse Benjamin étaient un important distributeur de magazines, mais aussi de livres. Leur directeur, Paul Benjamin, avait annoncé en janvier 2014 la fin des opérations de l’entreprise de quelque 225 employés. Il disait alors au Devoir céder à l’érosion du marché des magazines, mais assurait vouloir faire correctement les choses. « Faillite, précisait-il, n’est pas un mot de mon vocabulaire. »




Passation


La majorité des contrats des éditeurs francophones a été reprise par LMPI, un autre distributeur, spécialisé en presse internationale aux Canada et aux États-Unis, et une branche du grand groupe français Lagardère. Selon François Leslé, président de LS-Distribution North America et responsable de LMPI, Paul Benjamin n’a pas donné « l’heure juste » lors de la transaction. « Ses chiffres sont complètement farfelus, dit-il. Si nous avions eu conscience de ce que nous connaissons aujourd’hui, nous ne nous serions jamais embarqués dans cette aventure. »


« LMPI est victime au même titre que les éditeurs. Benjamin [qui agissait comme sous-distributeur] nous devait des sommes importantes. En revanche, nous sommes une deuxième fois victimes avec la transaction.La situation est difficile », confie l’homme d’affaires, qui peut néanmoins compter sur un actionnaire solide.


Les gros comme les petits


François Leslé considère que « tous les éditeurs se trouvent très exposés ». « Protégez-vous, Transcontinental, Ricardo aussi, pas seulement les petits éditeurs », dit-il, en reconnaissant que les 500 000 $ perdus par LMPI ont moins d’impact que les 50 000 $ attendus par un joueur plus petit.


LMPI a pris des actions juridiques qui visent autant Les Messageries de presse Benjamin que son ex-dirigeant. D’autre part, François Leslé tiendra une rencontre dans les prochains jours avec les entreprises qui se disent flouées. « Le but, dit-il, est de les convaincre qu’on a un intérêt à trouver une solution commune. » Il qualifie de « catastrophique » la perspective de voir des éditeurs faire à leur tour faillite et est convaincu que « ce serait une mauvaise nouvelle pour les éditeurs si LMPI se retirait ».


Paul Benjamin n’a pas rappelé Le Devoir avant l’heure de tombée.

 On a par le passé traversé d’autres crises. On avait réussi à se monter un petit coussin, mais là… Cette perte est énorme.

2 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 10 juillet 2014 06 h 34

    La solution

    Si j'étais l'éditeur d'un magazine québécois, la première chose que je ferais serais de contacter le groupe Hachette pour être disponnible sur la plateforme numérique du site RELAY.

    Ce site vend des magazines numériques avec des forfaits très intéressants. Par exemple, pour 20 euros par mois (annulable en tout temps) vous avez 25 crédits. La majorité des magazines peuvent se télécharger pour seulement 1 crédit, soit moins d'un euro. Vous avez le choix de centaines de numéros par mois, et vous pouvez aussi télécharger des anciens numéros, ce qui donne une très grande liberté de choix à un prix imbattable.

    Parmi ces magazines: Paris Match, Les Inrockuptibles, Le Point, Mariane, France Dimanche... il y a aussi d'autres magazines à deux crédits comme: Le Nouvel Obs, L'Express, Lire...

    C'est bien dommage que le magazine québécois l'Actualité ne soit pas sur cette plateforme car je crois qu'il ferait d'excellentes affaires.

    Remarquez, il est vrai que la France subventionne généreusement ses magazines et leur passage au numérique. Peut-être que la plateforme RELAY coûte trop cher pour nos magazines québécois, sinon pourquoi se priveraient-ils d'un marché aussi alléchant?

    En tous cas, organisez-vous, prenez le virage numérique et essayer de vous rendre disponnible sur RELAY, ou faites une plateforme semblable au Québec, mais j'ai plutôt l'impression qu'il serait plus économique d'utiliser une plateforme déjà en place.

    Demandez l'aide du ministère de la culture s'il le faut, je suis convaicu que le passage au numérique est la voie d'avenir, à condition de le faire à des tarifs avantageux comme c'est le cas sur RELAY et non pas demander le même prix qu'un magazine papier, ce qui est rire du monde mais désastreux pour l'entreprise.

  • Pierre Samuel - Inscrit 10 juillet 2014 09 h 34

    Culture québécoise en brèche ?

    Dommage que de plus en plus d'excellents magazines québécois se voient condamnés à disparaître à plus ou moins brève échéance en dépit des efforts incessants de la Société de développement des périodiques culturels québécois, étant donné que la majorité d'entre eux, au tirage fort limité sans rapport à leur qualité, ne doivent leur survie qu'aux subventions accordées de plus en plus chichement par nos gouvernements face à la numérisation inévitable du contenu imprimé...

    Il va de soi également que toute l'industrie du livre traditionnel québécois (éditeurs, distributeurs, libraires) en subit les contrecoups.

    La culture livresque québécoise n'étant guère en mesure d'affronter ce rouleau compresseur à défaut de céder à leurs diktats, risque d'en absorber difficilement les conséquences...