Pleins feux sur les années maille

Audacieux et excentriques, les vêtements créés par Francine Vandelac composant l’exposition Totalement maille, au nombre d’une quarantaine, se veulent à la fois chics, décontractés et sexy.
Photo: Photos Pierre Manning Audacieux et excentriques, les vêtements créés par Francine Vandelac composant l’exposition Totalement maille, au nombre d’une quarantaine, se veulent à la fois chics, décontractés et sexy.

Le Musée du costume et du textile du Québec (MCTQ), installé depuis plus d’un an au Marché Bonsecours du Vieux-Montréal, reste encore de nos jours un secret trop bien gardé. L’ex-musée Marcil de Saint-Lambert, créé en 1979, présente sa 170e exposition, celle qui saura sans doute le faire sortir de l’ombre. Avec sa nouvelle exposition Totalement maille, le MCTQ nous en met plein la vue et propose une magnifique rétrospective des créations de Francine Vandelac, notre reine québécoise de la maille. Ce regard posé sur la mode des années 1970 fait la preuve éclatante de l’audace, de l’excentricité et de l’éclectisme de cette décennie qui a vu défiler le mouvement hippie, le courant disco, tout autant que la turbulence punk. L’époque glorifiait alors les tuniques indiennes, les djellabas, les châles et les ponchos, si caractéristiques des adeptes du Flower Power et du style ethnico-gitan. Les fanas de disco, quant à eux, préféraient le tape-à-l’oeil des robes hypercourtes ou très longues, pailletées idéalement, les pantalons pattes d’éléphant et les chemises à jabot immortalisés au cinéma par John Travolta dans le mythique Saturday Night Fever. L’autre tendance anti-fashion qui réussira à s’imposer allait faire exploser le goût anticonformiste affichant une mode dure, moins frivole et plus radicale avec ses jeans déchirés, ses vêtements anarchiques et ses coiffures à l’iroquoise préconisés par des groupes musicaux comme les Sex Pistols, notamment.

 

La quarantaine de vêtements qui se dévoilent à nous tout au long de ce parcours jamais banal se veulent à la fois chics, décontractés et sexy, révélateurs d’une époque marquée par de profonds changements sociaux, et s’attardent plus spécifiquement au mélange des styles hippie et disco, so chic de ces années révolutionnaires. La très grande majorité de la collection, que l’on peut admirer au MCTQ jusqu’au 12 octobre 2014, porte la griffe Vandelac et couvre toute la décennie. C’est donc à un hommage au travail de cette artiste pionnière et visionnaire que nous sommes conviés afin de redécouvrir l’univers du tricot qu’elle imposera en mode moderne et totale, dès la fin des années 1960, explorant toutes les possibilités offertes par la technique et ses divers matériaux, utilisant des matières inédites, créant de nouveaux styles. Toutes les compositions sont possibles : de la laine pure à la soie, des fibres synthétiques au velours, et même le métal, le cuir et la fourrure. Loin de l’artisanat utilitaire, ce tricot innovant transite vers un style plus actuel, plus jeune, plus dynamique, absolument craquant.

 

Dès le début des années 1970, les vêtements griffés Francine Vandelac seront vendus non seulement ici au Canada, mais également aux États-Unis. Les fashionistas new-yorkaises les auront maintes fois admirés dans les vitrines de l’incontournable magasin Bonwit Teller, sur l’illustre 5 th Avenue.

 

Cette artiste montréalaise complète a d’abord étudié à l’École des beaux-arts, puis à l’Institut des arts appliqués, avant d’aller étudier la mode à l’Institut Cotnoir Capponi et de parfaire ses études en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Toujours habitée par ce même feu sacré, elle a tenu à présenter en conclusion de cette belle rétrospective deux pièces uniques et spectaculaires, l’une reproduisant une cape si symbolique de son oeuvre en laine et l’autre, une création contemporaine où elle remet au goût du jour la beauté du chanvre, cette matière noble enfin réintroduite au Québec et cultivée dans la région de Lanaudière.

 

En Italie, on ne cesse de s’émerveiller avec raison de la démarche artistique d’une grande maison de couture entièrement dédiée au tricot Missoni. Des expositions viennent rappeler sans cesse à tous l’apport exceptionnel de cette famille de créateurs à l’évolution de la mode made in Italia.

 

Idem pour la France, qui voue un véritable culte à Sonia Rykiel, Madame pull-over, celle qui a révolutionné et démocratisé la maille en lui apportant ses lettres de noblesse, tout en osant exposer les coutures à l’envers, le « pas d’ourlet », le « pas doublé », au nom d’une nouvelle philosophie de la mode : « la démode ».

 

Il nous faut remercier le MCTQ de nous rappeler que le Québec a, semble-t-il, encore et toujours comme devise « Je me souviens ». Cette exposition de haut vol tisse une belle histoire, la nôtre, souligne notre créativité et nourrit notre fierté en parcourant le travail méconnu, les talents multiples et la créativité porteuse d’une signature unique, d’une grande artiste inspirante et influente qui aura su laisser sa marque dans le paysage de la mode québécoise d’hier à aujourd’hui.

 

 Collaborateur
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