Demi-soulagement et vigilance face au budget

Selon le milieu culturel, la baisse du crédit d’impôt aux entreprises menace la vitalité des milieux du livre et du cinéma.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Selon le milieu culturel, la baisse du crédit d’impôt aux entreprises menace la vitalité des milieux du livre et du cinéma.

Le milieu culturel pousse un demi-soupir de soulagement. Le premier budget du gouvernement Couillard ne sabre pas l’enveloppe du ministère de la Culture et maintient certaines mesures de l’administration précédente, dont la Stratégie numérique. Mais il retient aussi son souffle, car l’exercice à venir du contrôle des dépenses risque d’affecter plusieurs programmes et la baisse du crédit d’impôt aux entreprises menace la vitalité des milieux du livre et du cinéma.

 

« En appliquant sans aucun discernement une réduction systématique de 20 % sur les crédits d’impôt visant les entreprises, le gouvernement ne tient nullement compte des difficultés que vivent certains secteurs, notamment la culture et particulièrement le livre », a affirmé le président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), Jean-François Bouchard, par voie de communiqué mercredi. L’ANEL prie la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, de se porter à la défense de l’édition québécoise, déjà aux prises avec les défis numériques et la concurrence étrangère, et de réclamer que le niveau actuel des crédits d’impôt soit maintenu.

 

L’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui regroupe les producteurs indépendants en cinéma, télévision et Web, se dit « sous le choc de la nouvelle » et tente d’en mesurer les impacts, indique sa porte-parole, Chantal Dufresne. Le producteur Roger Frappier a aussi fait part de ses inquiétudes à ce titre. Il a insisté sur le caractère attractif de Montréal pour la production de films étrangers dans une entrevue à Radio-Canada, mercredi. Un attrait que la nouvelle mesure libérale pourrait sérieusement ébranler.

 

Culture Montréal s’est également montrée très préoccupée par cette mesure, envisageant une mobilisation de l’ensemble du milieu culturel pour que le gouvernement revoie sa décision.

 

Réjouissances prudentes

 

Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) salue la reconduction de quelques mesures du précédent gouvernement, comme la mise en oeuvre de la Stratégie numérique, le soutien aux festivités du 375e anniversaire de Montréal et la pérennisation du programme Mécénat Placements Culture (voir l’encadré). Il se réjouit aussi du fait que l’enveloppe de 4,2 millions de dollars dédiée à la tournée internationale des compagnies artistiques (pour compenser les sérieuses coupes fédérales de 2008) devienne permanente.

 

S’il constate l’augmentation de 933 400 $ des crédits du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), il reste prudent jusqu’à la ventilation de ces crédits. Et il « redoubler[a] d’efforts » pour faire augmenter encore plus ce financement qui, à 88,8 millions de dollars, demeure loin des 125 millions qui permettraient au CALQ de « pleinement remplir sa mission », selon une étude de 2010, signale son porte-parole, Stanley Péan.

 

De la même manière, Culture Montréal demeure vigilant, car tous les ministères seront soumis à un exercice de contrôle budgétaire.

Quelques mesures clés en chiffres

Stratégie numérique

10 millions de dollars sur trois ans, dont 2 millions en 2014-2015

100 millions de dollars réservés au Plan québécois des infrastructures

Célébrer les 375 ans de Montréal

2,4 millions de dollars pour 2014-2015

Jusqu’à 60 millions de dollars d’ici 2017

* Toutefois, le projet d’agrandissement du Musée Pointe-à-Callière, entériné par le Parti québécois, est remis à l’étude.

Création du Fonds Avenir Mécénat Culture

Sert à pérenniser le financement du programme Mécénat Placements Culture

5 millions de dollars prélevés sur les revenus de la taxe sur le tabac
1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 6 juin 2014 11 h 50

    Catastrophe en vue

    Couper les crédits d'impôts au cinéma équivaut à tuer l'industrie si munitieusement construite. Ça prend des années à attirer les tournages étrangers, qui sont les plus payants pour nos artisans. Un crédit d'impôt n'est pas une subvention. Il y là une grande nuance. Non seulement ces productions dépensent des fortunes en main d'oeuvre, matériaux et compétences, les petites industries aussi font des affaires d'or. Sans oublier les antiquaires, maisons de textiles, et artisans de tout acabit. De plus, la publicité qui revient à Montréal égale ou surpasse celle du Grand prix, subventionné à coups de millions par nos taxes. Depuis la sortie de Xmen tourné à Montréal, il ne passe pas un jour sans que le nom de Montréal soit cité sur des réseaux de télé comme Entertainement Tonight et autres. Monsieur Jackman a vanté la haute gastronomie de Montréal cette semaine. Combien ça vaut en terme de publicité ?

    Toronto, Vancouvert, Halifax et même Saint-John de TN vont être ravis de cette décision, eux qui font pression sur le fédéral depuis des années pour réduire l'expertise et l'attrait du Québec sur le monde du cinéma.