Benoît Lachambre, d’une mythologie à l’autre

Créateur atypique, Benoît Lachambre aime explorer les chemins de traverse. Pour la première fois, le chorégraphe d’avant-garde s’aventure même dans le jeu théâtral.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Créateur atypique, Benoît Lachambre aime explorer les chemins de traverse. Pour la première fois, le chorégraphe d’avant-garde s’aventure même dans le jeu théâtral.

Pour sa cinquième présence au FTA, le réputé danseur Benoît Lachambre s’offre un doublé : la reprise de sa chorégraphie Snakeskins, et un baptême scénique en tant qu’acteur dans Phèdre.

 

Créateur atypique, Benoît Lachambre aime explorer les chemins de traverse. Pour la première fois, le chorégraphe d’avant-garde s’aventure même dans le jeu théâtral. Et pas avec un mince défi : une réécriture du mythe de Phèdre. Jérémie Niel, l’auteur de cette création qui puise dans plusieurs sources, a tellement insisté pour recruter le danseur que celui-ci en a conclu qu’il devait être vraiment inspiré et a « heureusement » cédé à son désir.

 

Le metteur en scène a réuni quatre interprètes qui sont tous eux-mêmes des créateurs. « Je suis le seul qui n’a pas de formation théâtrale, constate Benoît Lachambre. C’est un rôle privilégié et un peu épeurant à la fois. » Le chorégraphe incarne le roi Thésée, qui se sent trahi par sa femme Phèdre, amoureuse de son fils à lui.

 

« C’est une expérience très forte, que j’aime énormément, qui me passionne mais me bouleverse. C’est difficile parce que c’est une tragédie et que les émotions sous-tendant le personnage sont très sombres. » En l’absence de formation dramatique pour atténuer leurimpact, il s’avoue un peu déstabilisé par l’intensité des émotions qui apparaissent de façon organique en répétition. Plonger sans garde-fou s’avère parfois « légèrement traumatisant », confie-t-il en partant d’un grand rire. « Je ne le sens pas sur le coup, mais après. Thésée est un guerrier, un personnage très dur et torturé. Il est habité par la violence, par ce qu’il a fait à la guerre. Il a vu les Enfers, donc il faut aller chercher en soi des monstres. Il y a aussi tout un travailénergétique pour ancrer le personnage. C’est lui qui a tué le Minotaure, donc il incarne la puissance. Il faut exprimer ce type d’assurance, et sa façon d’observer son environnement toujours avec méfiance. »

 

En répétition, le nouveau venu a beaucoup observé, et appris. Sur la manière « d’exister dans le monde émotif du personnage »
et sur un mode créatif différent. « Le travail de table théâtral est toute une expérience. Ça prend un temps pour s’y habituer. En danse, la façon dont on passe de la discussion au mouvement est différente. »

 

L’approche de Jérémie Niel étant aussi très axée sur l’état de corps, le bagage du danseur lui sert, même s’il désire éviter « l’esthétisme relié à la danse ». Il a dû s’ajuster à la présence plus extravertie requise par la théâtralité. « Il faut dire que pour moi, la danse peut être juste un mouvement des cellules !, s’esclaffe-t-il. La tragédie a besoin d’une implication physique plus intense. Mais le travail de Jérémie est quand même assez minimaliste, la scénographie aussi. Le silence, les intentions sont très importants. C’est une oeuvre physique, où le vide contient la tension de la tragédie. »

 

Peau neuve

 

C’est une autre tragédie, une autre mythologie qu’évoque Benoît Lachambre pour parler de Snakeskins, qui lui a valu le Grand Prix de la danse de Montréal. Le chorégraphe insiste sur la nécessité de reconnaître notre héritage des Premières Nations, historiquement occulté. Ce « faux solo », dont la collègue Catherine Lalonde avait salué l’audace et la nature hors normes en 2012, présente une série de rituels. « C’est un travail sur la mue. Un processus axé sur une spiritualité de conscientisation. Une façon d’aller chercher des états de transe. »

 

Mais on n’en a pas fini avec Benoît Lachambre l’acteur. On le verra aussi jouer un « père dépressif » dans Love Project, le nouveau film de Carole Laure. Le début d’une nouvelle carrière ? « Je demeure très attaché à la danse. Je ne tiens pas à abandonner mon art, juste à le confronter à d’autres pratiques qui vont l’influencer. C’est un terreau en train de germer et dont quelque chose de nouveau va émerger. » Un travail de mue, quoi.

 

Collaboratrice

SNAKESKINS

À l’Usine les 23 et 24 mai

PHÈDRE

À la Cinquième Salle du 26 au 28 mai