«Le CALQ a fait du bon boulot»

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le Festival de Lanaudière est un événement annuel qui attire un large public. Ci-dessus, le jeune chef Yannick Nézet-Séguin en concert à ce festival de musique classique, en 2012.
Photo: Christina Alonso Festival de Lanaudière Le Festival de Lanaudière est un événement annuel qui attire un large public. Ci-dessus, le jeune chef Yannick Nézet-Séguin en concert à ce festival de musique classique, en 2012.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CALQ

Gérald Grandmont, ancien sous-ministre de la Culture entre 2000 et 2008, dresse un bilan positif du travail accompli jusqu’ici par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Mais devant les enjeux actuels, il croit que la société d’État doit revoir légèrement son rôle pour soutenir davantage le développement culturel de la société.

Assis dans le café de la Grande Bibliothèque, le visage illuminé par les rayons de soleil plongeant à travers les vitres, Gérald Grandmont remonte le fil des événements jusqu’en 1983. Il était alors directeur de la recherche et secrétaire du ministère des Affaires culturelles.

 

Le ministre Clément Richard avait adopté cette année-là un plan d’action avec lequel il avait déclenché un chantier de travail et de réflexion pour évaluer l’opportunité de créer un Conseil des arts à la québécoise. « Ce qu’on avait constaté, c’est que même s’il y avait eu quelques personnes dans le milieu qui en souhaitaient un, l’idée n’était pas vraiment mûre, explique-t-il. Dix ans plus tard, l’idée était mûre. »

 

En 1991, le rapport Arpin sur une politique culturelle ne recommandait pas la création d’une telle société d’État. Mais dans les centaines de mémoires déposés et interventions écoutées en commission parlementaire, « il y avait une demande forte pour créer un Conseil des arts », se rappelle M. Grandmont, qui n’était pas au ministère lors de ce moment charnière.

 

Les arguments demeuraient relativement les mêmes, mais avaient fait leur chemin. D’abord, il y avait la volonté d’alléger la bureaucratie à l’aide d’une société d’État plus souple. D’autres voyaient dans une gouvernance plus autonome une façon d’établir une distance avec l’appareil politique. Même s’il jure n’avoir jamais vu un ministre intervenir dans l’avis d’un jury ou les recommandations d’un comité d’experts, M. Grandmont juge que ce dernier raisonnement était valable pour des questions de perception.

 

Avantages économiques

 

La mobilisation des acteurs du milieu culturel dans la gestion du développement des arts était un autre avantage associé à la création d’un Conseil. À tout cela, M. Grandmont ajoute un « argument important qu’on pouvait mal mesurer à l’époque : au gouvernement, lorsqu’on perçoit des revenus autonomes, ils sont versés dans un fonds consolidé. Dans une société d’État, on peut créer une fondation et enrichir la capitalisation du Conseil. »

 

La conjoncture économique difficile du début des années 1990 s’est révélée favorable à la mise en place du CALQ, observe M. Grandmont. La ministre « Liza Frulla savait qu’elle ne pourrait pas lever les dizaines de millions pour la politique culturelle qu’elle voulait faire approuver par l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale. L’idée de créer un Conseil comme celui-là venait donner du relief au projet politique. »

 

Quand vient le temps de dresser un bilan, le professeur associé à HEC juge qu’il s’agissait d'« une bonne initiative », car selon lui, « le CALQ a fait du bon boulot ».

 

« Il a contribué considérablement à structurer le milieu, précise-t-il. Il a développé une diversité, créé des critères de professionnalisation d’une manière importante. Il a joué son rôle en matière de capitalisation. […] Des programmes comme Placements Culture, qu’on a créés par la suite au ministère et dont on a confié la gestion au CALQ, ont eu des impacts considérables, et ils en ont encore. » Il insiste aussi sur le fait que le CALQ « a largement contribué à faire connaître les arts et lettres du Québec », tant ici qu’à l’étranger.

 

Mais les temps ont changé. Et le CALQ doit s’adapter. « Aujourd’hui, on constate que le CALQ ne peut plus uniquement se concentrer sur le développement disciplinaire de la création, mais qu’il doit aussi être partie prenante du développement culturel d’une société. Cela l’amène à modifier son rôle. Ce passage est délicat et difficile. »

 

Arts ou développement culturel ?

 

Il y a toujours eu, dans les politiques culturelles d’ici comme dans celles d’ailleurs en Occident, une tension entre le soutien aux arts et le soutien au développement culturel. Or, aujourd’hui, signale M. Grandmont, le soutien à l’offre culturelle et à la production n’a plus la capacité d’élargir le bassin de public. Il fait une parenthèse sur le débat entourant la surproduction culturelle, qui a fait récemment l’objet d’un dossier dans Le Devoir. « S’il y a surproduction, c’est qu’on n’a pas réussi à stimuler la demande. »

 

Selon lui, le CALQ doit donc se préoccuper des enjeux de diffusion et de demande sous l’angle du bien-être du citoyen et du rapport au public. À ses yeux, « l’ensemble de notre modèle culturel est en décalage par rapport à une réalité sociale, qui, elle, sollicite la participation de la culture ». Plusieurs des étudiants à qui il enseigne les politiques culturelles aux HEC sont de jeunes artistes professionnels « en marge des circuits du CALQ et de la SODEC, remarque-t-il. Ils gèrent leurs organisations culturelles en relation avec des milieux de la santé et des milieux sociaux et ils vivent de leur pratique. C’est un décalage par rapport au modèle traditionnel de soutien par un conseil des arts. »

 

Le CALQ a tout de même évolué. Dans son Plan stratégique 2012-2016, le premier enjeu soulevé s’attarde à la création comme un levier du développement culturel. Une préoccupation qui était loin de s’inscrire dans les objectifs de départ, il y a vingt ans. De plus, à travers des ententes avec des conférences régionales des élus (CRE), des forums jeunesse et des fondations communautaires, le CALQ fournit aujourd’hui une expertise de gestion de programmes de soutien aux arts pour assurer le développement culturel sur le territoire. Un sillon à poursuivre et à creuser, selon M. Grandmont.

 

En fait, à son avis, le CALQ n’a pas à transformer considérablement son organisation pour se montrer plus actif dans le développement de la demande. M. Grandmont suggère, à travers les ententes avec les CRE, de réaliser des appels de projets en invitant par la même occasion les artistes ou les organismes à travailler avec des milieux sociaux ou communautaires. De plus, il suggère de lancer un appel de projets pour des créations ou des productions réalisées avec des groupes scolaires ou en collaboration avec des enseignants. Il émet aussi l’idée de réserver une partie des bourses à des artistes qui travaillent déjà avec des milieux sociaux ou communautaires et de mettre en place un jury d’évaluation sur cette nouvelle base. M. Grandmont prévient qu’il faudra sans doute attendre des périodes relativement longues pour constater les effets concrets de ces mesures.

 

De plus, il croit que le CALQ pourrait élargir sa démarche de concertation, actuellement réalisée avec des regroupements d’organismes culturels, des associations d’artistes et des conseils régionaux de la culture, pour développer des liens plus étroits avec des institutions ou des gouvernements près des services aux citoyens. « On ne peut pas faire l’économie de travailler avec les municipalités », dit-il à ce sujet.

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