Le «grand frère» qui ne travaillait pas en vase clos

Assïa Kettani Collaboration spéciale
De nombreux événements artistiques peuvent avoir lieu grâce à l’aide financière combinée du CALQ et d’autres organismes. Ci-dessus, la chorégraphie Yellow Towel, de Dana Michel, présentée au Festival TransAmériques, en 2013.
Photo: Maxyme G. Delisle De nombreux événements artistiques peuvent avoir lieu grâce à l’aide financière combinée du CALQ et d’autres organismes. Ci-dessus, la chorégraphie Yellow Towel, de Dana Michel, présentée au Festival TransAmériques, en 2013.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CALQ

Du Conseil des arts et lettres du Québec au Conseil des arts de Montréal ou de Longueuil, les différents organismes subventionnaires collaborent et prolongent leurs actions respectives pour atteindre l’ensemble des territoires du Québec. Entretien avec Nathalie Maillé, présidente du Conseil des arts de Montréal (CAM), et Louise Séguin, présidente du Conseil des arts de Longueuil (CAL).

Selon Nathalie Maillé, le CALQ agit comme « un grand frère » auprès d’organismes subventionnaires complémentaires qui partagent une mission commune dédiée à la vitalité de l’art québécois, notamment le Conseil des arts de Montréal.

 

Liés par un « dialogue constant », les deux organismes entretiennent une collaboration aussi étroite qu’indispensable. « Nous n’avons pas le luxe de nous isoler », estime-t-elle, quand il s’agit de répondre aux besoins de la capitale culturelle de la province ou encore de régions obéissant à une dynamique complètement différente.

 

Au rang des programmes collectifs phares, Nathalie Maillé se réjouit notamment du Programme pour les arts et les lettres du Québec signé en janvier 2014 entre le CALQ, principal bailleur de fonds, le CAM, la Conférence régionale des élus de Montréal, le Forum jeunesse de l’île de Montréal et le ministère de l’Immigration : une « mise en commun des ressources et des forces », en vigueur jusqu’en 2016. Parmi les enjeux clés, ce programme se penche notamment sur la mise en place d’une relève artistique « compétente et solide », insiste Nathalie Maillé, dans la mesure où « un nombre important de compagnies artistiques en place ont entre 30 et 35 ans ».

 

Au rang des actions ciblées pour les jeunes artistes, le programme prévoit ainsi des stages, des actions de réseautage, un soutien à la consolidation d’organismes de la relève ou encore des aides financières. Mais l’avancée majeure de cette nouvelle entente concerne certainement l’ouverture à la diversité des pratiques culturelles, se réjouit-elle. Un enjeu fondamental, sur lequel le CAM se penche depuis 2004, et auquel le CALQ apporte désormais un soutien majeur.

 

Au coeur de l’action : les artistes et les organismes artistiques autochtones et issus de l’immigration, et le soutien à l’expression artistique métissée de la métropole, notamment à travers le volet Vivacité Montréal, orienté vers l’intégration des artistes issus de l’immigration.

 

En région

 

À l’extérieur de la métropole, les besoins sont tout aussi présents, même si les réalités vécues par les artistes sur le terrain diffèrent. « Chaque région a des besoins qui lui sont propres », rappelle Louise Séguin, du CAL. En cela, elle salue le rôle primordial du CALQ en région, dans la mesure où il est « à l’écoute des milieux et travaille avec les partenaires locaux pour répondre aux besoins et arrimer adéquatement l’offre avec les enjeux [servant de] levier pour mettre en place des programmes et des projets de soutien artistique ».

 

Entre les deux organismes, Louise Séguin parle ainsi d’une « relation structurante et précieuse » qui s’est instaurée dès la création du Conseil des arts de Longueuil en 2010 : « le CALQ a joué le rôle de conseiller et de modèle pour le Conseil des arts de Longueuil », lui transmettant notamment sa façon de fonctionner et le type de bourse attribuée. En effet, alors que Longueuil compte un bassin d’environ 700 artistes, les bourses proposées sont ciblées davantage vers les artistes que vers des organismes artistiques, comme ce peut être le cas ailleurs.

 

Au rang des projets communs, Louise Séguin cite le programme Soutien aux pratiques émergentes, signé entre le CALQ, le CAL et la Conférence régionale des élus de Longueuil, visant des projets qui « sortent des sentiers battus » et qui demeurent souvent en marge des financements accordés aux formes artistiques plus traditionnelles. « Sans ce programme, de nombreux artistes hors normes resteraient pénalisés, car il y a peu d’argent pour les disciplines non traditionnelles. Une telle aide permet de stimuler le milieu. »

 

Réussite collective

 

Ces échanges et travaux communs permettent ainsi d’alimenter ce qui représente, selon Nathalie Maillé, une véritable force vive au Québec : son vivier de créateurs et d’artistes, qui « nous distingue du reste du Canada, poursuit-elle. L’État a fait le choix d’investir auprès des artistes. C’est une richesse que nous avons, née de choses que nous avons mises en place et dont il ne faut pas se défaire. Il faut en être conscients, et que ça reste une priorité. »

 

De plus, « l’art au Québec ne serait pas ce qu’il est sans le CALQ », soutient sans détour Louise Séguin. Contribuant à stimuler la création, la production et la diffusion de l’art au Québec et à l’étranger, il permet d’enrichir aussi bien l’univers culturel que le bien-être de la société. « Nous sommes conscients de l’importance des bourses pour stimuler la création et créer des conditions de pratique acceptables pour les artistes. Elles permettent aux artistes de se consacrer à des projets de création sans avoir à faire la vaisselle pour se nourrir… Comment peut-on être créatif quand on ne pense qu’à survivre ? Il n’y aurait pas tout ce foisonnement de créativité sans le CALQ. »

 

Mais pour poursuivre cette mission, certains nouveaux enjeux se posent, rappelle Nathalie Maillé : les façons de consommer et le public ne cessent d’évoluer, délaissant les profils de consommation classiques qui étaient prédominants il y a une ou deux générations. « De plus en plus, les amateurs de culture peuvent passer d’un spectacle d’un artiste populaire à un concert de musique classique, de la lecture d’une bande dessinée à une exposition d’art contemporain », avance-t-elle.

 

Demeurant à l’écoute de l’évolution du milieu, les conseils des arts seront ainsi amenés à revoir leur démarche au cours des années à venir. « De plus en plus, les jeunes générations s’interrogent sur ce que nous avons mis en place. Une réflexion collective s’impose, afin d’ajuster et d’actualiser nos façons de faire. »

 

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