Hélène David: «Le Québec s’est doté d’un levier extraordinaire»

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Athanase David, aïeul d’Hélène David, a été Secrétaire de la province de Québec de 1919 à 1936 et a beaucoup œuvré pour l’émancipation des milieux artistiques au Québec.
Photo: Source Archives nationales Athanase David, aïeul d’Hélène David, a été Secrétaire de la province de Québec de 1919 à 1936 et a beaucoup œuvré pour l’émancipation des milieux artistiques au Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CALQ

La nouvelle ministre de la Culture et des Communications souligne le succès du CALQ — organisme qui fera assurément partie de ses priorités —, mais refuse pour le moment de dire si la société d’État subira ou non des compressions budgétaires.

Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) a joué « un rôle déterminant » dans le soutien et la promotion des artistes québécois depuis sa création en 1992, estime Hélène David, la toute nouvelle ministre de la Culture et des Communications. « Avec le CALQ, le Québec s’est doté d’un levier extraordinaire pour permettre l’épanouissement de notre culture ici et ailleurs dans le monde », poursuit-elle.

 

« Parfois, je me dis que si mon grand-père pouvait voir tout ce qui a été accompli, lui qui, en 1920, travaillait à soutenir les arts et les lettres, il en serait bien fier ! », dit-elle en parlant de son aïeul paternel, le sénateur Athanase David, qui a écrit ce que plusieurs considèrent comme la première politique culturelle québécoise.

 

Le CALQ et les artistes qu’il représente ont parcouru pas mal de chemin au cours des 20 dernières années, remarque la députée d’Outremont. « Ils ont atteint un niveau de maturité exceptionnel qui s’accompagne d’une certaine assurance, d’une certaine fierté, dit-elle. Prenez seulement le succès de nos créateurs à l’international : selon les données du CALQ, il se donne six spectacles québécois par jour à l’étranger. Je pense aussi à nos cinéastes qui se rendront à Cannes, à Dany Laferrière, à Robert Lepage… C’est quand même fabuleux comme représentation pour une province de huit millions d’habitants ! »

 

Grande amatrice de cinéma, de musique, de théâtre et de littérature, Hélène David ne manque pas de souligner les efforts de la société d’État en matière de rayonnement à l’échelle du Québec. « Le CALQ a fait preuve d’une grande équité entre les grandes villes et les régions de la province, pense-t-elle. Ce n’est pas banal pour les artistes à l’extérieur des centres urbains d’être ainsi soutenus, ni pour le public d’avoir accès à une offre culturelle intéressante en région. »

 

Réalisme budgétaire

 

En dépit de son enthousiasme évident pour l’oeuvre du CALQ, la ministre ne peut s’avancer pour le moment sur son avenir financier. « Tout le monde sait que nous sommes dans une situation de réalisme budgétaire et que tous les ministères, y compris celui de la Culture, devront faire des efforts pour redresser l’état des finances publiques, a répété à plusieurs reprises Mme David au cours de son entretien téléphonique avec Le Devoir. Comme nous sommes encore en réflexion, nous ne pouvons nous prononcer pour l’instant sur le CALQ ou tout autre organisme d’ailleurs. »

 

Elle n’a pas voulu s’avancer davantage sur le sort du programme Mécénat Placements Culture ou de celui de la Stratégie culturelle numérique, deux initiatives qui avaient fait l’objet d’investissements dans le dernier budget du gouvernement Marois. La ministre a cependant reconnu l’importance capitale que représente la philanthropie en culture, de même que le virage numérique.

 

Pourtant, le sous-financement de la culture n’est plus à démontrer. Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) réclame depuis plusieurs années qu’on renfloue les coffres du CALQ. Il estime que l’organisme aurait besoin d’un budget de 135 millions, alors que celui-ci est plutôt d’environ 90 millions. Selon le MAL, non seulement la valeur des bourses n’a pas augmenté depuis 10 ans, mais le nombre d’artistes qui en font la demande, lui, a explosé.

 

Hélène David réitère sa ferme volonté de se battre pour les créateurs, elle qui a connu de près leur réalité en ayant comme mère la romancière Nellie Maillard et comme grand-père Charles Maillard, qui a dirigé l’École des beaux-arts de Montréal pendant 20 ans. Elle ne souhaite pas voir le secteur culturel découragé par la situation. « Tous les ministères feront des efforts budgétaires, certes, mais nous viserons aussi la croissance, rétorque-t-elle. Tout le monde sera alors heureux d’apprendre dans un deuxième temps que l’argent est au rendez-vous, ce qui nous permettra d’aider davantage nos créateurs. »

 

Le CALQ, assure-t-elle, fera partie de ses priorités, « afin qu’il poursuive le travail qu’il accomplit si bien depuis 20 ans ».

 

Un futur en chantier

 

Renouvellement générationnel, rayonnement des arts et des lettres, interdisciplinarité et pluridisciplinarité, et diversité culturelle. Quatre chantiers que le CALQ a entrepris et dont les résultats, selon la ministre Hélène David, définiront les 20 prochaines années de l’organisme. « Ces défis sont à l’image de ceux du Québec de demain », croit-elle.

 

« C’est une réflexion importante : comment améliorer la promotion de nos artistes, comment s’exprime l’interdisciplinarité notamment à travers le numérique, par quoi est habitée la nouvelle génération d’artistes, mais aussi la nouvelle génération de spectateurs ? s’interroge Mme David. Ce ne sont là que quelques-unes des questions qui guideront les futurs choix du CALQ. Les moyens à prendre par la suite exigeront de la rigueur et de la créativité… ce dont le CALQ a toujours fait preuve ! »

 

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