Des artistes en mouvement entre l’ici et l’ailleurs

André Lavoie Collaboration spéciale
La Villa Waldberta est située en Bavière. Grâce à son programme de bourses, le CALQ offre la chance à certains artistes d’ici, comme des écrivains et des conteurs, d’effectuer une résidence de création dans la villa. L’organisme coordonne de nombreux séjours artistiques à l’étranger, notamment au pays de Galles, au Japon, en France et à bien d’autres endroits.
Photo: JÜrgen Howaldt La Villa Waldberta est située en Bavière. Grâce à son programme de bourses, le CALQ offre la chance à certains artistes d’ici, comme des écrivains et des conteurs, d’effectuer une résidence de création dans la villa. L’organisme coordonne de nombreux séjours artistiques à l’étranger, notamment au pays de Galles, au Japon, en France et à bien d’autres endroits.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CALQ

Le parcours artistique de Sylvie Cotton n’a rien de linéaire : installations, performances, dessin, écriture, sans compter des études en muséologie et un engagement à la barre de diverses galeries, dont DARE-DARE et Skol. Riche de toutes ces expériences, ici comme à l’étranger, cette touche-à-tout observe depuis longtemps l’évolution du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), en reconnaît les forces et les limites à l’aube de ses 20 ans, et a répondu avec enthousiasme à l’invitation de siéger au conseil d’administration.

Sylvie Cotton croit que son côté « entrepreneur » lui permet maintenant de participer activement aux orientations de cette organisation essentielle au développement de la culture québécoise qu’est le CALQ. Avant son arrivée à titre d’administratrice il y a bientôt un an, ses intentions étaient fermes, et ses objectifs clairement définis. « Il n’était pas question pour moi d’être là pour entériner aveuglément des décisions ou signer des papiers, affirme Sylvie Cotton. Heureusement, ce n’est pas du tout la façon de faire du CALQ. On considère vraiment notre avis, d’autant plus que la raison d’être de l’organisme est d’accompagner les artistes dans leur cheminement, dans leur évolution. »

 

Multidisciplinarité

 

Cette évolution s’avère le plus souvent complexe, à l’image de son propre parcours et de celui de ses camarades de création, qui cognent à la porte du CALQ pour obtenir le soutien nécessaire à la concrétisation de leurs projets. Car ils sont de plus en plus multidisciplinaires, traversés par diverses influences et autant de démarches qui font voler en éclat les étiquettes. « Avant d’arriver au C. A. du CALQ, je voulais conscientiser l’organisme à la multidisciplinarité et au métissage des pratiques : la danse peut faire appel aux arts médiatiques, la littérature aux arts visuels, etc. J’ai été agréablement surprise de constater que cette réflexion était déjà bien entamée, et que les responsables de programmes ne travaillaient pas “en silo”, comme on dit dans le jargon administratif. »

 

En plus d’avoir participé à des jurys de pairs (« un outil essentiel puisque les créateurs sont les mieux placés pour comprendre et évaluer le travail de leurs collègues »), Sylvie Cotton a exploré l’univers des résidences d’artistes ici et à l’étranger, une pratique fondamentale « qui remonte à la Renaissance, où les peintres d’autres pays convergeaient tous vers l’Italie ».

 

Dans un ouvrage intitulé Désirer résider. Pratique en résidence 1997-2011 (éditions Centre Sagamie, 2011), elle creuse cette tradition qu’elle juge fondamentale pour une démarche artistique féconde et renouvelée. « Un créateur doit s’extraire de son quotidien, de son milieu, pour mieux se remettre en question. En quittant sa routine, il voit les choses différemment. » À titre d’enseignante, elle ne cesse d’encourager ses étudiants à faire la même chose. « Je leur dis de ne pas attendre une bourse ! Résider dans le chalet d’un ami, occuper l’appartement d’un confrère en voyage, cela est possible, à peu de frais, et c’est une belle introduction à cette expérience toujours enrichissante. »

 

De Paris à Tokyo

 

L’État québécois croit aussi depuis longtemps aux vertus du voyage pour les créateurs, lui qui a ouvert le tout premier studio du Québec, à Paris, en 1965. Autrefois supervisé par le ministère de la Culture et ensuite par le CALQ, le studio n’est plus le seul à accueillir les artistes ; d’autres sont maintenant accessibles à New York, Berlin et Tokyo, sans compter les nombreuses collaborations avec d’autres pays où des résidences sont possibles. Sylvie Cotton figure parmi ceux et celles qui ont vécu avec intensité ces séjours créatifs et inspirants, en Finlande et au Japon. « Lors de ma résidence en Finlande, j’habitais dans une banlieue où personne ne parlait français ou anglais, et à une période de l’année où la lumière était rare. J’ai vécu un réel isolement, mais cette expérience a profondément marqué la suite de mon travail. Depuis ce temps, j’explore de diverses manières le thème du silence. »

 

Par contre, rien jusqu’ici ne rivalise avec son expérience japonaise. Être à Tokyo en mars 2011, alors qu’un tremblement de terre suivi d’un tsunami va faire les ravages que l’on sait, voilà un moment que l’artiste ne pourra jamais oublier. « Le studio est situé dans une tour de 40 étages, précise Sylvie Cotton. La terre tremble régulièrement dans ce pays, et après quelques semaines, comme les Japonais, j’avais fini par m’habituer. Mais quand tu vois les tours valser devant toi, des incendies surgir un peu partout dans la ville, tu comprends que c’est sérieux. J’étais avec un ami japonais et comme nous ne pouvions pas sortir de chez moi, nous sommes restés devant la télé à découvrir l’ampleur du désastre. »

 

Cette catastrophe aux accents apocalyptiques va interrompre son séjour prévu pour six mois. « Je me sentais coupable d’avoir la liberté de partir alors qu’eux devaient rester », admet cette Japonaise de coeur encore éblouie « par la solidarité, la générosité et l’entraide qui ont permis la reconstruction de la ville quelques mois après la tragédie ».

 

Tous les séjours à l’étranger des artistes québécois ne sont pas aussi spectaculaires, mais l’ensemble de ce programme géré par le CALQ apporte depuis longtemps une empreinte durable sur les créateurs, et par le fait même sur la culture québécoise. Comptez sur Sylvie Cotton pour s’en faire la plus enthousiaste des ambassadrices.

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