Une «locomotive» pour le milieu artistique

Martine Letarte Collaboration spéciale
Stéphan La Roche a été nommé p.-d.g. du CALQ l’année dernière. Il y avait effectué un premier passage en 1997-1998, avant d’être nommé directeur de la musique et de la danse en 2008.
Photo: Stéphane Bourgeois Hélène Bouffard photographes Stéphan La Roche a été nommé p.-d.g. du CALQ l’année dernière. Il y avait effectué un premier passage en 1997-1998, avant d’être nommé directeur de la musique et de la danse en 2008.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CALQ

À l’occasion du 20e anniversaire du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), Stéphan La Roche, président-directeur général, dresse le bilan et lève le voile sur les perspectives d’avenir.

Il y a les bourses aux artistes et les subventions aux organismes, mais aussi, les studios et résidences d’artistes à l’étranger, ainsi que les programmes régionaux. Par différentes stratégies, le CALQ soutient la création artistique sur le territoire du Québec dans une perspective de développement et de rayonnement ici et à l’étranger.

 

« La création du CALQ, indépendant par rapport aux politiques, a engendré un travail de concertation avec les milieux, explique Stéphan La Roche, nommé p.-d.g. l’an dernier. On a ainsi pu développer des programmes et des approches adaptées aux besoins des artistes et des organismes des différentes disciplines artistiques. »

 

En regardant le chemin accompli depuis 20 ans, Stéphan La Roche constate que chaque p.-d.g. a joué un rôle important dans l’organisation.

 

« Guy Morin a été le p.-d.g. fondateur, puis Jean-Claude Germain a assuré l’intérim quelques mois avant l’arrivée de Marie Lavigne. Elle a vraiment été la développeuse du CALQ. Ensuite, Marie-Claire Lévesque a été la p.-d.g. de consolidation, puis Yvan Gauthier, mon prédécesseur, a été le p.-d.g. du déploiement du CALQ avec la création du programme Mécénat Placements Culture et les projets en région et à l’international. »

 

Bons coups et apprentissages

 

Stéphan La Roche, qui a effectué un premier passage au CALQ en 1997-1998 avant d’y revenir en 2008 comme directeur de la musique et de la danse, croit au rôle qu’a l’organisation de susciter la réflexion dans le milieu artistique pour faire progresser les différentes disciplines.

 

C’est ce qu’a fait le CALQ en développant le réseau de studios du Québec et d’ateliers-résidences d’artistes dans une vingtaine de pays. « Le CALQ a trouvé extrêmement important de favoriser l’émulation, le perfectionnement, le rayonnement et les échanges entre artistes et, en travaillant avec ses partenaires, a misé sur le développement de ce réseau à l’international », explique Stéphan La Roche.

 

Pour cette réalisation, le CALQ a obtenu le Prix d’excellence de l’administration publique québécoise en matière de rayonnement international en 2010.

 

Le CALQ a aussi appris de ses erreurs. « Au début, on a sorti les programmes de soutien des artistes du giron du ministère de la Culture pour les confier au CALQ, basé à Québec et à Montréal,raconte M. La Roche. Les artistes et les compagnies artistiques des régions étaient inquiets qu’on ne prenne pas en compte les réalités régionales. Il y a eu une période d’adaptation, et la volonté de bâtir une relation adaptée à chacune des régions a émergé. »

 

C’est ainsi que sont nés les programmes régionaux gérés conjointement avec des partenaires locaux.

 

« Ils découlent d’ententes régionales signées par le CALQ, les conférences régionales des élus [CRE] et les villes pour créer des programmes adaptés aux besoins de chacune des régions,explique Stéphan La Roche. Par exemple, un programme peut s’attaquer au problème de rétention des jeunes artistes dans une région. Cet outil a extrêmement bien favorisé le développement régional de la culture. De nouveaux partenaires s’ajoutent régulièrement, et le nouveau maire de Laval, seule région qui n’a pas son programme, a entrepris des discussions avec le CALQ. »

 

Restructuration

 

Stéphan La Roche sera certainement un patron du CALQ associé au changement. Premier p.-d.g. issu de l’équipe de direction du CALQ, l’avocat de formation est arrivé en poste avec une grande connaissance de l’organisation, de ses forces et de ses enjeux. Rapidement, il a réalisé une restructuration.

 

« J’ai consulté l’ensemble des employés et les milieux artistiques pour savoir comment le CALQ pourrait mieux répondre à leurs besoins, explique-t-il. En septembre, une restructuration a été implantée. Avant, le CALQ fonctionnait par discipline artistique — il y en avait 14 —, alors ça faisait beaucoup de silos. Maintenant, nous avons trois champs d’intervention : création, production, diffusion. »

 

Ce changement a été fait notamment parce que la pratique artistique est de plus en plus interdisciplinaire. « Nous voulions que notre structure réponde à cette réalité, et nous voulions plus de souplesse dans nos façons de faire pour être en mesure de nous adapter plus facilement aux changements de la société », explique Stéphan La Roche, qui a grandi dans une famille où l’art, sous plusieurs formes, était très présent.

 

Quatre chantiers de réflexion

 

Après avoir restructuré le CALQ, le nouveau p.-d.g. a lancé quatre grands chantiers de réflexion : renouvellement générationnel, diversité culturelle, rayonnement artistique, puis interdisciplinarité et pluridisciplinarité. La réflexion a commencé à l’interne, puis des comités ont été formés pour mener des consultations plus larges.

 

« Après s’être doté d’une structure plus souple, il faut adapter les programmes aux nouvelles réalités. Par exemple, pour le chantier diversité culturelle, on pourrait se demander comment adapter les critères de sélection des programmes et la composition des jurys pour faire davantage de place aux artistes des différentes communautés culturelles. »

 

L’organisme subventionnaire vise une mise en oeuvre à l’automne 2015.

 

« Nous sommes une petite structure [73 employés basés à Québec et à Montréal], et nous tentons de répondre rapidement aux besoins des milieux, affirme M. La Roche. De toute façon, nous n’avons pas le choix ! Les changements sont là et les milieux sont prêts. »

 

Le CALQ souhaite par la suite rester à l’affût des changements, être visionnaire et jouer davantage un rôle de locomotive pour le milieu artistique. « Le CALQ a 20 ans, nous souhaitons qu’il se transforme en CALQ 2.0 ! Grâce à sa nouvelle structure, nous souhaitons qu’il soit plus en phase avec les milieux, plus accessible, plus interactif, et qu’il continue à bouger, à s’adapter aux nouvelles réalités », affirme le p.-d.g.

 

Est-il inquiet des conséquences sur le CALQ que pourrait avoir l’état des finances publiques au Québec et de la volonté de réduire le déficit budgétaire du nouveau gouvernement de Philippe Couillard ?

 

« Depuis 30-40 ans, quel que soit le parti au pouvoir, il y a eu une continuité dans le soutien à la culture, affirme Stéphan La Roche. J’ai confiance que malgré une période budgétaire difficile, le nouveau gouvernement appuiera cette continuité, puisqu’on sait à quel point les arts et la culture sont importants pour l’identité québécoise. »

 

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