«La ministre a littéralement donné carte blanche au Conseil»

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Guy Morin, p.-d.g du CALQ, Jean-Claude Germain, vice-président du C. A., la ministre Liza Frulla et le maire de la ville de Québec, Jean-Paul L’Allier, lors de l’inauguration du siège social du CALQ, en 1994.
Photo: Christian Bibeau Guy Morin, p.-d.g du CALQ, Jean-Claude Germain, vice-président du C. A., la ministre Liza Frulla et le maire de la ville de Québec, Jean-Paul L’Allier, lors de l’inauguration du siège social du CALQ, en 1994.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CALQ

Le 21 décembre 1992, le gouvernement du Québec adoptait la loi 53 sur le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Si l’institution a depuis longtemps fait ses preuves, à l’époque, le cadre flou qui l’entourait ne laissait pas forcément présager le succès. Élise Paré-Tousignant, membre du premier conseil d’administration du CALQ, se souvient…

C’est en lisant un éditorial de Mme Lise Bissonnette, alors directrice du Devoir, que Mme Paré-Tousignant apprend que le CALQ serait créé. Alors professeure à l’École de musique de l’Université Laval, elle se fait la réflexion que cela aurait peut-être pour effet de calmer les angoisses du milieu culturel, qui souhaite depuis un bon moment déjà qu’un organisme soit chargé de gérer l’ensemble des interventions du gouvernement.

 

Une visite de Liza Frulla

 

Happée par le brouhaha de sa vie quotidienne, elle passe rapidement à un autre appel et ne repense plus au Conseil… jusqu’au jour où, à la fin août 1993, alors qu’elle est en pleine réunion du Domaine Forget, une corporation à but non lucratif pour laquelle elle assume les fonctions de directrice artistique, elle reçoit la visite de la ministre de la Culture et des Communications, Mme Liza Frulla.

 

« C’était une belle soirée d’été à Charlevoix, se rappelle Mme Paré-Tousignant. J’étais en réunion et je n’attendais personne. Mme Liza Frulla s’annonce en disant qu’elle avait une bonne nouvelle à partager. Il y avait probablement quelqu’un qui était au courant dans la salle, mais moi, non. Elle explique ce qu’elle attend du Conseil et termine en disant qu’elle aimerait que je fasse partie de son conseil d’administration. Je me souviens de l’air de mes collègues. Le fait que la ministre vienne chercher leur directrice les avait beaucoup impressionnés. Ça les avait rassurés aussi, parce que ça montrait que Mme Frulla avait le désir de représenter les régions. »

 

Première rencontre

 

N’ayant aucune idée de qui avait recommandé sa candidature ni de pourquoi la ministre la choisissait elle plutôt qu’une autre, Mme Paré-Tousignant accepte de relever le défi. Et celui-ci est de taille, car tout est à faire !

 

« Je me souviens très bien de la première rencontre du Conseil, indique l’ancienne membre du C. A. Guy Morin, qui est le président-directeur général de l’époque, nous convoque à une première réunion. Il y a des têtes d’affiche (Luc Plamondon, Monique Mercure, Jean-Claude Germain, Marie Laberge, Gilles Maheu, etc.) et des gens qui, comme moi, sont bien implantés dans leur milieu, mais qui sont un peu moins connus. On commence par se présenter, et ensuite, on discute de la direction qu’on souhaite prendre. Croyez-moi, ce n’est pas une mince tâche, parce que la ministre a littéralement donné carte blanche au Conseil ! »

 

Par carte blanche, Mme Paré-Tousignant fait référence au fait que la ministre de la Culture et des Communications a décidé de laisser au CALQ le soin de définir lui-même ses règles de fonctionnement et d’opération. Le mandat du Conseil est relativement clair : il exerce ses attributions dans les domaines des arts visuels, des métiers d’art, de la littérature, des arts de la scène, des arts multidisciplinaires et des arts médiatiques, ainsi qu’en matière de recherche architecturale. Il a pour objet de soutenir, dans toutes les régions du Québec, la création, l’expérimentation et la production, et d’en favoriser le rayonnement à travers la province. Il doit également soutenir le perfectionnement des artistes. Mais la loi qui l’encadre n’indique pas comment il doit s’organiser pour y parvenir.

 

« La première année a constitué tout un défi d’organisation, note Mme Paré-Tousignant. Les deux choses qui ont occupé le plus de notre temps cette année-là, c’est de rencontrer les employés potentiels et de trouver des locaux. »

 

Migration

 

Comme la loi prévoit que les employés du ministère de la Culture, dont les tâches sont susceptibles de relever désormais du CALQ, ont la possibilité de migrer vers le Conseil ou de demander leur mutation dans un emploi de la fonction publique, Mme Paré-Tousignant et ses collègues doivent passer des dizaines de fonctionnaires en entrevue pendant plusieurs semaines.

 

« On ne pouvait pas les forcer à se joindre au Conseil, relève l’ancienne membre du C. A. Il fallait leur expliquer notre vision et leur demander de choisir entre le Conseil et le ministère. Tout ça s’est fait parallèlement à la recherche de locaux. Ce n’était pas évident ! D’autant plus qu’il fallait faire le suivi des dossiers qui avaient été traités par le ministère. Les gens avaient fait des demandes de subvention. Il n’était pas question que ces dossiers-là tombent entre deux chaises ! »

 

Nouvelle direction

 

À la suite de cette période d’organisation, les premières années du Conseil sont vouées à gagner la confiance des milieux des arts et des lettres et à la structuration de ses programmes. L’arrivée de Marie Lavigne au poste de présidente-directrice générale du Conseil fait beaucoup pour l’institution.

 

« L’arrivée de Marie a apporté un nouvel éclairage, dit Mme Paré-Tousignant. La transition s’est faite de manière harmonieuse et ça a permis au Conseil de passer à une autre étape. Les structures étaient en place et les objectifs définis, mais il ne fallait pas en rester là. Marie a joué un grand rôle dans la communication auprès du milieu pour faire connaître l’évolution du Conseil. Parce que le Conseil est toujours en évolution. Ce n’est pas une structure statique, elle doit être mouvante. Grâce notamment au travail de Marie, le Conseil a pris son erre d’aller et n’a jamais ralenti depuis. »

 

Constance

 

Ayant quitté le CALQ à la fin des années 1990, alors que Mme Lavigne était toujours présidente-directrice générale du Conseil, Mme Paré-Tousignant n’a jamais cessé de suivre l’évolution de l’institution. Si ce n’avait été du règlement qui ne permettait pas à l’époque que les membres du C. A. y poursuivent plus de deux mandats, elle aurait probablement continué son action pendant quelques années.

 

Aujourd’hui, Mme Paré-Tousignant jette sur l’institution un regard empreint de fierté et d’admiration pour le travail de ses successeurs : « La création de ce Conseil, c’était tout un événement ! Les vingt années de l’organisation ont été traversées avec une constance remarquable. Je regarde l’évolution du CALQ et je trouve ça extraordinaire. Il est comme une bonbonne d’oxygène pour le milieu des arts. Je suis très fière d’avoir participé à ça, d’avoir contribué au développement de la vie culturelle du Québec. »

 

Collaboratrice

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