La médiation culturelle sous la loupe des chercheurs

Une photo de <em>30 Screen Tests, </em>de l'artiste Steve Giasson, dans le cadre de «Labyrinthe artistique», une création multidisciplinaire menée avec des résidants du quartier Centre-Sud par l’organisme Péristyle nomade.
Photo: Félix Bowles Une photo de 30 Screen Tests, de l'artiste Steve Giasson, dans le cadre de «Labyrinthe artistique», une création multidisciplinaire menée avec des résidants du quartier Centre-Sud par l’organisme Péristyle nomade.

La médiation culturelle, dont la Ville a fait son principal axe d’intervention en matière de développement culturel depuis 2005, est sous la loupe de chercheurs québécois depuis six ans. Les résultats de la vaste étude qualitative, intitulée Les effets de la médiation culturelle : participation, expression, changement, ont été dévoilés mardi à l’occasion d’un forum professionnel en marge de l’Acfas et permettent de dégager les impacts et caractéristiques de ces activités.

 

Moyen de contrer l’isolement, de favoriser l’insertion sociale, de stimuler la créativité, de rehausser l’estime de soi et le sentiment d’appartenance, d’améliorer l’apprentissage scolaire… Les effets constatés de la médiation culturelle sont nombreux et rejoignent à bien des égards ceux que les études des dernières années ont attribués plus largement à la participation culturelle. Mais ce qui distingue les activités de médiation culturelle, c’est que leurs impacts ne se limitent pas aux participants, ils se répercutent aussi sur les organismes qui les orchestrent, les artistes qui les mènent. Ceux-ci en tirent de nouvelles idées ou pratiques pour nourrir leur propre processus de création. Ceux-là y découvrent de nouveaux publics et voient leur réseau de collaboration enrichi. Il y a échange, rencontre.

 

Car, comme son nom l’indique, le propre de la médiation est de « mettre en relation étroite des artistes, des professionnels de la culture et des non-professionnels qui ne fréquentent pas a priori les lieux culturels, explique Louis Jacob, professeur de sociologie de l’UQAM qui cosigne l’étude avec sa collègue Anouk Bélanger. On cherche à créer un espace de liberté qui va changer une situation — des gens qui acquièrent de nouvelles compétences ou voient leur qualité de vie améliorée. »

 

Après avoir analysé 190 projets réalisés dans 19 arrondissements à partir des documents d’archives, l’équipe s’est penchée sur six projets de médiation qui ont été réalisés dans les dernières années : « Labyrinthe artistique », création multidisciplinaire menée avec des résidants du quartier Centre-Sud par l’organisme Péristyle nomade ; « Ateliers parcellaires », création littéraire et multimédia réalisée par le centre d’artistes Oboro avec des jeunes et des aînés ; « On se raconte », projet de l’arrondissement de Saint-Laurent autour du conte engageant les nouveaux arrivants en processus de francisation ; « L’atelier », de la compagnie Bouge de là, qui allie danse et arts plastiques, « Les P’tits Loups », camp de jour piloté par le Festival du nouveau cinéma (en collaboration avec la Fondation du Dr Julien) offrant aux jeunes en difficulté une initiation à la production cinématographique ; « Les déjà prêts/ready-made » de la Maison de la culture Côte-des-Neiges qui initiait les jeunes et les nouveaux arrivants à l’art contemporain.

 

Le fait que les objectifs varient énormément d’un projet à l’autre et qu’il y a un large éventail des pratiques rend difficile de tirer des conclusions générales. Une tendance forte se dégage toutefois des six projets étudiés.

 

« On cherche toujours à établir un équilibre inédit entre la création artistique et la volonté d’élargir l’expression culturelle sous toutes ses formes, dit M. Jacob. Et c’est indéniablement réussi sur ce plan. » Participation, expression culturelle débordant la sphère artistique et changement — opéré sur les plans tant personnel que collectif et social — sont d’ailleurs les traits caractéristiques de la médiation culturelle dégagés par les sociologues.

 

« Le contexte dans lequel on parle maintenant de médiation est en pleine transformation ; le mot est récent et pas toujours adéquat, mais il renvoie à une pratique qui a une longue histoire derrière elle. La médiation culturelle est rattachée au vieux projet de démocratisation culturelle, mais elle a permis l’émergence de nouvellespratiques qui contribuent àce qu’on peut qualifier aujourd’hui de démocratie culturelle. On n’a pas besoin d’autres études à grande échelle, ce qu’il faut maintenant, c’est des décisions politiques pour faire en sorte que des projets comme ça continuent d’exister. »