Héritage Montréal dénonce un «abus de droit»

La maison Redpath, une construction datant de 1886, avant sa démolition
Photo: Héritage Montréal La maison Redpath, une construction datant de 1886, avant sa démolition

La maison Redpath n’est désormais plus qu’un amas de ruines. Or, l’organisme Héritage Montréal n’entend pas se taire malgré le passage d’une grue de démolition au 3457, rue du Musée. On se souviendra qu’après une ultime intervention visant à étudier le cas de la construction datant de 1886, le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, avait statué qu’un classement patrimonial n’était pas justifié. C’était le 28 février. Héritage Montréal avait alors déclaré qu’il fallait « blâmer, montrer la Ville du doigt ». Parole tenue par voie de communiqué mercredi.

 

« Héritage Montréal regrette que le débat se soit limité à celui entre le propriétaire et le ministère alors que ce dossier interpelle également la collectivité et les instances municipales […] La perte de la maison Redpath et de plusieurs autres édifices patrimoniaux marque un réel danger de régression et de retour à une époque qui nous a certes donné le métro de Montréal et Expo 67, mais qui a aussi été marquée par une vague de démolition sans discernement », craint l’organisme, qui parle d’un « abus de droit honteux ».

 

Joint par Le Devoir, Michel Tremblay, un bénévole de longue date d’Héritage Montréal attaché de près au dossier, a réitéré ces inquiétudes. « On désire surtout éviter le retour de ce genre de politiques. La démolition de cette maison-là après des décennies de négligence, c’est le genre de chose qu’on voyait dans les années 1960. On pensait que ça ne se faisait plus. Le message qu’on veut passer, c’est que la Ville, qui s’est donné une politique du patrimoine, doit être la gardienne de ce patrimoine. Elle dispose d’outils juridiques pour obliger un propriétaire à entretenir sa propriété. Rien de cela n’a été fait avec la maison Redpath. La Ville a attendu, a laissé aller les choses. Elle a failli à son devoir », a-t-il insisté.

 

La fin d’une saga

 

C’est le 13 février dernier que le maire de Montréal, Denis Coderre, a donné le feu vert à la démolition de la maison Redpath, invoquant des raisons de sécurité. Héritage Montréal conteste toujours la validité de cette assertion. « [L’] évaluation publiée par le ministre conclut que la maison est toujours aussi solide qu’en 2010 et ne présente aucun risque d’effondrement sauf sous le poids de la machinerie lourde, ce qui met sérieusement en question l’argument principal invoqué par la Ville et par le maire pour justifier la démolition. »

 

Au ministère de la Culture et des Communications, on a plutôt évoqué un « faible état d’intégrité », tout en déplorant que « des actions n’aient pas été prises alors que la maison Redpath était en meilleur état ».

 

« On a apprécié la transparence du ministre Kotto, souligne M. Tremblay. Au contraire de la Ville, qui n’a rendu public aucun document prouvant que la sécurité du public était compromise. »

 

Conçue par l’architecte sir Andrew Thomas Taylor, la maison Redpath était l’un des rares vestiges montréalais de l’architecture Queen Anne. Détruite en partie, en 1986, puis laissée à l’abandon, la maison Redpath avait failli être jetée par terre en 2011. La perspective de sa démolition versus sa possible préservation aura donné lieu à une véritable saga. Une résidence d’étudiants sera érigée sur le site de l’ancienne construction.

5 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 20 mars 2014 06 h 58

    Les maires de Montréal et de Québec

    Dans une longue tradition de maires montréalais non -respectueux du patrimoine bâti, comme le maire actuel de Québec d'ailleurs, ce qui ne rapporte pas de taxes ne vaut rien! Il y avait eu Pierre Bourque qui avait donne le ton à ce genre d'attitude "cowboy" de traiter les lieux et bâtiments patrimoniaux.

  • Michel Lavigne - Inscrit 20 mars 2014 10 h 35

    Vieille cabane en ruine

    Allez voir la photo sur google map et les belles maisons voisines. Je suis certain que tous les voisins sont content que cette vielle cabane en ruine a été démolie. Il y aura sûrement moins de rats et autre vermine dans le cartier. C'est beau le patrimoine, mais faut pas exagérer et s'attacher à des vestiges irrécupérables alors qu'on peut construire du neuf, et très beau!

    • Michel Vallée - Inscrit 20 mars 2014 16 h 01


      @Michel Lavigne

      Une semblable maison en ruine, ça se restaure : il y a des techniques éprouvées pour ce faire.

      Par ailleurs, les rats et autres vermines sont attirés par la nourriture, et il n'y a guère à manger dans une demeure à l'abandon depuis plus d'un quart de siècle.

  • simon villeneuve - Inscrit 20 mars 2014 13 h 04

    Je ne suis pour ou contre

    Mais encore une fois, pour la sacre-sainte "securite" , on justifie n'importe quelle action !

  • Pierre Denis - Inscrit 20 mars 2014 16 h 38

    Négligence et Propriétaires Véreux

    Le plus triste dans tout ça c'est de voir que personne n'a vraiment "mis ses culottes" dans ce dossier qui a perduré depuis les années 80. Entre des propriétaires "douteux" qui ont systématiquement laissé la place à l'abandon, dans le but évident qu'on connaît, et divers organismes qui ont "jappé sans vraiment oser mordre" pendant ces mêmes années, je n'arrive pas à me décider quant à savoir ce qui est le plus pathétique dans toute cette saga.