Soderbergh en pleine psychose(s)

Une image tirée de la scène de la douche du film Psychose de Hitchcock.
Photo: Paramount Pictures/Universal Studios Une image tirée de la scène de la douche du film Psychose de Hitchcock.

Le cinéaste américain Steven Soderbergh a beau avoir officiellement pris sa retraite du cinéma, force est de constater que sa passion pour le 7e art ne s’en est pas trouvée atténuée pour autant. À preuve, cette expérimentation intitulée Psychos, une mouture inédite du film Psychose qu’il a mise en ligne sur son site Internet Extension 765.

 

Patiemment, Steven Soderbergh a déconstruit le chef-d’oeuvre d’Alfred Hitchcock (Fenêtre sur cour, Les oiseaux), sorti en 1960, puis le remake « plan par plan » conçu en 1998 par Gus Van Sant (Le destin de Will Hunting, Milk), pour ensuite monter bout à bout des extraits de l’une et de l’autre version en respectant la trame narrative établie. L’effet produit est souvent bluffant, d’autant que Soderbergh a choisi d’uniformiser le noir et blanc de l’image (la « relecture » de Gus Van Sant privilégiait une palette chromatique volontairement criarde).

 

Ainsi peut-on voir, dès les premières minutes, le personnage de Marion Crane joué par Anne Heche (1998) discuter avec son amant après l’amour durant la pause du midi, puis regagner le bureau en catastrophe, cette fois sous les traits de Janet Leigh (1960). Plus loin, la première actrice, en fuite, somnole au volant. L’instant d’après, la seconde est réveillée en sursaut par un policier qui veut savoir pourquoi elle a dormi dans sa voiture, etc.

 

Parfois, les deux films se superposent, comme lors de la célèbre séquence de la douche. En surimpression, Heche et Leigh se débattent sous les coups de couteau assénés par la « mère » du tenancier de motel Norman Bates, qui est en réalité le meurtrier. D’ailleurs, comme le souligne Rachel Arons dans un article du New Yorker, ce procédé constitue une astucieuse illustration du thème du dédoublement de la personnalité qui se trouve au coeur du film.

 

« Le collage de Soderbergh — en plaçant côte à côte l’oeuvre originale et sa reproduction minutieuse, mais inférieure — permet à l’expérimentation de Van Sant d’émerger comme la débâcle fascinante qu’elle fut. Les deux propositions nous forcent à apprécier la singularité de la vision de Hitchcock », estime-t-elle.

 

Lauréat en 1989, à 26 ans, de la Palme d’or pour son premier long métrage Sexe, mensonge et vidéo, Steven Soderbergh a par la suite réalisé des oeuvres aussi disparates que le drame biographique Erin Brockovich, le film d’essai Kafka, la chronique policière Trafic, le film noir Le limier, et le drame de science-fiction Solaris.

 

Un téléfilm produit par la chaîne HBO, Ma vie avec Liberace, qui a valu un Golden Globe à l’acteur Michael Douglas, a concouru en compétition officielle à Cannes en 2013. À ce chapitre, s’il exclut pour l’heure de revenir au cinéma, Steven Soderbergh admet qu’il a d’autres projets pour la télévision, qui lui confère « plus de liberté », dont la série hospitalière The Knick, avec Clive Owen. Quant aux poursuites connexes de Steven Soderbergh, Psychos lui aura donné l’occasion de renouer avec l’art du montage, lui qui a souvent effectué celui de ses films en usant d’un pseudonyme.

 

Pour voir Psychos : http://extension765.com/sdr/15-psychos