Varekai : le deuxième souffle

Délire circassien contrôlé, Varekai est de retour à Montréal.
Photo: Véronique Vidal Délire circassien contrôlé, Varekai est de retour à Montréal.

Créé à Montréal en 2002, Varekai rentre au bercail après avoir fait le tour du globe et séduit quelque 8 millions de spectateurs. Or, ce n’est rien de moins qu’une seconde vie qu’amorce dans la métropole dès vendredi le cinquième opus pour chapiteau du Cirque du Soleil. En effet, après la tente, au tour de la salle, en l’occurrence celle du Centre Bell, d’abriter l’univers débridé de Varekai, mot rom signifiant « peu importe le lieu », titre approprié s’il en est.

 

D’expliquer Dominic Champagne, créateur et metteur en scène de la mouture originale de Varekai : « Ça participe d’une nouvelle tradition inaugurée par le Cirque du Soleil de transporter ses spectacles de chapiteau vers des salles. Le circuit des chapiteaux est forcément celui des grandes métropoles, dotées de stades d’équipes sportives professionnelles, par exemple. La transition vers les arénas permet de visiter d’autres marchés. On s’installe moins de soirs, mais on accueille plus de monde. » D’autres voyages sont à prévoir, on l’aura compris.

 

Un délire circassien (contrôlé), Varekai est campé au sommet d’une montagne où s’ébattent et batifolent monstres et créatures, une faune guillerette dont la quiétude est rompue par l’arrivée d’un jeune homme tombé du ciel. Et Icare de s’immiscer dans ce songe d’une nuit d’été…

 

Ce thème de la chute jumelé à la quête d’un nouvel envol, Dominic Champagne avoue l’avoir puisé dans sa propre vie. Retour en arrière.

 

« C’était en 1988. J’avais 25 ans et je sortais à peine de l’École nationale de théâtre. J’avais monté dans le Vieux-Port un spectacle sous chapiteau intitulé Import-Export ; une catastrophe critique et populaire. Un jour que je faisais des réparations tout au sommet de la structure, je suis tombé. La chute ne m’a pas tué, mais elle a failli me coûter mes deux pieds. Ajoutez les pertes financières que j’ai essuyées de ma poche… Bref, à l’issue de cette aventure-là, j’ai eu du mal à me relever, dans tous les sens du terme. »

 

Avance rapide. Douze ans plus tard, Guy Laliberté, grand manitou du Cirque du Soleil, confie à Dominic Champagne la barre d’un nouveau spectacle dont le chapiteau sera érigé sur le lieu même de sa déconfiture naguère. Entre allégorie et art-thérapie, Dominic Champagne se refit.

 

Quand les mots manquent

 

C’est donc dire que Varekai revêt un aspect très personnel pour le metteur en scène, qui confie en outre que sa rencontre avec les artistes du Cirque du Soleil l’a profondément ému. Étudiant, jadis, il avait travaillé pour un cirque italien, mais à l’entretien, et non à la création. En la matière, Varekai constitua une révélation.

 

« Moi, je viens du théâtre. J’ai des choses à dire et je dispose de mots pour les dire. Là, tout à coup, avec Varekai, j’étais privé de la parole, mais je disposais d’un autre instrument avec lequel travailler : le corps de l’acrobate, qui peut lui aussi exprimer des choses. J’ai bâti le spectacle autour de cette idée qu’au fond, l’acrobate, c’est l’artiste de l’impossible, en ce sens qu’il s’entraîne et s’astreint à un régime et une hygiène de vie rigoureux dans le seul but de produire un moment de grâce éphémère. J’ai été très touché en prenant conscience de ça. »

 

Selon Dominic Champagne, tout un chacun est susceptible de ressentir cette émotion-là à son tour, c’est l’une des raisons d’être du spectacle. « C’est un beau show d’êtres humains », conclut-il. Varekai aspirera la première goulée d’air de son deuxième souffle au Centre Bell dès vendredi.

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