Coeurs de corsaires

Le musée a consulté deux classes en 4e et 5e années pour sa nouvelle exposition Pirates ou corsaires ?. On a vite constaté que des jeux vidéo, ils en avaient bien assez à la maison. « Ce qu’ils voulaient, c’est manipuler, bouger, s’amuser et apprendre, dit Monique Camirand, directrice du projet.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le musée a consulté deux classes en 4e et 5e années pour sa nouvelle exposition Pirates ou corsaires ?. On a vite constaté que des jeux vidéo, ils en avaient bien assez à la maison. « Ce qu’ils voulaient, c’est manipuler, bouger, s’amuser et apprendre, dit Monique Camirand, directrice du projet.

Mythiques et redoutables, les pirates ont nourri autant le vocabulaire du capitaine Haddock que l’imaginaire des jeunes générations. Avec sa nouvelle exposition permanente Pirates ou corsaires ?, le musée Pointe-à-Callière remonte au temps de la Nouvelle-France en invitant les jeunes, devenus matelots, à se battre en mer contre l’envahisseur anglais.

 

Qui a dit que les rudes histoires de pirates et de marins sanguinaires n’étaient que l’apanage de la mer des Caraïbes ? Pour remettre en scène les combats entre navires corsaires et marchands ayant fait rage dans le fleuve Saint-Laurent du XVIIe au XVIIIe siècle, le musée Pointe-à-Callière a imaginé un parcours d’aventure immersif inspiré par nul autre que l’explorateur québécois Pierre Le Moyne d’Iberville, lui-même corsaire à ses heures.

 

Plongés en pleine guerre franco-britannique, les jeunes marins engagés par d’Iberville doivent ainsi remonter le fleuve jusqu’à Terre-Neuve dans l’imminence d’un combat avec les vaisseaux ennemis. « Il leur faut montrer qu’ils ont la capacité d’être de bons matelots », résume la directrice générale du musée, Francine Lelièvre. « Le vent arrive, des boulets endommagent le bateau, c’est le temps de charger le canon… On est toujours au présent, donc on entre dans le récit », renchérit Monique Camirand, directrice du projet.

 

Dans la salle consacrée à l’« expo-découverte », les jeunes sont séparés en groupes de 20 et mis sous la gouverne d’un maître d’équipage qui les guide au fil du parcours d’une heure.

 

Chacun doit franchir une vingtaine d’étapes, individuelles ou en équipe : tester son pied marin, faire des noeuds de cabestan ou de jambe de chien, choisir son matériel de cabine, composer un maigre repas, essayer les latrines, attraper des rats et s’entasser à 20 dans une cabine… odeurs indésirables comprises.

 

Au terme du parcours, où les participants auront acquis bien des habiletés maritimes, vient le clou du spectacle : une vidéo réalisée par Ubisoft qui met en scène, sur écran géant, la bataille finale tant attendue à grand renfort d’effets visuels et sonores.

 

Revivre la Nouvelle-France

 

Au-delà de sa portée ludique, l’exposition nourrit des ambitions pédagogiques — à commencer par établir la différence entre pirate et corsaire. « Ils étaient tous deux des marins, explique Mme Camirand, mais le corsaire avait l’autorisation du roi de France, en temps de guerre, pour piller des navires. »

 

Alors que les pirates razziaient les vaisseaux pour leur bénéfice personnel, les corsaires battaient donc pavillon avec l’aval du gouvernement, auquel ils devaient remettre environ 10 % de leur butin : de la fourrure, du bois, de la morue séchée…

 

« Ces pauvres matelots ne savaient pas trop dans quoi ils s’embarquaient, glisse Francine Lelièvre, soulignant que certains n’avaient parfois que 12 ou 14 ans. Ils devaient être courageux, débrouillards, mais aussi disciplinés : ils n’avaient pas le droit de jouer aux cartes, de se chicaner, de boire. Sinon ils étaient punis. » D’où l’idée d’une séance de mise aux fers, déjà fort populaire chez les apprentis corsaires.

 

Ceux qui avaient visité Pirates, corsaires et flibustiers en 2009 auront peut-être un léger sentiment de déjà-vu — car si l’espace sur le bateau et le nombre d’artéfacts ont été allégés, quelques décors ont été empruntés à l’ancienne exposition, qui reste à ce jour la plus populaire depuis l’ouverture du musée, après Samouraïs.

 

C’est d’ailleurs ce succès qui a convaincu l’institution de « recréer un espace imaginaire » semblable, mais cette fois plus concret.

 

En parallèle au parcours, quelques pièces exposées illustrent le quotidien des corsaires : une série d’artéfacts retrouvés sur d’anciens bateaux (chaussures, gourdes, canons), deux costumes de la série D’Iberville diffusée à Radio-Canada de 1967 à 1968, ainsi que des maquettes de navires anglais et français conçues par Frédéric Back.

 

Un défi intellectuel

 

Pour s’assurer de répondre aux attentes des jeunes, le musée a par ailleurs consulté, pendant un an, les élèves de deux classes en 4e et 5e années de l’école Lanaudière. Et la direction a vite constaté que des jeux vidéo, ils en avaient bien assez à la maison. « Ce qu’ils voulaient, c’est manipuler, bouger, s’amuser et apprendre, tranche Mme Camirand. Ils voulaient un défi intellectuel. Ça nous a bien guidés. »

 

Étant donné que la découverte du fleuve Saint-Laurent et l’étude des grands explorateurs figurent au programme du ministère de l’Éducation, le musée Pointe-à-Callière souhaitait aussi rendre l’histoire « vivante ».

 

Une fois de retour en classe, le professeur venu avec son groupe scolaire pourra compléter, s’il le souhaite, l’information acquise. « C’est difficile de le faire avant, mais quand on a vécu l’expérience, avance la directrice du projet, on l’a en mémoire. »

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