De joyau à condos

L’édifice Art déco du domaine de l’Esterel conçu dans les années 1930 par le Belge Antoine Courtens est l’un des rares vestiges de l’architecture québécoise moderne.
Photo: Édouard Comellas et MGV L’édifice Art déco du domaine de l’Esterel conçu dans les années 1930 par le Belge Antoine Courtens est l’un des rares vestiges de l’architecture québécoise moderne.

Le Centre commercial et communautaire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson a été vendu à un promoteur malgré l’avis d’intention de classement consenti en urgence par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) en avril dernier. L’édifice Art déco du domaine de l’Esterel conçu dans les années 1930 par le Belge Antoine Courtens est l’un des rares vestiges de l’architecture québécoise moderne. La transaction a été conclue le 25 octobre entre les autorités municipales et la société HBO Constructions inc., qui y aménagera 56 condos.

 

On se souviendra qu’au printemps 2013, le MCC avait accéléré la procédure d’avis de classement après avoir été alerté que le promoteur HBO Constructions inc., alors propriétaire des terrains avoisinants, avait commencé à couper des arbres près du centre. HBO était d’ores et déjà en négociations avec la mairie pour acheter l’ensemble du site. L’avis de classement n’a pas freiné l’acquéreur potentiel, qui a déposé une offre d’achat en juin 2013.

 

«En vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, le ministre de la Culture et des Communications devait signifier s’il avait l’intention d’exercer son droit de préemption en s’en portant acquéreur ou s’il refusait cette option. En août 2013, la réponse du ministre était qu’il n’était pas de son intention d’exercer son droit de préemption», a déclaré la Ville de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson par voie de communiqué.

 

Plus loin, on apprend que la démarche du MCC aurait contribué à faire baisser le coût de la transaction. «Cette vente s’est donc effectuée pour la somme de 800 000 $ moins les frais de décontamination, de désamiantage, les coûts reliés aux servitudes d’accès, de maintien et d’usage à perpétuité pour la plage et les tennis et les sommes reliées à une dévaluation en lien avec l’avis d’intention de classement représentant une transaction finale de 100000$», peut-on en effet lire.

 

De son côté, le MCC rappelle que l’avis d’intention de classement permet d’assurer la préservation des valeurs patrimoniales du bâtiment du domaine de l’Estérel. «Cet avis donne au ministère des mesures de contrôle importantes pour le futur développement du bâtiment. La Loi sur le patrimoine culturel ne prévoit pas la gestion des usages des bâtiments, mais bien la protection des éléments patrimoniaux caractéristiques. Les mesures de contrôle en vigueur sont les mêmes peu importe qui est le propriétaire», souligne Anne-Sophie Lacroix, responsable des relations avec les médias au ministère de la Culture et des Communications.

 

«Le propriétaire pourra toutefois effectuer des modifications à l’intérieur du bâtiment, si ces interventions ne touchent pas aux éléments classés, par exemple la Blue Room et de la cage d’escaliers principale, qui sont incluses dans l’avis d’intention de classement. Une demande d’autorisation pour le projet a d’ailleurs été déposée par HBO construction au Ministère et est présentement en analyse », précise en outre Mme Lacroix.

 

La restauration et la mise aux normes du centre auraient nécessité des investissements estimés à de 10 à 15 millions de dollars.