Cordes sensibles

Carrousel et cordes à linge met en scène huit artistes et s’articule autour d’un dispositif scénique ingénieux qui réinvente l’ordinaire.
Photo: Marie-Ève Kingsey Carrousel et cordes à linge met en scène huit artistes et s’articule autour d’un dispositif scénique ingénieux qui réinvente l’ordinaire.

À l’issue d’une tournée qui l’a menée de Goose Bay à Gatineau en passant par Dieppe et Repentigny, la troupe madelinoise Vague de cirque a érigé son chapiteau dans le Vieux-Port de Montréal. Pour la troupe, cet interlude visait à regrouper et à peaufiner son spectacle Carrousel et cordes à linge, lancé l’an dernier à Montréal Complètement cirque.

 

Quatrième création de Vague de cirque, Carrousel et cordes à linge use de la mise en abyme en cela qu’on recourt à l’univers forain en guise de toile de fond. Oscillant entre l’absurde et le grinçant, la proposition met en scène huit artistes et s’articule autour d’un dispositif scénique ingénieux qui réinvente l’ordinaire, à savoir la bonne vieille corde à linge.

 

« On voulait retravailler certains numéros et les infrastructures du Vieux-Port étaient idéales, explique Noémie Gervais, cofondatrice de la troupe avec son conjoint Alain Boudreau (ce dernier est l’un des cofondateurs du Cirque Éloize). On a notamment fait appel à un directeur de jeu afin d’atteindre une qualité d’interprétation accrue. Ç’a été fragilisant pour les artistes, les acrobates, parce qu’ils ont dû se mettre à nu, en quelque sorte, mais c’était un beau défi et on est vraiment contents. »

 

Afin de rentabiliser le loyer, Vague de cirque est en représentation jusqu’au 2 novembre. « On a voulu vendre les billets à prix très abordables parce qu’on s’est rendu compte qu’il y a peu de spectacles de cirque de bon niveau accessibles facilement pour les familles », signale Noémie Gervais, qui en connaît un rayon en la matière, la conciliation travail-famille faisant en sorte qu’elle s’est entretenue avec Le Devoir tout en s’occupant de sa marmaille : trois garçons de cinq ans, trois ans et six mois.

 

Les enfants se trouvent d’ailleurs au centre de la décision du couple de fonder une troupe ambulante à la manière des saltimbanques de naguère. De fait, de nos jours, on éprouve la nette impression qu’il est plus facile pour les cirques québécois de traverser les océans que de sillonner le territoire.

 

« C’est le cas, confirme Noémie Gervais. Heureusement, on a le soutien du Conseil des arts et des lettres [CALQ]. Avoir une troupe de cirque québécoise qui tourne en province, ça s’inscrit aussi dans leur mandat et ils travaillent fort avec nous. Carrousel et cordes à linge est notre quatrième spectacle, et la formule commence à peine à porter ses fruits. Au début, les villes ne savaient pas trop quoi faire avec nous. Souvent, il n’y avait pas d’équipements adéquats, ou alors on attendait des girafes et des éléphants. Il y a eu de l’éducation à faire, mais là, on sent qu’on y arrive. On développe des partenariats avec les municipalités. »

 

Après sa courte résidence dans le Vieux-Port, Vague de cirque remballera ses cordes à linges et reprendra la route, sa véritable maison, destination : la Floride. Pour sa toute première tournée hivernale, la troupe a en effet décidé de se donner une chance au soleil.

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