Une première année «faste» pour la Loi sur le patrimoine culturel

Reconstitution de l’arrivée des Filles du Roy en Nouvelle-France de 1663 à 1673.
Photo: Maison Saint-Gabriel / Pierre Guzzo Reconstitution de l’arrivée des Filles du Roy en Nouvelle-France de 1663 à 1673.

De Louis Cyr et Jeanne-Mance à la fondation de la ville de Québec et celle du Séminaire de Québec, les désignations patrimoniales se sont succédé en nombre depuis le 19 octobre 2012, en vertu de la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel (LPC). Petit bilan de l’an I, vu par la lunette du ministère de la Culture et des Communications (MCC).

 

Parmi les nouvelles notions incluses dans la refonte de l’ancienne loi sur les biens culturels, événements historiques marquants ou personnages influents ont accaparé les nouvelles inscriptions au Registre du patrimoine culturel. Aucune identification de paysages ou désignation en patrimoine immatériel (qui recouvre les pratiques culturelles) n’y figure, comme le regrettait samedi le Conseil québécois du patrimoine vivant dans Le Devoir. Pour le MCC, il s’agit d’une question de temps.

 

« Notre loi est toute jeune, rappelle Danielle Dubé, directrice générale du patrimoine et des institutions muséales du MCC. Les législateurs sont généralement en retard sur la société. Dans le cas du patrimoine immatériel, notre loi est à l’avant-garde. Ces notions ne sont pas à un très bon niveau d’appropriation dans la population en général. »

 

La LPC élargit la notion de patrimoine pour y inclure les notions de paysage, de patrimoine immatériel et de personnages, événements et lieux historiques. Aux pouvoirs de classer (État) et de citer (municipalités) des monuments et des biens (oeuvres d’art, documents d’archives, etc.) s’ajoutent maintenant ceux de désigner (État) et d’identifier ces nouvelles composantes.

 

La première année a beaucoup servi à outiller et à éduquer les milieux concernés par ces nouvelles notions. Mme Dubépromet que quelques dossiers de patrimoine immatériel actuellement à l’étude déboucheront sur une désignation dans les prochains mois.

 

La directrice est la première à le reconnaître : dès qu’une première désignation touchera ce champ plus intangible du patrimoine qui recouvre les pratiques culturelles, le grand public et les instances concernées en auront une meilleure compréhension. Alors, pourquoi le ministère n’a-t-il pas procédé à une première désignation symbolique pour ouvrir la voie ? Cela irait à l’encontre de l’esprit de la législation entrée en vigueur en octobre 2012.

 

« C’est le parti pris ambitieux de la loi de tabler sur la mobilisation des milieux pour faire porter des projets de désignations et de fournir l’appareillage qui va faire en sorte que ces pratiques-là vont être transmises et mises en valeur », explique-t-elle.

 

Idem pour l’identification de paysages, qui relève de surcroît des municipalités (ou de regroupements de municipalités), ce qui suppose une mobilisation sur le terrain, qu’un contexte électoral peut stimuler mais aussi ralentir…

 

Tout ce travail de fond a largement occupé le MCC. Les inscriptions au Registre du patrimoine forment la partie la plus visible de l’application de la Loi…

 

Plusieurs projets d’identification de paysage sont d’ailleurs en cours d’élaboration, notamment ceux de Kamouraska et de Baie-Saint-Paul, initiés grâce au premier appel de projets du MCC. Lancé en novembre 2012, ce dernier a connu un « succès retentissant », indique Mme Dubé. Le MCC, qui attendait une quarantaine de propositions, en a reçu 135, dont 28 ont été soutenus. Un nouvel appel s’est conclu vendredi dernier.

 

« Année faste » donc, pour le MCC, qui a procédé en plus à de nombreux classements patrimoniaux, en vertu de ses actions plus traditionnellement reconnues.