Gad Elmaleh: du bruit, même sans tambour

Gad Elmaleh, toujours prêt à rebondir et à improviser.
Photo: Source: Jacovides Bestimage Gad Elmaleh, toujours prêt à rebondir et à improviser.

Il a dû trouver qu’il avait mal mesuré le niveau de tension qui prévaut au Québec ces jours-ci. Il a dû trouver que le recul nécessaire pour que l’on puisse se moquer de la situation n’était pas encore tout à fait atteint. Venu présenter son spectacle Sans tambour jeudi soir au Théâtre Saint-Denis, Gad Elmaleh a dû trouver qu’on prenait la charte des valeurs très au sérieux.

«En France, on a réglé tout ça depuis cent ans – le foulard et tout ça», a-t-il lancé après avoir rassuré le public en lui disant que tout irait bien, qu’il ne fallait pas s’en faire et que tout s’arrangerait. Soudain, une voix féminine a retenti, claire comme le cristal, forte comme une massue : «On n’est pas en France!».

Interloqué, Gad Elmaleh est resté coi quelques secondes, autant dire une éternité. Puis, il s’est repris. Comment s’appelle-t-elle? Yasmine. D’où vient-elle? Du Maroc. «Moi aussi!», s’est exclamé l’humoriste avec soulagement.

L’interaction ne visait pas à approfondir le sujet, mais à ménager une sortie de crise honorable. Et Gad Elmaleh d’enchaîner sur autre chose, et le public de se détendre, un brin.

Pas pleutre pour autant, le stand-up «franco-maroco-québécois» est revenu sur la question de la charte par la bande, deux fois plutôt qu’une. Rien à faire : on sentait le malaise dans la foule, un inconfort provoqué par l’évocation même du sujet. À moins qu’il ne se fut agit d’un malaise engendré par la conscience de l’inconfort?

L’incident est survenu à l’issue de la première demi-heure du spectacle de 90 minutes, par ailleurs très drôle. Outre qu’elle témoigne des réactions épidermiques et passionnées que suscite la charte des valeurs québécoises, cette anecdote révélatrice aura permis d’apprécier une fois encore la capacité de Gad Elmaleh de rebondir et d’improviser.

Pour le compte, ce premier segment constitué de souvenirs de tournée étatsunienne tout récents et de réminiscences québécoises (dans un joual plus vrai que vrai) avait d’évidence été assemblé spécialement pour l’occasion. En douceur, sans qu’on perçoive la transition, la partie rodée a pris le relai pour les deux-tiers suivants, quoique là encore, la nature «jazz» de l’humoriste s’est souvent manifestée.

Dès les premières minutes de son spectacle, Gad Elmaleh a insisté sur la beauté des différentes communautés culturelles rassemblées au Saint-Denis, toute liées par le fait francophone. Visiblement, ce qui se passe présentement au Québec, qui fut son chez-lui durant quatre ans, avec un passeport canadien qu’il conserve précieusement, l’interpelle.

Remplie d’habitués («Les nouveaux-venus vont croire qu’on est une secte!», s’est moqué l’humoriste à un moment), la salle a réclamé à grands cris la chanson Petit oiseau, devenue culte, l’a entonnée avec un Gad Elmaleh toute guitare dehors, puis s’est ensuite levée comme un seul homme, ses applaudissements nourris et sa mine, ravie.

Après l’épisode de la charte, Gad Elmaleh a dû trouver bien douce cette unité-là.
 

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