Le marathon de piano de Guillaume Martineau

Guillaume Martineau s’est lancé le défi d’improviser une pièce musicale au piano pendant 10 heures, défi qu’il a relevé samedi.
Photo: François Pesant - Le Devoir Guillaume Martineau s’est lancé le défi d’improviser une pièce musicale au piano pendant 10 heures, défi qu’il a relevé samedi.

Il avait un peu les doigts rouillés, dimanche, après avoir joué la vieille 10 heures de piano, au coin des rues Marie-Anne et Saint-Denis à Montréal.

 

Guillaume Martineau s’était lancé comme défi de jouer une seule pièce musicale de 10 h à 20 h sans jamais s’arrêter. Avant de s’asseoir sur son banc en bois, qui n’avait pas l’air du tout confortable, ce pianiste de 28 ans, qui joue depuis sa tendre enfance, n’avait aucune idée de ce qu’il allait composer.

 

« Ce marathon de piano a été un véritable défi d’improvisation. J’avais peur au début de manquer d’inspiration, de ne pas avoir assez d’idées, mais finalement, j’ai touché à toutes sortes de styles et je me suis même permis de sortir de ma zone de confort pour créer une pièce unique », explique Guillaume, qui avait l’an passé relevé un défi semblable en jouant 10 heures durant différentes pièces de son répertoire tant classique que jazz.

 

Cette fois-ci, son oeuvre était spontanée, éphémère et « ce serait impossible de la rejouer », dit-il, reconnaissant qu’il fallait saisir le moment présent.

 

Pendant toute la journée, samedi, de nombreux passants se sont d’ailleurs arrêtés pour le voir à l’oeuvre. Certains l’ont écouté plus d’une heure, d’autres quelques minutes, sans savoir qu’ils avaient devant eux un véritable maître du piano.

 

Guillaume a remporté le premier prix du Concours de composition de musique classique du Canada en 2009. Il détient une maîtrise en piano classique de l’Université McGill et un diplôme en piano jazz du renommé collège musical de Berklee à Boston.

 

« En 10 heures, peu importe quand les gens passaient, il n’y a pas eu une minute de silence », tient-il à dire, alors qu’il a eu quelques pépins avec le vieux piano, peint en doré, sur lequel une étrange peau de castor était accrochée. « Je ne l’ai même pas remarquée, reconnaît-il en riant, j’étais plutôt préoccupé par une note qui fonctionnait mal, mais l’accordeur est venu, et pendant que je jouais, il a réussi à réparer le tout », explique-t-il en ajoutant qu’il a été chanceux de pouvoir relever son défi.

 

En fin de journée, il a aussi réussi à rivaliser d’adresse lorsque la faim a commencé à le tenailler. « Je prenais mon sandwich d’une main et je pianotais de l’autre, comme ça, il y avait toujours un fond musical », indique-t-il en disant qu’un marathon, même de piano, demande de l’énergie.

 

« Sauf que j’aime tellement ça jouer dehors. Les pianistes sont contraints habituellement de jouer à l’intérieur. J’ai longtemps envié les autres musiciens, mais depuis que des pianos publics ont été installés en ville, je me fais plaisir et je joue pour que ça en vaille la peine », raconte Guillaume, qui passe pourtant sa vie à baigner dans la musique. Lorsqu’il n’est pas en train de s’exercer, il joue dans différents trios jazz, donne des cours ou anime l’émission radiophonique Schubertiade des temps modernes le dimanche soir à CIBL, où il improvise des pièces musicales en direct. Ses doigts magiques ont aussi joué la pièce de Chopin que nous pouvons entendre dans le film Louis Cyr.

 

« Pour moi, la musique est vraiment une forme de communication et j’ai vraiment beaucoup de jasette », admet-il en confiant qu’après son marathon, samedi, il est retourné pianoter avec des amis jusqu’à 1 h du matin.