Festival Montréal complètement cirque - Fastidieux périple

Dès la première scène, on comprend que ce Voyage d’hiver nage en plein surréalisme!
Photo: Isabel Rancier Dès la première scène, on comprend que ce Voyage d’hiver nage en plein surréalisme!

Des objets en vrac s’entassent sur la scène. Patin de hockey orphelin, panaches, aspirateur… Des femmes en talons aiguille déambulent autour de ce cafouillis, pendant que des bouilloires alignées sur un banc sifflent comme une tempête d’hiver.


Dès la première scène, on comprend que ce Voyage d’hiver nage en plein surréalisme ! Davantage une série de tableaux qu’une proposition aboutie, ce périple signé par la jeune compagnie québécoise Nord Nord Est brode sur le thème de la rupture amoureuse et du profond vide existentiel qui s’ensuit.


Vaguement inspiré des lieder du Voyage d’hiver (Winterreise) de Schubert, où un poète fuit son amour brisé, le metteur en scène Benoît Landry et la chorégraphe acrobatique Anna Ward ont voulu donner vie à un espace « sacré », une expérience hors du temps et du vacarme de notre monde trépidant.


Sans la présence d’accessoires ou de gréements de cirque, Voyage d’hiver prend ses distances du cirque conventionnel en utilisant les objets du quotidien pour façonner un nouveau langage corporel. Une acrobate s’avance sur les pieds et les mains en manipulant du bout des orteils de simples seaux d’eau à moitié remplis d’eau. Un autre se tient en équilibre sur une immense cuve à lessive qui fait office de contrepoids. Le tout est exécuté au ralenti, dans une gestuelle minimaliste.


Les interventions peu réussies au micro d’une amoureuse déchue parsèment des tableaux, parfois beaux, mais complètement insolites.


Dans cette fresque mystique, l’idée d’un concerto de bouilloires nous sourit, tout comme celle du numéro où une acrobate tourbillonne, suspendue par les cheveux. Mais les interventions répétées de la déprimée de première deviennent rapidement assommantes. Quant à Schubert, hormis l’incursion rapide d’une cantatrice chantant un de ses lieder, on se demande toujours ce qu’il vient faire dans cette galère.


L’idée de faire table rase des figures imposées du cirque n’est pas nouvelle, c’est même la tendance du jour en cirque contemporain. Plusieurs troupes explorent le champ des émotions de façon impressionniste. Le travail exploratoire de Nord Nord Est n’est pas dénué d’intérêt, mais le problème c’est qu’en voulant à tout prix éviter de « faire du cirque », on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Et au bout de 85 minutes, on n’a toujours pas senti l’émotion poindre. Bref, un bien long voyage pour dire si peu.

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