Un influenceur au milieu de ses «déchets du Web»

Il y avait un café, un croissant, mais également beaucoup de fierté, un sourire franc et confiant tout comme une bonne dose de prétention. Il dit : « Tequila ! Heineken ! Pas l’temps de niaiser [titre d’une vidéo virale qui a fait son apparition sur le Web il y a quelques mois], Guylaine Gagnon [prostituée volubile et cinéaste amateur pathétique devenue star instantanée sur Facebook], c’est de notre faute. On est responsables de tous ces buzz qui sont allés très loin, parce qu’un jour, on s’est concertés pour partager ces contenus dans l’espoir que le buzz se produise. Et ça a fonctionné. »


On le savait : l’ego a tendance à se surdimensionner dans les univers numériques et l’humoriste-blogueur Gab Roy ne fait rien, depuis quelques minutes, assis dans un petit resto de Montréal, pour déjouer le préjugé en parlant de lui, oui, des « déchets du Web » - il les nomme ainsi - qu’il a contribué à mettre au monde, mais également de la constellation de blogueurs ricaneurs qui nourrissent cette nouvelle culture Web. Culture à laquelle, avec son site levraigabroy.com, il revendique fortement une appartenance. Bien sûr.


« On est des influenceurs, des stars du Web. Dans la rue, les 16-25 ans me reconnaissent, mais pas les baby-boomers. Un peu plus de personnes aujourd’hui commencent à réaliser la portée de notre influence, avec une certaine crainte d’ailleurs. Nous, on dit que l’on a un travail formidable qui consiste à regarder des vidéos sur Internet et à déconner toute la journée. » Et parfois même à monter sur une scène pour amener « l’expérience » plus loin, comme dirait l’autre.


Gab Roy se prépare à faire ça ce jeudi soir, et jusqu’au 19 juillet dans le cadre du festival décalé, exploratoire et surtout à personnalités multiples Zoofest. Son spectacle s’intitule Erreur 404 - une référence très contemporaine au code d’erreur sur Internet liée à une adresse qui n’aboutit nulle part. Il va être livré sur la scène des Katakombes. Le trentenaire y sera au centre, forcément, sans ordinateur, sans écran, mais avec toutes les références provenant des univers numériques et qui façonnent, selon lui, un univers culturel d’une ampleur insoupçonnée… pour les plus de 40 ans du moins. « Ce n’est pas un spectacle pour les gens qui regardent la télévision, dit-il. Je ne la regarde plus depuis longtemps. Il me manque donc des épisodes. Par contre, si tu n’as pas de références Web, tu vas en manquer des bouts. »


Écrite au « je », la proposition artistico-comique, servie à 23 h 30 en raison des limites qu’elle cherche à confronter, plonge dans cette culture pixelisée qui carbure à la vidéo absurde, aux mèmes - ces caricatures numériques qui se multiplient de manière organique - et à un régime du vedettariat dont la temporalité se compte désormais en heures. « 48 heures en ligne, c’est une année », résume le néoinfluenceur, ancien menuisier charpentier sur les chantiers de construction, qui dit être débarqué sur le Web pour se faire porte-parole des niaiseries de ce monde.


« Internet, c’est la démocratisation de l’opinion et de l’humour », dit Gab Roy, qui, dans les dernières années, a aussi commenté l’information dans l’ancienne quotidienne de Mario Dumont sur les ondes de V et fréquenté le populiste Éric Duhaime sur les ondes de Radio X, où, dit-il, il « joue parfois le gauchiste de service ». « C’est aussi un endroit où les phénomènes s’emballent, où le manque de sens critique donne de l’envergure à des débats reposant sur des rumeurs, sur de fausses nouvelles que plusieurs prennent au sérieux. »


Pendant 60 minutes, c’est de tout cela, et de lui, dont il va du coup parler, prouvant par le fait même que sur le Web désormais, pour devenir gros, il faut avant tout maîtriser l’art de faire n’importe quoi.

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