Compote de pommes pour jongleurs modernes

Rendre hommage à Pina Bausch en mêlant jonglerie à une brassée de pommes rouges et de délicats services à thé ? Il n’y a que l’humour british pour concocter une infusion aussi tordue. La troupe Gandini Juggling tombera dans les pommes dès jeudi au Théâtre Outremont, histoire de prouver que la jonglerie peut avoir de nouvelles saveurs, avec ou sans légumes.


Cette troupe qui se frotte à la danse contemporaine, c’est celle fondée par Sean Gandini et Kati Yla-Hokkala, (lui, jongleur de rue, elle, gymnaste rythmique) qui se sont allié sept jongleurs pour donner naissance à un ballet pour jongleurs, chorégraphié au quart de tour. Leur dernier-né, Smashed,créé en 2010 pour le Théâtre national de Londres, a connu un succès fou et été présenté plus de 200 fois à travers l’Europe.


La prestation pour 80 pommes et 9 jongleurs synchronisés comme des horloges s’étend sur 60 minutes, pendant lesquelles rôdera l’esprit de la grande dame de la danse contemporaine, Pina Bausch.« Cela fait 20ans que l’on fait de la nouvelle jonglerie. Nous avons commencé à mêler notre discipline à la danse il y a quelques années, car Kati et moi sommes des fans de danse, notamment de Trisha Brown et de Merce Cunningham. La semaine où nous étions en création, Pina Bausch est décédée et c’est ce qui nous a inspiré cette parade bauschienne », explique Sean Gandini, qui a commencé il y a 20 ans à jongler sur la rue, devant Covent Garden.


Depuis 1992, les virtuoses du Gandini Juggling ont fait valser leurs balles plus de 4000 fois dans 40 pays, repoussant toujours plus loin les limites de cette discipline au départ plutôt convenue et encarcanée dans le stéréotype du jongleur à quilles, à balles ou à anneaux. Leur répertoire va des spectacles familiaux aux spectacles d’avant-garde où la danse des balles n’est plus qu’un élément de création éclaté qui se frotte au cinéma, à la danse et au théâtre physique.


Avec ses acolytes, le tandem prolifique a multiplié depuis 20 ans les nouvelles productions, où l’objet manipulé devient prétexte à toutes les folies. Jonglerie avec balles lumineuses, avec contenants de peinture, s’achevant dans l’orgie de couleurs: les Gandini prospectent tous les terrains, y compris celui du ballet classique, qui sera celui de leur prochain spectacle.


Dans Smashed, danse minutée pour neuf paires de mains, la manipulation du fruit défendu permet de jeter un regard humoristique sur les relations tendues entre sept hommes et deux femmes, écorchant au passage la jonglerie traditionnelle. Sur des airs de Bach, de The Ink Spots, de Tammy Wynette et de Vivaldi, cette mise en abîme déculotte aussi au passage le cirque contemporain, que les jongleurs parodient allégrement, montrant de toute évidence qu’on ne doit pas se prendre la tête, même quand on tente de renouveler l’art de la balle.


« Pour nous, ce n’est pas un spectacle qui se veut drôle, même si les gens rigolent généreusement. Smashed, c’est un exercice éclaté, à l’humour très british, où l’on se moque autant de la tradition que des jongleurs contemporains qui se prennent très au sérieux», soutient Sean Gandini.


Et comme le nom du spectacle le laisse deviner, l’harmonie des pommes volantes sera éventuellement brisée, pour laisser place au chaos le plus total.

 

 

Smashed, de Gandini Juggling, d’Angleterre, au Théâtre Outremont du 4 au 8 juillet