Pour un musée plus ouvert et plus vivant

Le nouveau directeur général du Musée d’art contemporain de Montréal, John Zeppetelli
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le nouveau directeur général du Musée d’art contemporain de Montréal, John Zeppetelli

« Avec un musée comme le MAC, au coeur du Quartier des spectacles et de la vie civique de Montréal, c’est clair qu’on veut être un lieu incontournable, l’épicentre de la culture contemporaine au Québec », dit-il d’un ton enthousiaste et sans prétention.

Pour cela, le directeur, qui s’est taillé une jolie réputation comme commissaire-fondateur à la galerie DHC/ART pendant six ans, compte sur de nouveaux espaces réaménagés afin d’y décliner différents volets d’activités (éducatives, de médiation, de rencontre) et les multiples formes artistiques de l’art contemporain actuel, de la vidéo et la performance à la peinture et la photographie les installation, les performances

« Il y aura un éventail d’expositions au MAC. On veut proposer différentes perspectives et il y aura des croisements d’intérêts pour aller chercher différents publics », dit-il, persuadé qu’en offrant un survol de ce qui se fait ici et dans le monde, il saura améliorer la fréquentation.

Il s’inspire notamment de l’Institute of Contemporary Arts de Londres où il a oeuvré pendant cinq ans au tournant des années 1990 et qui exploitait « tout le spectre culturel».

Pas de mausolée

Fin 2011 était dévoilé un vaste projet d’agrandissement de 88 millions de dollars, accueilli froidement par Québec, revu à la baisse par le président nouvellement désigné en 2012, Alexandre Taillefer. On parle aujourd’hui de 35 millions (dont 6 millions financés par des donateurs du musée), pour déménager l’entrée à l’angle des rues Jeanne-Mance et Sainte-Catherine, et doubler les espaces d’exposition en utilisant le sous-sol et un deuxième étage agrandi.

« On ne veut pas d’un mausolée ici, insiste M. Zeppetelli. Il faut faire quelque chose d’accueillant, de groovy et un tantinet intello », résume-t-il avec un léger accent anglophone. Né à Montréal de parents italiens, il entend d’ailleurs convier davantage les communautés anglophone et ethnoculturelles au musée.

Formé à Concordia, puis en Italie et à New York avant de revenir travailler comme commissaire à Montréal, John Zeppetelli arrive au MAC en pleine refonte institutionnelle orchestrée par son président. Objectif : améliorer la performance du musée. L’ancienne directrice générale, Paulette Gagnon, et la conservatrice en chef, Marie Fraser, quittaient leurs fonctions il y a quelques semaines. Le nouveau directeur général embrassera les deux fonctions pour des raisons d’économies.

Si le directeur et le président s’entendent pour faire du MAC un musée « chic, mais démocratique », ils risquent peut-être d’avoir à débattre de la gratuité des mercredis, remise en question par Taillefer et défendue a priori par Zeppetelli.

« La culture n’est pas un luxe, c’est une nécessité, plaide ce dernier. C’est le signe d’une société qui passe à la civilisation. C’est mon système de croyances; quand je visite une ville, la première chose que je fais, c’est aller au musée. »

Sans compromis

L’allure un peu désinvolte et la parole franche, John Zeppetelli arrive au MAC par la porte du grand public, pour y rencontrer Le Devoir. Il connaît bien l’institution pour y avoir déjà travaillé comme commissaire et il admire le travail accompli récemment par ses prédécesseures, notamment l’acquisition de This Situation, oeuvre éphémère de Tino Sehgal. Il fait l’éloge de l’équipe de conservateurs avec qui il entend travailler en collégialité et qu’il souhaite faire participer plus activement à la démystification des oeuvres auprès du public.

« On croit vraiment non pas à la vulgarisation, mais à l’interprétation des oeuvres, dit-il en récusant le langage parfois hermétique de l’art contemporain. Je ne suis pas anti-intellectuel ; mais il faut aller chercher un langage approprié quand c’est important d’utiliser des termes techniques. »

Cela dit, et malgré l’esprit plus ludique et « cool » qu’il souhaite insuffler au MAC, le nouveau directeur n’entend pas relâcher ses efforts en matière de programmation.

« Je suis déterminé à présenter des artistes courageux, parlants et pertinents. Je ne veux absolument pas faire de compromis sur la programmation : on peut montrer ce qui se passe en art contemporain sans avoir peur ou se limiter. »

Bouleversé récemment par une exposition sur l’artiste de performance américain Paul McCarthy, il réfléchit à la possibilité et la pertinence de présenter ce travail radical au MAC. Il revient aussi longuement sur l’exposition thématique Chroniques d’une disparition, qui lui a valu le prix du commissariat de l’année en 2012. Il parle du travail du Danois Olafur Eliasson, de l’Islandais Ragnar Kjartansson et dit le plus grand bien des Québécois Michel de Broin, Patrick Bernatchez, Nicolas Baier. Entre autres. Son plaidoyer pour l’art contemporain est entier.

« Tout est possible en art contemporain, dont la pratique est aujourd’hui liée avec le social, le politique, à différentes sphères de connaissance et de savoir. Il ne s’agit pas seulement d’être époustouflé par une valeur formelle, mais d’être enrichi par des idées que véhiculent les oeuvres. »

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Ce texte a été modifié après publication.

2 commentaires
  • Catherine Cecile DUBUC - Inscrite 2 juillet 2013 11 h 48

    C'est possible, monsieur!

    L'art contemporain sous toutes ses formes, suscite le désarroi ou le rejet chez encore trop de gens (payeurs de taxes). On peut sûrement en amener un plus grd nombre à dépasser cette sorte d'état de choc qui dirait-on, leur rend les oeuvres imperméables, inaccessibles à la sensibilité, et les aider à entrer en rapport avec les oeuvres, qu'elles soient peintes sculptées, dansées, jouées ou données à écouter.
    Pour réduire le financement populaire ou public, il n'y a guerre de meilleur moyen que de s'abriter ds «le snobisme des beaux arts», cet élitisme qui sert à cacher son isolement social et à le rendre glorieux. À défaut d'avoir un accès immédiat à une expression différente, nouvelle, les visiteurs pourraient avoir le quasi réflexe du respect? Mais qui respecte ce qui vous regarde de haut?
    Si ce nouveau directeur veut vraiment sortir l'art contemporain de son isolement, il ne l'aura pas facile du premier coup;il lui faudra entre autres, trouver des communicateurs et des pédagogues doués et inspirés pour constituer son équipe d'animation. Il pourra alors être surpris de la réponse d'une nouvelle part du public. Il lui faudra aider à faire circuler ces oeuvres. Il lui faudra...
    À vous, monsieur le directeur, mes meilleurs voeux les plus joyeux.
    CC Dubuc, muséologue retraitée qui a relevé ce type de défi avec l'équipe de R. Arpin

  • Marie-Claude Lefrancois - Abonnée 3 juillet 2013 01 h 55

    Je suis très optimiste face au nouveau directeur. Question de vibrations communes peut-être? L'Islande et le Danemark, proches parents par les climats, les enjeux et les racines partagés avec nous, pourraient-ils avoir solidifié la motivation culturelle de M. Zappetelli? Quoi qu'il en soit, il est vivifiant de constater que certains hommes peuvent reconnaître la croisée des chemins entre notre réalité contemporaine et sa représentativité artistique, tout en sachant l'enrichir et l'élever hors des clans sectaires d'érudits et des préjugés populistes que ces derniers ont, hélas, si souvent popularisés. J'aime bien l'air frais qui n'impose pas de frais... Généralement surfaits.