Artistes au repos!

Même quand ils ne participent plus aux spectacles, les chevaux de Cavalia continuent de recevoir les soins attentionnés de Normand Latourelle et de Dominique Day.
Photo: Pascal Ratthé - Le Devoir Même quand ils ne participent plus aux spectacles, les chevaux de Cavalia continuent de recevoir les soins attentionnés de Normand Latourelle et de Dominique Day.

Choice, le premier cheval à avoir trouvé sa place dans un spectacle de Normand Latourelle, fondateur et directeur artistique du cirque Cavalia, a aujourd’hui 28 ans. Désormais retraité, le cheval passe ses journées à brouter et à jouer, serein, dans les vertes collines de Sutton, avec une cinquantaine de ses semblables. Ce sont ces collines qui ont inspiré les scènes du dernier spectacle de Cavalia, Odysseo.


Et c’est dans cette ferme, que Normand Latourelle et sa conjointe, Dominique Day, ont achetée il y a environ six ans, que les chevaux de cirque de Cavalia prennent souvent leurs vacances, et, lorsque leur tour est venu, leur retraite.


Choice en est le doyen.


« Il faisait partie du spectacle Légendes fantastiques, qui avait été présenté à Drummondville », raconte Dominique Day. Puis, quelqu’un a demandé qu’on retire le cheval du spectacle parce qu’il volait la vedette aux autres artistes. Normand Latourelle a trouvé le phénomène intéressant. C’était le début du concept de Cavalia.


Les chevaux du spectacle Odysseo de Cavalia, qui tient l’affiche jusqu’à la mi-juillet à Laval, sont de race Quarterhorse, ibérique, arabe, ou ardennaise.


Les premiers, d’origine américaine, sont des sprinters. De nature docile, on les trouve aux États-Unis et au Canada. Les chevaux ibériques, de race espagnole ou lusitanienne et souvent de couleur blanche, sont habiles au dressage, excellent entre autres dans le pas espagnol. Les chevaux arabes, plus petits, se prêtent bien aux « libertés », comme on appelle les numéros où les chevaux tournent sur eux-mêmes ou marchent de côté. Larges et imposants, les Ardennais sont plutôt utilisés dans les numéros de voltige, un genre que Cavalia a un peu délaissé ces dernières années.


Car les numéros de libertés, ce sont les préférés de Dominique Day, qui partage avec Normand Latourelle un grand amour et un grand respect des chevaux.


« Avant de créer le spectacle de Cavalia, Normand avait fait le tour des spectacles équestres en Europe », raconte Dominique Day, dans sa maison qui fait face aux paddocks des chevaux, à Sutton.


Jusque-là, ces spectacles mettaient presque uniquement en scène des chevaux tournant autour d’un ring à distance de chambrière, comme on appelle le fouet dont on se sert dans ces spectacles. On entendait le fouet claquer.


Bousculant les coutumes dans le domaine, Dominique Day et Normand Latourelle ont voulu un spectacle où les chevaux étaient des acteurs à part entière, pouvaient désobéir, voire sortir de scène si ça leur chante. « Nous, on adore ça et le public aussi adore ça », dit Dominique Day.


Dans la scène où les chevaux sont couchés, par exemple, et les faire coucher tous en scène est en soit un exploit, il est fréquent que l’un d’entre eux se lève pour faire son propre numéro…


Il n’y a pas de juments dans le spectacle de Cavalia, parce qu’elles feraient tourner la tête aux étalons en service. Certains chevaux ont été acquis par Cavalia alors qu’ils étaient bébés, vers un an et demi. Le premier spectacle de Cavalia les mettait d’ailleurs en scène en train de lancer des jouets !


Puis, ils ont grandi, et font désormais partie, en tant qu’adultes, d’Odysseo.


« Les plus belles années d’un cheval sont de 8 à 15 ans », explique Dominique Day. Or, un cheval peut aisément vivre jusqu’à 30, voire 40 ans. D’où la nécessité de tenir cette maison de retraite pour chevaux, qui coûte au couple pas moins de 500 000 dollars par année.


« On a une responsabilité envers eux », dit Dominique Day, qui refuse de se séparer tout bonnement des chevaux une fois leur dernier tour de piste terminé.


Et puis, il faut aussi héberger les chevaux fatigués en cours de tournée, puisque chacun de ses artistes a une doublure pour le remplacer le cas échéant. Dans les paddocks de la ferme de Sutton, on trouve Igor, un cheval prédiabétique, qui ne peut manger de sucre, même celui qui se trouve dans l’herbe ou Skippen, qui souffre d’allergies chroniques.


Car pour donner des spectacles de cirque, un cheval doit avoir de bonnes aptitudes mentales et physiques, être calme et avoir de bonnes jambes. Ce sont des athlètes.


À l’état sauvage, le cheval n’est pas un prédateur, mais une proie, explique Normand Latourelle. C’est ce qui explique son tempérament un peu méfiant.


Dominique Day ajoute que c’est un animal hyperperspicace, qui comprendra parfois les intentions de son cavalier avant même que celui-ci les exprime.


Il existe encore dans le monde quelques troupeaux de chevaux sauvages, dans la vallée de l’Okanagan, au Canada, ou au Colorado, aux États-Unis, où ils sont souvent attrapés en hélicoptère parce qu’ils sont considérés comme nuisibles au pacage du bétail.


À Sutton, les chevaux de Cavalia vivent une retraite paisible. Plusieurs passent l’entièreté de l’été dehors, d’autres préfèrent la quiétude de l’écurie. D’autres encore, qui détestent être harcelés par les insectes, ne sortent que la nuit.


Le cheval personnel de Dominique Day, Woodrose, est de ceux-là.


Comme avec d’autres chevaux, Dominique Day aime appliquer avec lui un programme de renforcement positif, et s’amuse, avec une spécialiste américaine, à lui faire distinguer les couleurs, les formes.


« Si je ne joue pas avec mon cheval durant la journée, je considère que ma journée est perdue », dit-elle.


À ce jour, aucun cheval des écuries de Cavalia n’est mort. Il y a bien Bakara, une jument percheronne, médicamentée, qui souffre de différents maux et qu’il faudra peut-être se résoudre un jour à euthanasier.


Mais tous les chevaux de Cavalia finiront par vieillir, et la ferme de Sutton ne sera sans doute pas à même d’héberger l’entièreté de la troupe, qui compte beaucoup plus de cent têtes.


« On a mis sur pied un programme d’adoption, et on a trois demandes par semaine, dit Dominique Day. Jusqu’à maintenant, on en a placé six, dans des endroits où ils sont bien traités ».


Quant à Choice, il semble tout à fait heureux, ici, à Sutton, en compagnie de ses émules, entre le champ et l’écurie.

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