Relève philanthropique - Ils sont jeunes et la culture les intéresse

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix arts-affaires 2013

Existe-t-il une relève philanthropique en arts chez les jeunes gens d’affaires montréalais ? La réponse est non seulement oui, mais, selon Nathalie Chapdelaine, chargée de projet en arts-affaires au Conseil des arts de Montréal (CAM), la génération des moins de 40 ans serait plus facile à sensibiliser à cet enjeu.


« Il faut dire qu’aujourd’hui la plupart des entreprises ont une vision et une politique de soutien, raconte Nathalie Chapdelaine. Évidemment, elles sont sollicitées par d’autres secteurs que la culture. La difficulté avec le secteur culturel, c’est qu’il est fragmenté et composé de petites organisations, d’une part, et que l’art est émotif et par conséquent souvent intangible, d’autre part. Le travail de sensibilisation est donc plus difficile. Mais nous sentons qu’une mobilisation en faveur de la culture s’installe, en particulier chez les jeunes gens d’affaires. »


D’où la mise en place, ces dernières années, d’une série d’outils favorisant le rapprochement entre le monde des affaires et celui de la culture. « Le premier outil est sans aucun doute notre portail Montréal Arts-Affaires. Il s’agit d’une banque d’informations et de références que les individus comme les organismes peuvent consulter. Pour un individu du milieu des affaires qui voudrait contribuer à un organisme culturel, tout comme pour un organisme culturel qui chercherait une contribution d’une personne du milieu des affaires, le portail est un bon outil pour commencer. »
 

Le programme Arrimages


Lancé en 2008 par la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM), en collaboration avec le CAM, le programme Arrimages se veut un outil de sensibilisation aux arts à l’intention des jeunes gens d’affaires. Moyennant une contribution financière, les membres de la JCCM peuvent y adhérer. Arrimages organise ensuite chaque année environ six sorties culturelles, qui vont de visiter une galerie d’art à assister à une représentation théâtrale ou musicale.


« Toutes ces sorties culturelles comprennent une rencontre derrière le rideau avec les artistes et les artisans. Et, même si ceux qui participent paient leur billet d’entrée, c’est aussi une occasion de souligner que le coût de ce dernier serait plus élevé si l’organisme culturel n’était pas subventionné. C’est une façon de sensibiliser les gens d’affaires à la réalité de la pratique artistique. La sensibilisation est le premier pas, car ce n’est qu’une fois sensibilisé aux arts et à la culture qu’un individu choisira par la suite de s’engager davantage. »


Si l’éventail des sorties demeure large, une bonne part est consacrée à la relève artistique. « Souvent, les membres d’Arrimages nous disent préférer ce qu’ils ne connaissent pas. Ils sont toujours étonnés de constater la diversité et la qualité de la production artistique montréalaise. »


GO-C.A.


Le programme GO-C.A. est un programme de parrainage entre les organismes culturels et les gens d’affaires, afin que ces derniers deviennent membres du conseil d’administration de différents organismes culturels. « C’est Ginette Noiseux, directrice de l’Espace Go, qui en a eu l’idée. Comme elle était souvent sollicitée par des organismes culturels qui lui demandaient ce qu’elle avait fait pour monter son excellent conseil d’administration, elle a voulu les aider en nous approchant avec cette idée. Une fois les organismes choisis et les gens d’affaires identifiés, nous organisons une soirée de speed dating où se font les appariements. »


C’est ainsi que plusieurs organismes culturels ont réussi à attirer des gens d’affaires au sein de leur conseil d’administration. Cependant, un petit conseil est donné aux organismes culturels qui accueillent pour la première fois dans leur C.A. une personne issue du milieu des affaires. « La première conversation ne doit pas porter sur l’argent. Il faut plutôt en premier se présenter et présenter ses projets à ces gens d’affaires, afin de bien les associer à l’organisme. On parlera d’argent plus tard. Par ailleurs, les gens d’affaires savent que la question du financement sera inévitablement abordée. »


Et cette conversation se fera aussi par étapes. « En premier, les gens d’affaires qui siègent aux conseils d’administration vont probablement y aller d’une contribution personnelle. C’est la première étape. La deuxième, c’est de mettre à profit leur réseau personnel. Et la troisième est de convaincre les entreprises pour lesquelles ils travaillent d’accorder leur soutien financier à l’organisme. »


D’autres façons de s’engager


Il y a aussi le programme artsScène Montréal, parrainé par l’organisation canadienne Monde des affaires pour l’art, dont l’objectif est de promouvoir l’engagement des jeunes gens d’affaires dans le milieu des arts. Organisme à but non lucratif, artsScène Montréal organise plusieurs activités à caractère artistique, dont l’événement-phare est le Rallye des galeries.


« Les jeunes gens d’affaires peuvent aussi s’engager par le biais des comités jeunesse qu’on trouve aujourd’hui dans tous les grands organismes culturels et artistiques. Le seul comité jeunesse du Musée des beaux-arts de Montréal compte aujourd’hui 25 membres. »


Selon Nathalie Chapdelaine, il est important de mettre en place de pareils outils qui permettent de sensibiliser et d’associer les jeunes gens d’affaires aux arts et à la culture. « Une fois sensibilisés aux arts, ces jeunes gens d’affaires y iront de leur contribution personnelle. Mais, plus tard, lorsqu’ils seront rendus aux commandes d’une entreprise, ils seront évidemment plus ouverts à un plus grand soutien du milieu des affaires aux arts. »


C’est du moins ce qu’elle semble constater à propos de cette nouvelle génération de gens d’affaires. « Il y a une nouvelle tendance qui est de vouloir établir une relation arts-affaires. Ces jeunes gens d’affaires veulent partager et être partie prenante de cette créativité culturelle montréalaise. »


 

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