Pierre Castonguay 1933-2013 — Départ discret d’un grand pionnier de la télé

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Ça me fait drôle de l’apprendre ce samedi par la chronique nécrologique. Castonguay, Pierre, 1933-2013. Décédé le 15 mai dernier, à Montréal. On le savait malade, Pierre, nous de la bande de «Rosco et ses frères», petit groupe de fadas du cinoche rassemblé autour de Titano Rosco (dilettante de son état), mais nos rencontres s’étaient espacées depuis un an et les nouvelles moins fréquentes. Ça et là, il téléphonait à l’un ou l’autre, épris par une série-télé américaine, à la recherche de films pas encore vus. Mais le voilà parti, à la suite d’une longue maladie comme on dit, vite parti quand même, aussi vite qu’il partait invariablement avant la fin de nos réunions de cinéphiles. Personne, sinon ses très proches, n’a eu le temps de lui dire au revoir.

Au revoir et merci. Car nous l’oublions souvent, tellement il ne portait pas son passé lourdement, qu’il en avait un, et tout un. «Toutes les grandes émissions d’affaires publiques de Radio-Canada ont été marquées par la présence de ce grand réalisateur», peut-on lire sur le site de la télévision d’état. «Les artisans du Sel de la semaine, Format 60, Le 60, Télémag et Le point garderont le souvenir impérissable de cet homme curieux, audacieux et de grande culture qui n’a jamais cessé d’innover.» Parfois, il nous racontait le passage de Michel Simon au Sel de la semaine. Parfois évoquait-il Pierre Nadeau, les grands reportages de Format 60. Pas souvent. Pas assez souvent.

Il parlait plutôt de ce qui le passionnait ce jour-là, posait beaucoup de questions, me demandait à moi de pousser plus loin certaines analyses dans mes critiques de spectacles. Discuter, débattre, cette sorte de présent l’animait plus que tout. Sa belle voix, sa diction parfaite nous rappelaient d’où il venait, radio-canadien dans l’âme. Âme d’enfant, faut-il rappeler. Sans lui, l’âge d’or des émissions pour enfants de la grande boîte n’aurait pas eu lieu, à tout le moins sans l’extraordinaire marge de manœuvre qui nous a valu La boîte à surprise et tant d’autres. Marcel Sabourin aime le répéter et j’en témoigne: le vrai facilitateur de cet humour débridé, la grande caution de l’absurde, c’était lui.

Je l’ai connu épicurien, fin connaisseur de tout, grand voyageur, je l’ai beaucoup entendu rire, parfois se fâcher quand les souvenirs lui paraissaient trop embellis. Je lui trouvais une petite ressemblance avec Mickey Rooney, je ne lui ai jamais dit. Je relis, là, maintenant, des cartes postales de lui, et je retrouve son esprit vif, son humour gamin. Retraité de la tour depuis belle lurette (engagé en 1962!), il avait été amusé de recevoir un chèque bien tardif, pour un concept pondu et oublié: eh oui, l’émission Prière de ne pas envoyer de fleurs, encore et toujours en ondes, ce fut d’abord son idée. Rien n’est jamais perdu, faut-il croire. Sinon un ami, et encore. En ce moment même, il rit fort dans ma tête et me dit de regarder autre chose que de vieux films. Présent et pertinent, toujours. Salut Pierre. De ma part, de la part de tous les artisans de la télé, reconnaissants. Et de «Rosco et ses frères» à leur frère de passion et de bonne chère.

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