Huguette Oligny 1922-2013 - Après plus de 60 ans de carrière, l’actrice avait encore le feu sacré

Huguette Oligny en 1956
Photo: Archives Le Devoir Huguette Oligny en 1956

Son beau-fils Pascal Gélinas venait de lui consacrer un très beau documentaire, primé au récent Festival international du film sur l’art. Tout de sourire et de sérénité, la comédienne Huguette Oligny y affichait un « nonagénat » inspirant. Elle est décédée le 10 mai à l’âge de 91 ans.


Née à Montréal le 31 janvier 1922 d’un père soldat et d’une mère journaliste, Huguette Oligny a neuf ans lorsque ses parents se séparent. En 1939, la jeune beauté de 17 ans fait ses débuts sur les planches. Au cours des années 1940, elle se joint à la troupe de Pierre Dagenais, puis à celle des Compagnons de Saint-Laurent, dirigée par le père Émile Legault. Sa grâce physique n’a d’égale que la douceur de sa voix. En 1944, elle décroche un important contrat pour faire de la postsynchronisation de films américains. Destination : Hollywood.


En 1950, elle rentre au Québec, non sans s’être au préalable produite sur Broadway. Cette année-là marque un tournant dans la vie d’Huguette Oligny, puisqu’elle tourne dans le film de Jean-Yves Bigras Les lumières de ma ville, l’un des premiers d’une industrie cinématographique québécoise encore naissante, en plus de devenir l’une des interprètes régulières du Théâtre du Nouveau Monde. En 1952, le public la couronne Miss radio-télévision. L’année suivante, elle épouse Marcel Alexandre. Ils ont deux enfants : Jean et Anne. Durant toute la décennie, elle est très demandée au théâtre et à la télévision.


En 1960, elle perd la garde de ses enfants à la suite d’un divorce acrimonieux. Elle ne pourra les voir pendant neuf ans. En 1967, elle entame une liaison avec son partenaire de Ti-Coq, Gratien Gélinas, en pleine tournée canadienne de la pièce Hier, les enfants dansaient. Après de longues fiançailles, le couple se marie en 1973. La même année, elle incarne la mère de Geneviève Bujold dans Kamouraska, de Claude Jutra.

 

Une actrice distinguée


Les années passent et Huguette Oligny continue d’alterner théâtre, télévision et cinéma. Son port altier et sa diction impeccable continuent de la distinguer. En 1984, Michel Tremblay lui confie le rôle d’Albertine à 70 ans lors de la création de sa pièce Albertine en cinq temps. Peu après, elle est décorée de l’Ordre du Canada. En 1986, elle partage la scène une dernière fois avec son époux Gratien Gélinas dans la pièce La passion de Narcisse Mondoux, qu’ils joueront 600 fois. En 1999, le vieux partenaire d’Huguette Oligny s’éteint.


La comédienne n’entend pas se retirer pour autant. Théâtre, télévision, cinéma, bis. En 2000, elle est seule en scène dans la pièce La dame de cent ans, de Françoise Loranger, qui part en tournée. Lors d’une représentation à Trois-Pistoles, Françoise David se trouve dans la salle.


« Elle était fabuleuse », se souvient la députée de Gouin, cofondatrice de Québec solidaire. « J’étais allée la voir et elle m’avait accueillie avec une grande chaleur. Je n’étais pas une de ses intimes - je ne veux pas usurper la place de ses proches, mais après cet épisode, nous nous sommes suivies de loin en loin. Au jour de l’An, il y en avait toujours une qui appelait l’autre ».


Les deux femmes se sont un peu perdues de vue, lorsque Françoise David voit le documentaire de Pascal Gélinas tout récemment. « Quand je l’ai visitée la semaine dernière, j’étais encore toute remplie du film. J’ignorais par quel genre d’épreuves elle était passée, et comment elle a réussi à transformer ça en force. Je l’ai trouvée plus inspirante que jamais. Elle a tout embrassé, le bon comme le mauvais, en essayant d’en tirer le meilleur parti et en savourant intensément chaque moment de bonheur. C’est une belle leçon, je trouve. »


Dans le documentaire Huguette Oligny. Le goût de vivre, l’actrice confie à son beau-fils être « la femme la plus heureuse du monde… L’âge me convient parfaitement », conclut-elle.

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