Jours de fête au Québec

Normand Thériault Collaboration spéciale
Oeuvres d’Alfred Pellan: Bestiaire 24e, 1981, huile et silice sur contreplaqué, 122 x 122 cm, Les mannequins, vers 1946, encre noire et crayon de couleur sur papier collé sur carton, 17,7 cm x 20,5 cm, et Hollywood, 1974, encre de couleur et encre de Chine sur papier velours, 25,4 cm x 33,2 cm. Toutes les œuvres proviennent du legs Madeleine Poliseno Pelland et font partie de la collection du Musée national des beaux-arts de Québec.
Photo: Design: Michel Bernatchez Oeuvres d’Alfred Pellan: Bestiaire 24e, 1981, huile et silice sur contreplaqué, 122 x 122 cm, Les mannequins, vers 1946, encre noire et crayon de couleur sur papier collé sur carton, 17,7 cm x 20,5 cm, et Hollywood, 1974, encre de couleur et encre de Chine sur papier velours, 25,4 cm x 33,2 cm. Toutes les œuvres proviennent du legs Madeleine Poliseno Pelland et font partie de la collection du Musée national des beaux-arts de Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Été culturel 2013

Québec nous fait reculer de presque 90 ans dans le temps. En effet, son Musée des beaux-arts donne cet été la vedette à Alfred Pellan, ce peintre qui fut l’ami des surréalistes et de tant d’autres grandes figures de l’art contemporain. Débarqué dès 1926 à Paris, Pellan rentrera au Québec à l’aube d’une autre grande guerre, tout auréolé de gloire. N’a-t-il pas eu droit à une exposition dans la métropole française, honneur dont il jouira à nouveau, en 1955, quand le Musée d’art moderne de Paris lui consacrera une rétrospective ?

À ce titre, il précède doublement Paul-Émile Borduas, lui qui ne foula qu’en 1927 les pavés de la Ville lumière et dont la première rétrospective internationale, celle que le Stedelijk Museum lui consacre en 1962, est posthume.


Aujourd’hui, ces querelles de préséance sont quasi oubliées. Aussi les visiteurs de Québec découvriront-ils en Pellan un jeune artiste, volontiers surréaliste, voire « duchampien », qui recycle tasses et autres objets du quotidien, toujours avec verve et force couleurs.


Être artiste à Paris, c’était le rêve à l’époque. Car visiter Paris fut longtemps, pour les rares Québécois qui en avaient le loisir et les moyens, une destination de choix, voire la toute première. Sur ce plan, les artistes du Québec ne différaient guère des Fitzgerald, Hemingway et Miller, à qui avait de même été donnée la chance de traverser l’Atlantique. Rencontre fertile, cela va de soi. Et cela n’a rien d’étonnant, à voir les tableaux que propose un autre musée québécois, le Musée de la civilisation. À la faveur de l’intéressant aperçu de l’art de la Belle Époque qu’il recèle, on a tôt fait de comprendre qu’au tournant du siècle précédent, s’ouvrait un monde tout différent du nôtre, un monde au quotidien d’aspect festif, voire merveilleux.


Hier et aujourd’hui


Les musées font découvrir ou redécouvrir ce qui n’est plus. Ainsi, qui se rendra au musée Stewart de l’île Sainte-Hélène, fût-il Montréalais de naissance, trouvera là une ville dont il ignorait peut-être jusqu’à l’existence. De même, il fera la connaissance d’une rivière jusque-là secrète s’il se promène dans l’édifice qui se dresse Pointe-à-Callière.


Qui dit musées dit découvertes. Histoire de mieux remplir cette fonction, la Société des musées québécois a découpé à l’intention des curieux le territoire québécois en 70 circuits. Chacun, selon ses goûts ou l’inspiration du moment, pourra sillonner la Belle Province à la recherche de ses collections muséales. Mais n’oublions pas tous ces événements sporadiques et autres expositions temporaires. Ils constituent pour l’amateur des retours obligés vers des institutions qu’il connaît pourtant bien.


Ainsi, on ira en Outaouais voir l’art des Premiers Peuples, à Sherbrooke revoir Marc-Aurèle Fortin. Beaucoup vous le diront : il était temps qu’un de Broin débarque en force à Montréal. Quant aux amateurs de l’oeuvre de BGL, pourquoi demeurer à Montréal ? Ne seraient-ils pas bien inspirés de « monter » à Saint-Jérôme ?


L’été est à nos portes. Nombreux sont les grands du passé qui nous attendent. Car sachez-le, en cet été 2013, Champlain, Roberval, Grace Kelly, Zidane (pour ne nommer que ceux-là) se retrouvent ici sur cimaises, là sur vidéo. Et ils ne sont pas les seuls. Ailleurs, des photographies racontent des événements révolus et des objets traduisent ce que l’art actuel est devenu.


Cet été, il y a du musée dans l’air. Et, pour citer Duchamp, pas que dans l’« Air de Paris ».

À voir en vidéo