Un «jalon» de l’architecture moderne en sursis

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	Vue sur le centre commercial et communautaire de L’Estérel, sur le point d’être vendu à un promoteur qui avait entrepris de couper des arbres à proximité. </div>
Photo: MGV
Vue sur le centre commercial et communautaire de L’Estérel, sur le point d’être vendu à un promoteur qui avait entrepris de couper des arbres à proximité. 

Vestige de l’architecture moderne québécoise, le centre commercial et communautaire du domaine de L’Estérel vient d’être sauvé in extremis par le ministère de la Culture, qui a annoncé son intention de le classer immeuble patrimonial. Selon l’avis d’intention délivré le 18 avril dernier par le ministre de la Culture, Maka Kotto, toute intervention touchant le bâtiment et l’aire de protection l’entourant devra désormais faire l’objet d’une demande d’autorisation au ministère. Celui-ci a un an pour mener des consultations et décider s’il reconnaît finalement la valeur patrimoniale du site.

« C’est une excellente nouvelle », a déclaré au Devoir France Vanlaethem, professeure associée à l’École de design de l’UQAM et spécialiste de l’architecture moderne au Québec. Plusieurs organismes de défense du patrimoine, dont Docomomo Québec, qu’elle préside, avaient multiplié les efforts pour faire reconnaître la grande valeur de ce site, véritable « jalon » dans l’histoire de la villégiature au Québec. La Commission royale des monuments et des sites de Bruxelles avait même écrit une lettre officielle au ministère de la Culture demandant de protéger le site.


Situé à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson dans les Laurentides, le domaine de L’Estérel est un complexe de villégiature Art déco que le baron belge Louis Empain avait fait construire dans les années 1930 par l’architecte Antoine Courtens. Même s’il a perdu de son lustre, le Centre commercial et communautaire, qui abrite aujourd’hui l’hôtel de ville et qui fait office de centre culturel et de loisirs, est l’un des seuls édifices encore debout, qui n’est pas complètement dénaturé. Il comprend la « blue room », jadis une grande salle de spectacle et un restaurant en hémicycle, qui avait été inaugurée en 1938 par le « roi du swing », Benny Goodman. Parmi les autres bâtiments du site, l’hôtel de la Pointe-Bleue, qui est par la suite devenu un Centre hospitalier de soins de longue durée laissé vacant, a été démoli à l’automne dernier, tandis que l’ancien club sportif, devenu l’hôtel l’Estérel, a été avalé dans de récentes rénovations.


Le ministère de la Culture a accéléré ses démarches après avoir appris la semaine dernière que le promoteur HBO construction, qui possède des terrains aux alentours, avait entrepris de couper des arbres à proximité du centre. Ce même entrepreneur était en négociations avec la mairie pour acquérir tout le site, qui est actuellement la propriété de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. « Je ne sais pas où en étaient les négociations, mais ça montre leur manque de bienveillance », a dit France Vanlaethem, qui espère que le promoteur sera découragé d’acheter le domaine.


Comme elle, les membres de la Société d’histoire ainsi que plusieurs résidants de Sainte-Marguerite sont farouchement opposés à la cession du domaine à un exploitant privé. Une rencontre citoyenne pour en discuter aura lieu à l’église le 25 avril prochain.


 
2 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 22 avril 2013 09 h 02

    Victoire pour la reconnaissance du patrimoine

    Félicitation à tous ceux et celles qui ont travaillés dans l'ombre pour mener à cette décision du ministre, et il doit y en avoir quelques uns. La vocation futur de ce bâtiment? Pour l'instant c'est l'hôtel de ville de L'Estérel. Pourquoi pas en faire un centre culturel? C'était par le passé un théâtre d'été. Un centre d'art contemporain, à l'instar de Derouin à Val David mais différent, plus actuel. À suivre. Bravo encore, le Québec peut dire "Je me souviens" cette fois pour de vrai.

  • Marc Blanchard - Inscrit 22 avril 2013 09 h 48

    Bravo!!!

    Un joyau de l'architecture Art Déco est sauvé.