Martine à l’opéra

La metteure en scène Martine Beaulne avec une partition, son nouvel outil de travail.
Photo: Isabelle Marjorie Tremblay La metteure en scène Martine Beaulne avec une partition, son nouvel outil de travail.

Pour plusieurs artistes, l’hypersensibilité au monde est essentielle à la création. Et vient aussi un moment où il leur faut davantage… en allant voir ailleurs. Martine Beaulne est de ceux-là, elle qui, forte de 23 ans de mise en scène, a osé plonger dans un univers qui lui était pratiquement inconnu. Elle a choisi de décrypter cette fois-ci des oeuvres musicales… d’opéra, pour le spectacle Les visiteurs présenté au Monument-National.

Au programme : deux pièces du compositeur italien Gian Carlo Menotti : The Old Maid and the Thief, créée pour la radio à la demande de la NBC à New York, en 1939, et Amahl and the Night Visitors, le premier opéra conçu pour la télévision à la suite d’une commande du même réseau, en 1951. « C’est très enrichissant de s’intéresser à d’autres formes d’art, d’autres langages, dit Martine Beaulne. Je me trouve chanceuse d’avoir pu entrer dans le monde de l’opéra de façon plus intime. »


Mais elle a vite compris l’étendue du déracinement qu’elle allait vivre : « J’ai écouté et visionné des dizaines de fois ces opéras. La musique était si belle, les chants si grandioses, que je me suis demandé ce que je pouvais y ajouter. Pendant un moment, j’ai perdu mes repères de créatrice. »


Le fil conducteur


Accueillir de nouvelles contraintes comme forces créatives, c’est ce qui lui a permis d’aller de l’avant. « A priori, j’ai fait le même travail de compréhension du texte qu’au théâtre. S’est ensuivie la recherche de ma vision générale et de l’espace scénique où devaient prendre place les histoires. Je me suis aussi habituée à travailler avec une partition. Une fois en répétition, j’ai eu l’impression de sauter dans le vide. »


Dans un opéra, les mots s’alignent autrement qu’au théâtre et la musique conduit l’histoire où elle le veut. C’est elle, le fil conducteur. « La musique dure un certain temps. Elle impose son ton, amplifie les situations. Il faut travailler de connivence avec elle et avec le directeur musical, qui dirige les chanteurs. C’était nouveau pour moi », explique la metteure en scène, comédienne et spécialiste du théâtre japonais.


En répétition, elle reste calme et précise devant de jeunes barytons, ténors, basses, sopranos, mezzo-sopranos et autres artistes de l’Opéra lyrique de Montréal, qui apprécient son désir de « sortir l’opéra des boules à mites », comme elle s’amuse à le dire.


Un metteur en scène n’emploie pas la même méthode pour atteindre l’interprète s’il est face à des chanteurs ou à des acteurs de théâtre. Les chanteurs arrivent en répétition déjà avancés dans leur travail. « C’est à moi de voir s’ils correspondent à la vision que j’ai développée, non pas musicalement, mais au niveau des intentions des personnages et du concept global que je propose. »

 

Des airs en tête


Depuis un mois, Martine Beaulne fredonne des mélodies qui l’habitent désormais. C’est souvent en marchant, après des heures de répétition, que les meilleures idées surgissent. « La mise en scène, c’est une histoire de sens. Tu reçois des émotions, des sensations, des regards, de l’information. L’inconscient travaille ensuite pour toi, comme un petit hamster qui court ! »


Toute petite, elle s’exprimait beaucoup par l’art, alternant coups de crayon et coups de pinceau. « En regardant mes dessins d’enfance, je réalise que mes personnages bougent tout le temps. L’expression du corps m’a toujours intéressée. Avec la mise en scène, je fais de la peinture animée. Cette fois-ci, ma peinture est animée… et chantée. C’est encore plus complet. »


Le spectacleLes visiteurs, regroupant deux opéras, est présenté à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National, à Montréal, jusqu’au 20 avril.


 

Collaboration spéciale