Né sur le bord du highway

C’est l’histoire d’un bébé, arrivé comme un cheveu sur la soupe un jour où on ne l’attendait pas, celui d’Anaïs Barbeau-Lavalette et d’Émile Proulx-Cloutier, qui lui dédient leur cabaret nomade, façonné par le hasard des rencontres et d’humeurs vagabondes.


C’est ainsi que s’amorce Vous êtes libres, cabaret multi créé à l’invitation de la Place des arts par le comédien et la réalisatrice d’Inch’Allah, tricoté autour du thème de la liberté artistique.


Avec leurs coups de coeur et coups de gueule réunis sur une même scène, les deux hôtes nous offrent l’équivalent d’un portrait de famille hétéroclite, parsemé de clins d’oeil documentaires, ouvert sur leurs vies et sur celles d’autres, plus égratignés.


Entre le slam de Marjolaine Beauchamp, les ruines babines klezmer du groupe D’Harmo et la parodie de Décore ta vie aboyée par Fabien Cloutier, Émile et Anaïs farcissent leur exercice de liberté d’une galerie de personnages, tous surréels, mais bien vivants, livrant à chaud devant le public une sorte de documentaire «live», théâtralisé.


Gros plan sur Jean-Guy et Jane, deux êtres de sexes différents, prisonniers d’une même peau. Plan rapproché sur Kevin Papatie, algonquin brûlé par la toxicomanie, dont les pieds d’enfant ont refusé de grandir, venus livrer sur scène des fragments de leurs vies. Audacieux et touchant, cet objet de théâtre-vérité s’étire par contre un peu en longueur.


Mais le tout est vite rattrapé par les élans sentis d’Émile Proulx-Cloutier au clavier, bouillonnant de talent, les mots de Roland Giguère, portés par Thomas Hellman et son banjo, et l’apparition surprise de Yann Perreau.


Lancé en lion avec la naissance comique de leur fiston Ulysse sur le terre-plein d’un Couche-tard de banlieue, ce salmigondi sympathique, d’intérêt inégal, a toutefois le mérite de la sincérité pure et dure. Cabaret nomade, pour créateurs en liberté.