Les univers numériques au service de la production de spectacles à moindre risque

« J’aime bien faire les choses différemment, j’aime bien relever de nouveaux défis », révèle l’humoriste Émilie Ouellette.
Photo: Émilie Ouellette « J’aime bien faire les choses différemment, j’aime bien relever de nouveaux défis », révèle l’humoriste Émilie Ouellette.

Économie de la culture en mutation. Un producteur s’est engagé à produire la tournée de spectacles de la jeune humoriste Émilie Ouellette à condition que celle-ci lui démontre sa « valeur marchande » en réunissant au préalable 100 000 signatures de spectateurs potentiels sur son site. Une nouvelle stratégie de financement qui tend à exploiter la force des réseaux sociaux et des mondes numériques, pour minimiser les risques liés à la production de spectacles vivants, mais dont la portée semble toutefois limitée : en trois mois, l’artiste a récolté 7000 signatures.


« La collecte de noms, qui a commencé en janvier, se terminait officiellement le 1er avril, mais comme les gens continuent de s’inscrire, je crois que je vais étendre la période d’appui », a résumé mardi à l’autre bout du fil Mme Ouellette, qui, par ce moyen, cherche à amener en tournée à travers le Québec son spectacle Accoucher de rire, présenté dans le cadre du festival montréalais Zoofest l’an dernier. Cette création parle, pour mieux en rire, de sa vie et sa condition de mère. Entre autres.


Pour arriver à ses fins, Mme Ouellette a approché un producteur - dont elle ne veut pas révéler l’identité -, qui lui a proposé de réunir 100 000 signatures du public avant de s’engager. Théoriquement, ce chiffre représente le nombre de spectateurs capable de remplir le Théâtre Saint-Denis à Montréal pendant… 45 soirs. « J’aime bien faire les choses différemment, j’aime bien relever de nouveaux défis et j’aime bien être créative, dit-elle. Même si c’est beaucoup, je ne pouvais pas dire non. »

 

Dans un marché saturé


Pour François Colbert, titulaire de la Chaire de gestion des arts des HEC, cette manière de faire est atypique, mais elle n’est pas étonnante. « Cela s’apparente un peu au sociofinancement [ce financement d’oeuvres culturelles, par les internautes, sur le principe du micropaiement, en passant par les réseaux sociaux]. C’est une façon de s’attirer du capital de sympathie, mais aussi de réduire les risques liés à une production, dit-il. Le métier de producteur a toujours été un métier à risque. Là, on est en mesure avec des projets comme celui-là de le minimiser. »


Selon lui, ce genre d’initiatives risque de se multiplier à l’avenir dans un marché culturel québécois qui est de plus en plus saturé et où le financement devient par le fait même de plus en plus compliqué. « Ce n’est pas la taille de la tarte [financière] qui a diminué, mais le nombre d’artistes qui, lui, a augmenté, résume l’universitaire. Beaucoup de jeunes artistes veulent percer et ils vont devoir faire preuve d’innovation pour le faire »,autant sur le plan artistique qu’économique, afin de financer leurs activités. « Les idées qui vont fonctionner le mieux vont certainement être reproduites », ajoute-t-il.

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