Gain majeur pour la succession de Max Stern

Attribuée au Maître de Flémalle, La Vierge à l’Enfant figurait parmi les nombreux tableaux cédés par Max Stern afin d’obtenir un permis de sortie pour sa mère.
Photo: Université Concordia Attribuée au Maître de Flémalle, La Vierge à l’Enfant figurait parmi les nombreux tableaux cédés par Max Stern afin d’obtenir un permis de sortie pour sa mère.

Le symbole est important. Mardi, à Berlin, tandis que le Canada prenait la tête de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, la Staatsgalerie Stuttgart rendait à la succession du Montréalais Max Stern un tableau liquidé de force par les nazis. C’est la première fois qu’un musée allemand tend la main à ceux qui, depuis dix ans, luttent pour rassembler les quelque 400 oeuvres arrachées à celui qui allait devenir un des plus importants marchands d’oeuvres d’art de l’histoire du Canada.

Attribuée au Maître de Flémalle, identifié par la plupart des historiens de l’art comme le peintre flamand Robert Campin (1375-1444), La Vierge à l’Enfant figurait parmi les nombreux tableaux cédés par Max Stern afin d’obtenir un permis de sortie pour sa mère, Selma. Sa restitution en grande pompe devant des dignitaires allemands et canadiens coïncide avec le 100e anniversaire de la fondation de la galerie Stern à Düsseldorf.


« C’est une oeuvre importante. Les tableaux de la première Renaissance nordique sont rares sur le marché. Ils sont donc très recherchés », a commenté le directeur du projet de restitution des oeuvres de Max Stern, Clarence Epstein, joint à Berlin par Le Devoir. La restitution fait de cette toile spoliée la dixième obtenue par l’équipe pilotée par l’Université Concordia en dix ans.


L’enquête a été lancée en 2008 par les spécialistes du Holocaust Claims Processing Office. Se sont ensuite joints les chercheurs de la Stuttgart, qui ont pu bénéficier des nouveaux budgets octroyés récemment par le gouvernement allemand aux musées d’État pour qu’ils enquêtent sur la provenance de leurs oeuvres.


« Nous avons mis les pièces du casse-tête ensemble » pour reconstituer la trajectoire tourmentée de La Vierge à l’Enfant, acquise par la Stuttgart au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, explique M. Epstein. Un beau succès qui devrait conduire à d’autres restitutions. « On ne sait pas quand, mais nous sommes en discussion avec d’autres musées allemands. » Cela laisse toutefois en plan tous les musées privés qui ne sont pas visés par la subvention gouvernementale, regrette M. Epstein.


Le geste d’éclat de mardi, souligné en présence du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, est de bon augure quant à l’importance que devrait prendre l’action canadienne à la tête de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste au cours de la prochaine année, a salué M. Epstein.


L’organisme regroupant des représentants et des experts provenant de 31 pays a pour objectif d’encourager l’éducation à la Shoah et sa commémoration. À ce titre, le Canada organisera un projet national de préservation des témoignages de survivants, la création d’un prix d’excellence pour l’éducation sur l’Holocauste, un concours d’affiches, ainsi que la tenue, à Toronto en octobre, de la Conférence annuelle de l’Alliance. C’est l’ex-député libéral Mario Silva qui dirigera les activités canadiennes.


« Une de nos priorités est l’élargissement de l’Alliance », a indiqué le ministre Kenney, qui juge que la confiscation et la vente forcée de biens culturels constituent non seulement un vol, mais « une atteinte à l’identité culturelle ». Le Canada visera tout spécialement l’Ukraine, qui, après l’Allemagne et la Pologne, est le troisième pays le plus affecté par l’Holocauste, où 1,5 million de Juifs sont morts et ont été enterrés dans 600 fosses communes.

 

Avec Hélène Buzzetti

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