D’une révélation à l’autre


	La gourmandise (vers 1642), un tableau attribué à Jacques de l’Ange, actif à Anvers de 1631 à 1642. L’œuvre fut achetée à la succession Théophile-Hamel en 1918.
Photo: Petit Séminaire de Québec
La gourmandise (vers 1642), un tableau attribué à Jacques de l’Ange, actif à Anvers de 1631 à 1642. L’œuvre fut achetée à la succession Théophile-Hamel en 1918.

Révélations : le titre énigmatique de l’exposition commémorant le 350e anniversaire de fondation du Séminaire de Québec par Mgr François de Montmorency-Laval, le 26 mars 1663, traduit bien l’intérêt exceptionnel de cet événement, qui met en valeur la richesse inestimable de la collection de tableaux, gravures, sculptures et pièces d’orfèvrerie acquise par cet établissement au fil de sa longue histoire. Le visiteur n’aura pas seulement la révélation d’oeuvres méconnues du patrimoine québécois, mais découvrira en même temps le contexte particulier ayant présidé à leur acquisition par des ecclésiastiques passionnés, érudits et férus d’art.

Aucune exposition d’envergure n’avait été consacrée à la collection du Séminaire de Québec depuis 1992, peu après le changement de vocation du musée de cette institution d’enseignement.


Révélations : l’art pour comprendre le monde, qui se tient à compter d’aujourd’hui jusqu’au 15 mars 2015 au Musée de l’Amérique française, dans l’enceinte du Séminaire dans le Vieux-Québec, incarne pour ainsi dire le coeur et l’âme de cette collection, soit une centaine de pièces rarement ou même jamais exposées parmi quelque 900 tableaux, 25 000 oeuvres sur papier, 100 sculptures et 1000 pièces d’orfèvrerie, importés d’Europe ou commandés aux meilleurs artistes québécois et assemblés par les prêtres du Séminaire.


Si le culte et la dévotion expliquent en bonne partie l’entrée d’oeuvres d’art au Séminaire dès la deuxième moitié du XVIIe siècle, d’autres pièces, surtout les estampes, ont été acquises à des fins pédagogiques, pour initier les étudiants à la géographie, à l’histoire universelle ou à l’histoire de l’art. Plus tard, après l’ouverture dans le même complexe architectural de la pinacothèque de l’Université Laval, en 1875, de grands donateurs et des successions, telles celles des peintres Joseph Légaré ou Suzor-Coté, ont légué au musée des oeuvres précieuses afin d’assurer leur pérennité. Le parcours de l’exposition suit d’ailleurs les grandes étapes de la constitution de la collection, du régime français jusqu’aux années 1960.


Le conservateur de l’exposition, M. Vincent Giguère, du Musée de la civilisation, explique en entrevue au Devoir que chaque pièce choisie pour cet événement l’a été non seulement pour ses qualités esthétiques et sa valeur patrimoniale, mais aussi pour témoigner du riche passé religieux du Séminaire et des efforts de ses prêtres-enseignants pour mettre à la portée des étudiants des oeuvres qui leur permettaient d’élargir leurs horizons.

 

Régime français


Parmi les oeuvres remarquables datant du régime français, le visiteur pourra admirer le premier tableau entré au Séminaire de Québec, en 1752, un Repos de la Sainte Famille durant la fuite en Égypte attribué à Jean Restout. Don du Séminaire des missions étrangères de Paris, l’oeuvre accrochée au-dessus du maître-autel de la chapelle extérieure fut sérieusement endommagée lors de l’incendie qui détruisit la chapelle, en 1888. Restaurée en 1909, elle nécessiterait de nouveaux travaux de restauration.


Le visiteur découvrira aussi une oeuvre spectaculaire de l’atelier des Levasseur, un tabernacle en bois doré daté de 1757, inspiré de modèles français avec ses motifs végétaux de style rocaille. Cette oeuvre est présentée en primeur depuis sa restauration récente, qui a pris pas moins de 11 ans.


L’orfèvrerie est également à l’honneur, avec plusieurs pièces françaises très rares, dont certaines du XVIIe siècle, d’autres commandées à des orfèvres locaux comme François Ranvoyzé (1739-1819) et Laurent Amiot (1764-1839). Le conservateur Vincent Giguère explique qu’à l’occasion de la préparation de l’exposition, plusieurs ensembles d’orfèvrerie religieuse ont pu être enfin reconstitués grâce à l’étude détaillée des poinçons identifiant les artisans.

 

La collection Joseph Légaré


Dans la section suivante, consacrée à la pinacothèque, le visiteur peut se faire une idée de la collection extraordinaire léguée au séminaire en 1874 par la succession du peintre Joseph Légaré (1795-1855), lui-même collectionneur averti. Parmi elles, une oeuvre exceptionnelle : Les ermites de la Thébaïde (1786) de Laurent Guillot. Au moment de son installation dans la chapelle extérieure du Séminaire, cette oeuvre avait été coupée en deux parties. La récente restauration a permis de les réunir et de découvrir la signature de l’artiste et la date d’exécution.


Une autre rareté « révélée » au public est l’estampe La Sainte Face, de Claude Mellan (1598-1688), considérée comme une prouesse technique. En un seul trait de burin gravé de façon concentrique, l’artiste réussit à tracer avec une finesse incroyable le visage du Christ imprimé sur le voile de sainte Véronique.


La dernière partie de l’exposition est consacrée aux artistes québécois, d’Antoine Plamondon et Théophile Hamel à Ozias Leduc, Jean Paul Lemieux et Alfred Pellan. Les artistes d’ici n’ont été « admis » au musée du Séminaire de Québec qu’au début des années 1960. Leurs oeuvres devaient auparavant se contenter des corridors, des salles de repos et des dortoirs de l’établissement ! Une petite salle de l’exposition est entièrement consacrée aux oeuvres de Suzor-Coté (1869-1937), dont la famille avait légué au musée un fonds de quelque 200 pièces.


Le parcours de l’exposition est grandement simplifié par un carnet de visite, qui commente chaque oeuvre exposée. L’accrochage est aéré, et le contact intime avec les oeuvres facilité par un design discret et original.


L’exposition Révélations est un must à Québec dans les prochains mois.

 

Collaborateur

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