Une double vocation pour l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus?

L'église du Très-saint-nom-Jésus
Photo: - Le Devoir L'église du Très-saint-nom-Jésus

L’archevêque de Montréal veut rouvrir l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus comme lieu de culte. Le projet court-circuite celui visant à convertir le lieu en centre culturel, défendu par le comité de sauvegarde de l’église depuis 2010. L’église restera sous l’égide du diocèse, qui se montre toutefois ouvert à trouver une solution mitoyenne.

« On s’est rencontrés pour voir ce qu’on pourrait faire en commun pour l’avenir du quartier, de l’église, qui est un monument patrimonial et qui compte un orgue important, a déclaré au Devoir Alain Walhin, adjoint du vicaire général et responsable du dossier. C’est une rencontre parmi d’autres pour établir un partenariat afin d’avoir un lieu de culte et mettre en valeur l’orgue, les concerts, les activités sociales et de loisirs. Ils [la corporation civile née du comité de sauvegarde de l’église] ont des projets et on peut sûrement s’entendre. »


En sortant de cette rencontre avec Mgr Christian Lépine et les intervenants de l’archevêché, lundi matin, Robert Cadotte, président de cette corporation, avait retrouvé un peu de sa bonne humeur. « Ils ont fait preuve d’ouverture et laissé place à la discussion, qui portera surtout sur la place accordée au lieu de culte », a-t-il indiqué au Devoir. Mais selon lui, le diocèse n’aura pas le choix de mettre de l’eau dans son vin de messe en joignant une autre vocation au lieu de culte. « Cent cinquante paroissiens ne peuvent pas faire vivre une église. »


La fermeture de l’église du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, en 2009, et la perspective de la vente de ses orgues exceptionnelles ont déclenché en 2010 un débat emblématique d’un Québec aux milliers de clochers sans les moyens de tous les conserver, ni une vision claire des joyaux à préserver. Le diocèse n’arrivait plus à payer son entretien annuel. Les citoyens et les élus de l’arrondissement ont pris le dossier en main, la corporation civile est née et a déposé une étude de faisabilité au ministère de la Culture, en vue de la conversion de l’église en maison de l’orgue. Un projet estimé à six millions de dollars - presque tous consacrés à la mise aux normes - que l’ancienne ministre Christine St-Pierre s’était montrée ouverte à financer, selon certaines conditions.


La corporation avait même obtenu l’appui verbal du cardinal Turcotte, prédécesseur de Mgr Lépine, qui entendait lui céder l’église pour la somme symbolique de 1 $. Le changement de garde à l’archevêché en 2012 et une histoire de délai expiré auront eu raison de l’entente. En septembre dernier, Mgr Lépine a décrété un moratoire sur toute vente ou fermeture des églises de son territoire.


« La priorité de l’archevêque, ce n’est pas le nombre de personnes qui fréquentent l’église, mais ceux qui pourraient la fréquenter », indique Alain Walhin, qui croit qu’en la délestant financièrement, la paroisse retrouvera sa vitalité et amènera plus de fidèles.


Un long chantier


Le Conseil de patrimoine religieux (CPR) pourrait soutenir la démarche du diocèse de rouvrir l’église comme lieu de culte. « L’église est admissible par sa valeur patrimoniale », indique au Devoir Jocelyn Groulx, directeur du CPR. Dans des cas comme celui du Très-Saint-Nom-de-Jésus, « on aborde les projets par phases. » Il reconnaît qu’avec un financement moyen de 140 000 $ décernés annuellement à chacun des quelque 100 projets soutenus par le CPR, « le chantier prendrait quelques années ».


Selon M. Cadotte, le projet de conversion de l’église découle du constat que l’aide du CPR ne suffirait pas à rénover et entretenir le lieu de culte à cette seule fin. Seul un projet axé sur une vocation autre donnerait accès à des subventions plus importantes issues d’autres programmes du ministère de la Culture. En plus de faire appel au mécénat.

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Ce texte a été modifié après publication

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