Mon frère, mon miroir


	Mi Otro Yo, une variation sur la gémellité et l’indicible réalité d’être... deux.
Photo: Doble Mandoble
Mi Otro Yo, une variation sur la gémellité et l’indicible réalité d’être... deux.

Pas toujours simple de faire bon ménage avec soi-même. Encore moins quand ce moi se dédouble, joue les empêcheurs de tourner en rond et trompe la réalité. Les jumeaux de la compagnie Doble Mandoble sont passés maîtres dans le dédoublement de personnalités dans Mi Otro Yo, une variation sur la gémellité et l’indicible réalité d’être… deux.


Belle entrée en matière pour des faiseurs d’illusions que de se présenter en double. Le hasard a bien fait les choses et les chromosomes se sont chargés de tout cela pour Luis et Miguel Cordoba, des jumeaux circassiens qui ont choisi d’exploiter leur ressemblance pour mêler l’art de la piste à celui du trompe-l’oeil. Avec Mi Otro Yo (Mon autre moi), Doble Mandoble posera pour la première fois ses malles à la Tohu après un saut au Mexique, à la conquête d’un public élargi, en pleine semaine de relâche.


Dans la langue d’origine de Luis et Miguel Cordoba, « Doble Mandoble » signifie littéralement double claque. Comme dans une double gifle assenée au visage, qui vous laisse pantois, quitte à vous faire voire double et quelques étoiles. Magiciens autodidactes depuis l’enfance, Luis et Miguel ont bourlingué dans les théâtres, cafés et écoles de l’Espagne avant de se découvrir une passion, au tournant des années 2000, pour le cirque. Après une formation à l’École supérieure des arts du cirque (ESAC) en Belgique, la paire décide de fondre en un grand tout cirque, danse contemporaine, magie et humour avec d’autres collègues de piste. Un mélange inusité et pétillant qui leur vaudra de tourner pendant quatre ans sur les routes d’Europe et d’ailleurs, butinant de festival en festival.


Cet autre moi


C’est sur cette lancée qu’est né Mi Otro Yo en 2009, clin d’oeil burlesque et inopiné à la réalité vécue par ce duo d’artistes, magiciens de surcroît, qui accouchera d’un terreau fertile pour une déclinaison de tableaux sur l’illusion. « C’est difficile d’accoler une étiquette à ce que nous faisons. On pourrait parler de théâtre physique, mais tout s’y mêle, autant le théâtre et le cirque que les effets visuels », explique Luis.


Les effets, de fait, sont bien plus que visuels. Les ressemblances et les effets miroirs créés par les jumeaux sont porteurs de métaphores poétiques, parfois clownesques, sur cette duplicité perpétuelle, par moments lourde à porter. Dans cet identitaire Mi Otro Yo, l’enfer, ce n’est pas seulement l’autre. C’est aussi soi-même. « On joue avec la notion de dualité, on met notre ressemblance au service du spectacle. La complicité des jumeaux qui s’entendent du simple coin de l’oeil nous aide beaucoup à créer des illusions. Il s’agit en fait plus d’effets visuels que de magie, mais le but est de berner les perceptions du public », précise l’un des deux frères.


La paire carbone joue les faux siamois dans un grand par-dessus, multiplie les tours de passe-passe et joue à cache-cache dans un décor de puzzle, à panneaux coulissants. Sans texte, le tout prend parfois l’allure d’une chorégraphie de danse contact, tantôt d’un pastiche de numéro de magicien doublé de son assistante nunuche, ou de drôles de saynètes où un poulet de plastique joue le troisième larron.


Les jumeaux déclinent leurs variations sur la gémellité sur une bande musicale hétéroclite et touffue qui combine le piano de Brahms, la voix grasseyante de Louis Armstrong et le rock de Radio Head. Bref, rien de banal pour un spectacle destiné à un public familial, de 3 à 77 ans. Les deux loustics, qui ont tourné avec succès en Belgique, en France, en Espagne, en Allemagne, en Suède et en Norvège, prendront l’affiche tous les après-midi et les soirs pendant la relâche. Une raison de plus pour éviter le remâché souvent réservé aux tout-petits pendant le répit scolaire public et faire un détour du côté de chez ces deux Moi.

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