Emblèmes patrimoniaux à sauver

Construite en 1966, la Place des Nations était considérée comme le cœur vivant d'Expo 67. Aujourd'hui clôturée et négligée, elle sert maintenant d'entrepôt à l'administration du Parc Jean-Drapeau qui a découpé ses poutres en bois lamellé à la scie pour faciliter le passage des camions.
Photo: Jean-François Séguin Construite en 1966, la Place des Nations était considérée comme le cœur vivant d'Expo 67. Aujourd'hui clôturée et négligée, elle sert maintenant d'entrepôt à l'administration du Parc Jean-Drapeau qui a découpé ses poutres en bois lamellé à la scie pour faciliter le passage des camions.

C’est au tour de la Place des nations, de la Coopérative Saint-Léonard et de la Caserne Letourneux de faire leur apparition sur la liste des dix sites emblématiques du patrimoine menacé à Montréal. En conférence de presse lundi, Héritage Montréal n’a pas manqué d’écorcher les autorités gouvernementales qui feraient preuve d’attentisme, voire de négligence dans plusieurs des dossiers jugés urgents par l’organisme.

Ces trois sites viennent s’ajouter à sept autres déjà recensés par Héritage Montréal par les années passées. La liste interpelle quelques particuliers, mais surtout Québec et Montréal, précise le directeur des politiques de l’organisation, Dinu Bumbaru. « [Les autorités] ont de belles paroles, de belles lois et de belles politiques pour encadrer notre patrimoine, mais on constate qu’elles les appliquent d’abord aux tiers et pas à elles-mêmes. »


Année électorale oblige dans plusieurs municipalités, l’organisme invite les citoyens à faire de la sauvegarde de leur patrimonial un enjeu électoral. À commencer par l’arrondissement Saint-Léonard dont le premier grand projet résidentiel moderne - témoin privilégié de la transition de la ruralité à la banlieue d’après-guerre - souffre du vide législatif actuel. Sur les 655 maisons que compte la Coopérative de Saint-Léonard, plus de la moitié ont déjà été transformées ou perdues.


Héritage Montréal souhaite faire de ce dossier un exemple pour tous les quartiers planifiés de l’Île. L’heure est à la concertation et au partage des connaissances, croit Dinu Bumbaru. « À Saint-Laurent, par exemple, le maire DeSousa a lancé une réflexion en collaboration avec l’Université de Montréal à propos des « Wartime Housing » et, entre-temps, a mis la pédale douce sur les permis. Il y a là une prudence dont devrait s’inspirer Saint-Léonard. »


Autre dossier complexe : l’héritage d’Expo 67. À quelques années de son 50e anniversaire, Héritage Montréal juge urgent de s’attaquer à cet ensemble qui dépasse largement le classement d’Habitat 67, accordé en 2007 par le gouvernement Charest. Priorité devra être donnée à son coeur symbolique, la Place des nations, depuis transformée en site d’entreposage. « On a littéralement mutilé l’amphithéâtre en découpant ses poutres en bois lamellé à la scie pour prioriser le passage des camions », dénonce M. Bumbaru.


L’exercice pourrait aussi être l’occasion de revoir plus largement le rôle de la Société du parc Jean-Drapeau, avance le directeur des politiques. « À l’origine, la société a été mise sur pied pour gérer des activités. C’est comme si on avait confié la gestion du mont Royal à des organisateurs d’événements spéciaux. […] Il faut être conséquent. Ce lieu est génial et mérite beaucoup mieux. »


Cela fait maintenant huit ans qu’Héritage Montréal tient sa liste des sites menacés. Si l’organisme compte quelques victoires depuis, sa liste fait néanmoins preuve d’une triste constance quant à la diversité des menaces, note M. Bumbaru. « La menace la plus généralisée reste le manque de vision et de prospective. On préfère laisser les dossiers pourrir plutôt que de s’y attaquer quand il en est encore temps. »

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Sept sites toujours menacés malgré l’alarme

L’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus (1903-1906) a été fermée au culte en 2009. Déclaré bâtiment dangereux, l’ensemble figure aussi sur la liste des sites menacés d’Héritage Canada.

La maison Redpath (1886) a maintes fois été menacée de démolition, et la négligence dont elle est l’objet en fait une habituée de la liste d’Héritage Montréal.

L’édifice Rodier (1875) a besoin d’être revitalisé et protégé du futur couloir réservé de l’axe Dalhousie dont le tracé pourrait trancher une partie de l’édifice.

L’hôpital de la Miséricorde (1853) sera bientôt déserté posant crûment la question de l’avenir du patrimoine bâti en santé, avec, à l’horizon, les fermetures des géants que sont les hôpitaux de l’Hôtel-Dieu et Royal-Victoria.

L’Agora du square Viger (1981), un espace signé Charles Daudelin jugé ingrat et froid par la Ville, pourrait être rasée pour des défauts inhérents à la trame urbaine et non à son design, dénonce Héritage Montréal.

La forge Cadieux (vers 1870) ne fait l’objet d’aucun entretien, et son avenir au sein du réaménagement du secteur Bonaventure reste incertain.

L’îlot Saint-Laurent (1895-1910), autour du Monument-National, a vu une enfilade de bâtiments patrimoniaux démantelés. Ses façades ont été entreposées, mais leur avenir n’a pas été arrêté.

1 commentaire
  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 26 février 2013 07 h 30

    L'immeuble situé au 4902-4908 rue Saint-Denis

    L'immeuble situé au 4902-4908 rue Saint-Denis a été construit en 1910. Il a été peu modifié. L'ensemble est resté tel quel. Cet endroit a abrité durant presque toute sa vie le peintre Narcisse Poirier (1883-1984). Celui-ci avait fait modifier son appartement pour en faire un atelier convenable. Peintre de nature morte et un des piliers du groupe des Peintres de la Montée St-Michel, il était aussi paysagiste.
    Peut-on rêver de voir ce lieu devenir un jour un musée qui nous montrerait les peintres de Montréal sur Montréal ?