Spectacle - Comicus interruptus

Les préliminaires ont été longs pour le nouveau spectacle de l’humoriste Louis-José Houde qui, à la fin de l’avant-première livrée mardi soir sur les planches du théâtre Maisonneuve à Montréal, est venu remercier, avec sincérité, sa foule pour sa patience.

La mise en marché du rire est ainsi faite aujourd’hui : dans la salle, plusieurs avaient en effet acheté leur billet pour ce tour de blagues un an et demi à l’avance, parfois plus, « alors que le spectacle n’existait pas encore », a-t-il souligné sourire en coin, avant d’ajouter : « Merci de ne pas m’avoir oublié. »


Oublié ? La chose n’est certainement pas possible pour ce drôle à l’envergure amplifiée par ses apparitions annuelles au gala de l’ADISQ - qu’il anime régulièrement -, mais surtout par l’efficacité avec laquelle il décrispe, séduit, fait fondre la « matante » ordinaire, tout comme la jeune fille bien de son temps. L’une aime le voir en gendre idéal, l’autre en rêve comme « meilleur ami », voire plus si affinités.


L’alchimie est évidente, le philtre, efficace, et il fonctionne à nouveau avec ce nouvel assemblage d’anecdotes comiques réunies pour l’occasion sous un titre pourtant fallacieux : Les heures verticales.


En introduction, Louis-José l’explique, en parlant des heures qui composent le moment où il faut « se tenir debout ». Il évoque en douce l’idée de tolérance en parlant d’esclavage, fait poindre le concept de maturité - les mots clés du présent, quoi - et puis… s’en éloigne très vite pour se concentrer sur ce qui sert le mieux son image, ce qui déchaîne le plus le rire frénétique de la voisine de gauche (une jeune fille dans la vingtaine) : la dissection de la vie quotidienne, ses hauts, ses bas, ses décalages dans lesquels le professionnel sait très bien comment aller dénicher l’absurde fédérateur. Brillant.


À 35 ans, l’homme se sent vieillir - c’est ce qu’il dit. Un prétexte en fait pour mieux se promener dans son passé afin de ramener au présent ces petits riens qui amusent : l’époque des téléphones filaires qui sonnaient partout dans la maison, les conversations d’ados dans le sous-sol, les cours de ballet jazz de sa soeur, ses ex-copines et les raisons pour lesquelles il les a laissées… avec cette efficacité narrative, cette aisance, cette complicité qu’il installe rapidement entre lui et une salle que l’expectative de la rencontre a passablement chauffée.


Très vite, alors, on comprend pourquoi l’humoriste arrive si bien à se maintenir à la surface, comme la crème au-dessus du lait. Parce que la surface, il la maîtrise bien.