La technologie redéfinit aussi les contours de l’art

La numérisation des rapports humains n’est pas seulement en train de transformer en profondeur notre rapport au monde et à l’autre. Elle déplace aussi les frontières de l’activité artistique dans le domaine de la musique, des arts visuels, du théâtre, de la danse, de la littérature, de la photographie et des arts médiatiques. Sans surprise d’ailleurs.


C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude du Pew Research Center aux États-Unis, étude dévoilée vendredi et qui dresse le portrait des industries culturelles au temps du numérique. Ces industries sont placées sous la pression de spectateurs en mutation et, visiblement, elles ont décidé de ne surtout pas résister, pour survivre.


« La notion d’art est en train de changer », peut-on lire dans ce rapport qui fait le bilan d’une enquête en ligne menée auprès de 1244 organisations culturelles américaines entre le 30 mai et le 20 juillet derniers. Les technologies numériques ont joué un « rôle majeur dans le déplacement des frontières artistiques », mais sont également devenues des « outils incontournables pour la diffusion des arts », le financement des organisations culturelles, la création artistique, la conquête des nouveaux publics et la circulation des idées. Entre autres.


Pour 92 % des répondants, ces technologies et les réseaux sociaux numériques auxquels elles donnent vie font que, désormais, le rapport à la chose artistique est une expérience « plus participative » et permet, selon 83 % d’entre eux, de diversifier ses publics.


Présence accrue sur le Web


Dans l’ensemble, aux États-Unis, 99 % des organisations soumises à la question disent posséder un site Web et avoir une présence sur les réseaux sociaux, Facebook en tête. La numérisation de leurs pratiques n’a toutefois que très peu affecté le contenu pour le moment - 15 % à peine affirment présenter des créations en ligne - et se (dé)matérialise davantage dans la façon d’en faire la promotion. Ainsi, 90 % des répondants disent passer désormais par les réseaux et les internautes pour faire circuler l’information concernant leurs spectacles ou activités, 82 % le font même dans le cadre de « conversations numériques » stimulées « avant, pendant et après les représentations ». La vidéo promotionnelle en ligne est aussi utilisée par 81 % des organismes sondés.


Le numérique est également devenu un terrain propice, selon ces représentants du monde de la culture, pour vendre des billets (72 %) et pour orchestrer des campagnes de financement (86 %). La majorité des répondants estime aussi que ces outils sont à l’origine d’une croissance de l’assistance lors de la présentation de spectacles et augmente la considération du public à leur endroit. Un tiers les utilise aussi pour offrir des programmes d’éducation aux arts, mais également pour permettre la création artistique ou la discussion sur leur programmation dans une forme dite participative.


Perçus dans l’ensemble avec un grand optimisme, ces outils de communication, indique le rapport du Pew, n’induisent pour ces organismes qu’un seul effet pervers : ils ne permettent pas de filtrer les « messages négatifs » et les critiques du public formulées en marge d’une production. Un mal pour plusieurs biens, de toute évidence.

À voir en vidéo