Accusations de corruption de moeurs: Rémy Couture est acquitté

L'artiste Rémy Couture, accusé de corruption de moeurs, a été acquitté samedi. Il a reçu le verdict des sept femmes et cinq hommes chargés de le juger après deux journées de délibérations.

Les membres du jury devaient ajourner leurs délibérations à 17h30, samedi, dans l'éventualité où ils n'avaient pas été en mesure de s'entendre. Cependant, ils ont demandé de prolonger le tout pendant au moins une heure. Leur décision a finalement été annoncée vers 18h.

Le maquilleur spécialisé en horreur faisait face à trois chefs d'accusation de corruption de moeurs pour production, possession et diffusion de matériel obscène.

Pour l'une des rares fois dans l'histoire judiciaire canadienne, un jury devait déterminer si une oeuvre artistique enfreignait les limites de l'expression artistique en vertu des lois canadiennes sur l'obscénité. Les procès en lien avec cette question concernent habituellement des cas de pornographie juvénile.

Rémy Couture a défendu son travail comme étant une oeuvre d'art. Témoignant pour sa propre défense, le maquilleur spécialisé en horreur a expliqué au jury que son site Internet, qui met en vedette un tueur psychopathe qu'il a créé, n'est pas la pornographie violente décrite par la Couronne.

Le matériel en question inclut des centaines de photos et deux vidéos de fiction qui montrent des meurtres sordides, de la torture, des agressions et de la nécrophilie. Tous ces actes mettent en scène des jeunes femmes qui apparaissent partiellement ou complètement nues.

Il n'y a aucune victime impliquée dans l'affaire. Toutes les productions de Couture étaient des mises en scène et les actrices qui y participaient étaient consentantes. Du faux sang, du latex et du silicone ont été utilisés pour créer des images terrifiantes et réalistes.

«Je ne suis pas un pornographe»

«Je crée de l'horreur. Je ne suis pas un pornographe», a déclaré Rémy Couture au jury pendant son procès, disant que le but de ses films était de dégoûter et non d'exciter.

Il a élaboré en expliquant qu'il était inspiré par des films d'horreur et de la littérature et qu'il avait simplement créé un tueur en série et un univers pour lui. Il a décrit son travail comme étant «le faux journal intime d'un tueur en série».

Le maquilleur a argumenté que la nature sexuelle de certaines des photos est secondaire, la décrivant comme accessoire. Il a dit que les effets spéciaux et la valeur artistique étaient ce qui l'intéressait le plus.

Il a également indiqué au jury que certaines personnes ne croyaient pas que les images étaient fausses et lui écrivaient pour lui dire. Rémy Couture dit leur avoir alors répondu avec des images illustrant le processus de création pour prouver que tout était faux. Il a également confié au jury avoir reçu des menaces relativement à son travail.

Interpol

À l’ouverture du procès, on avait appris qu’Interpol avait été initialement alerté en 2006 relativement à ces images. Elles étaient réalistes au point où un pathologiste ne pouvait conclure sans l’ombre d’un doute qu’un homicide n’avait pas été commis.

Une enquêteuse du Service de police de la Ville de Montréal qui a mené le dossier au Québec avait toutefois indiqué qu’elle n’avait jamais cru que ces images étaient réelles.


Le procureur Michel Pennou soutenait cependant que c’est le caractère sexuel du matériel qui a mené au dépôt d’accusations.

17 commentaires
  • Eddy Nat - Inscrit 22 décembre 2012 18 h 42

    Bravo ! C'était la meilleure décision à rendre pour cette affaire. Tout le monde s'attendait à un tel verdict, sauf le poursuivant (La Couronne)

  • Pierre Germain - Inscrit 22 décembre 2012 18 h 42

    À la base, hypocrisie ultra-conservatrice

    À la base, il s'agissait d'une poursuite stupide et hypocrite à la lumière de tous les films, DVD et vidéos - disponibles dans les cinémas, les magasins et sur internet - mettant enscène allègrement sexe, violence et horreur. Pour des raisons rejoignant la ligne de pensée de certains de nos élus ultra-conservateurs, on s'est acharné à tort sur un individu. Un autre exemple démontrant le manque de jugement de nos policiers et certains de nos procureurs.

  • Djosef Bouteu - Inscrit 22 décembre 2012 22 h 02

    Avertissement

    Avertissement : La couronne peut causer des dommages au cerveau.

    M. Couture a produit un film d'horreur. Les films d'horreur ont ceci en commun qu'ils contiennent généralement des scènes d'horreur, qui ont tendance à horrifier le spectateur. La couronne a gravement manqué de jugement en harcelant judicièrement un artiste pour sa production artistique.

    La poursuite était ridicule, digne du temps d'avant la séparation de l'Église et de l'État. Si Rémy Couture avait été condamné, ça aurait été la porte ouverte à une série de procès avec comme aboutissement possible un espèce de tribunal de la moralité examinant chaque film d'horreur selon le bareme de «bon goût» conservateur.

    Ex : C'est pas fin le canibalisme, c'est même un crime. Hop, mise à l'Index des films de morts-vivants.

  • Yves Lever - Abonné 22 décembre 2012 22 h 09

    Parfois, mieux vaut un jury qu'un juge




    Disons d'abord que je n'aime absolument pas le genre de travail que fait Couture. J'ai beaucoup de difficultés à voir de l'art cinématographique dans les films d'horreur.

    Mais je me réjouis du verdict.

    Tout ça me rappelle ce qui s'est passé avec l'affaire Corridart en 1976. Rappelons les faits : une grande exposition de sculptures sur la rue Sherbrooke doit exprimer les regards portés sur Montréal par une vingtaine d'artistes, sous la direction de Melvin Charney (récemment décédé), pour marquer le dynamisme de la métropole à l'occasion des Jeux olympiques. Mais Charney est un contestaire des politiques municipales en matière sociale. Trois jours avant l'ouverture des jeux, dans la nuit du 13 au 14 juillet, le maire Jean Drapeau ordonne le démantèlement des 26 sculptures qui sont apportées à une fourrière municipale, certaines étant irrémédiablement détériorées.

    Quatre ans plus tard, il y a procès, devant juge seul. Les artistes veulent être dédommagés de la perte de leurs œuvres. Le maire Drapeau soutient que ce n'était pas de l'art; des experts galéristes ou muséologues soutiennent le contraire. Le juge Ignace Deslauriers se pose en critique d'art, analyste politique et moraliste (il trouve obscène une installation où il est brièvement question de masturbation); il déboute les plaignants. Il accrédite l'opinion du maire affirmant que l'art doit être décoratif et ne pas contester l'ordre social.

    Avec le procès Couture, un jury a dit, à sa façon, qu'un juge, un policier ou un politicien n'a pas à s'ériger en tant que juge des bonnes mœurs, mais que cela relève du consensus social, de ce que la société est prête à tolérer dans le temps présent. Douze personnes ont eu à évaluer le pour et le contre; ils y ont mis deux jours, ce qui veut dire qu'ils n'ont pas précipité leur jugement. La notion d'obscénité ne peut plus être celle de 1950. Cela ne veut pas dire qu'il y a régression sociale.

    • Mathieu Lavallée - Inscrit 23 décembre 2012 08 h 32

      Merci pour la description de l'affaire Corridart. Je n'en avais jamais entendu parler avant.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 décembre 2012 11 h 52

      Je souris en lisant le commentaire de monsieur Lavallée. Je ne le méprise pas, bien au contraire je comprends.

      Parce qu'il faut deux ingrédients pour pouvoir se remémorer le passé. Soit avoir vécu les événements, soit que l'on nous les ait enseignés.

      C'est clair qu'il y a un déficit important de l'enseignement de l'histoire chez nous.

    • France Marcotte - Inscrite 23 décembre 2012 19 h 46

      Mais vous oubliez de dire que ce qui dérangeait surtout le maire Drapeau dans Corridart, c'est que les photographies montraient, en évoquant le passé architectural de Montréal, que la ville moderne s'était développée de façon stupide et sauvage, démolissant à qui mieux mieux son patrimoine bâti.

      Les bonnes moeurs et les considérations douteuses du maire sur l'art n'étaient qu'un prétexte à la censure d'une critique très dérangeante, comme on a aussi fait disparaître pour les jeux de 76 tous les mendiants des rues pour recevoir la visite.

  • Michel Desjardins - Inscrit 22 décembre 2012 23 h 53

    La vraie obscénité est cette chasse aux sorcières

    Sous ce régime d'Harper, on voit ce puritanisme constipant vouloir prendre le corps social sous son parfait contrôle.Cette tentative idéologique de bornés et d'épais dans le plus mince, difficile même à imaginer de soi-même avant d'y être confronté est stupéfiante.Avec Harper & Cie, on recule dans le temps, on démembre les acquis, on recrée un INDEX DÉFENDU, on accuse et on démolit, point.
    la vraie obscénité, c'est $45 000 000 000 , 45 millairds pour 45 avions F-35, c'est de développer le pétrole sal, c'est de passer 500 lois en même temps, c'est de désubventionner les partis politiques légaux, c'est de camoufler l'information, de lécher les brits et les cies américaines, Mr Brown Noser par excellence, nous faisant non seulement honte mais nous déstructurant à long terme, pernicieux.Je l'aurai dit.
    Alors, un excellent maquilleur et artiste d'effets spéciaux pourra en être quasiment mort de rire à la fin sauf que ce qui nous dégoûte vraiment, c'est le relent inquisitoire de cette justice qui ne nous ressemble aucunement, à part le verdict heureusement.